Burkina Faso: Mise en accusation de Blaise Compaoré - « Il risque la prison à vie », Me Ambroise Farama

Le capitaine Thomas Sankara
interview

Maître Ambroise Farama, l'un des avocats de la partie civile dans l'affaire Thomas Sankara, égrène, dans cette interview, les charges qui pèsent sur Blaise Compaoré à la suite de sa mise en accusation. Pour lui, il est dans l'intérêt de l'ancien chef d'Etat de se présenter devant la justice.

Sidwaya (S) : L'ancien président du Faso, Blaise Compaoré, vient d'être mis en accusation dans l'affaire Thomas Sankara. Qu'est-ce que cela signifie?

Maître Ambroise Farama (M.A.F.): Cela signifie que lorsque le juge du tribunal militaire a achevé son travail et remis l'ordonnance de renvoi devant la Chambre de contrôle (Cour d'appel de l'instruction), celle-ci est chargée d'apprécier la régularité de la procédure. Est-ce que le juge d'instruction a fait son travail en conformité avec les règles de droit ? Est-ce que les droits des parties ont été respectés ? Ce sont ces questions qui ont été posées devant la Chambre de contrôle. Et c'est après un long débat, qu'elle a rendu la décision de ce mardi 13 avril 2021, estimant que la procédure a été régulière en ce qui concerne les mis en cause. La Chambre de contrôle confirme donc que ces personnes dont Blaise Compaoré peuvent être poursuivies. A partir de ce moment, elle prend la décision de sa mise en accusation pour renvoyer les accusés devant la juridiction compétente pour juger l'affaire.

S : Vous êtes l'un des avocats de la partie civile. Quel commentaire cette évolution du dossier suscite-t-elle chez vous ?

M.A.F.: Cette décision nous ramène à cette vérité implacable: la justice a beau être lente ou un individu a beau être fort en pensant qu'il peut contourner la justice ou la fuir, il finira toujours par être rattrapé. La justice finit toujours par triompher. Quelle que soit la durée de la nuit, le jour finit toujours par se lever, a-t-on coutume de dire. Il y a donc des lueurs d'espoir que justice soit rendue dans ce dossier.

S : Quels sont les chefs d'accusation qui pèsent sur Blaise Compaoré et ses co-accusés?

M.A.F.: En ce qui concerne Blaise Compaoré, il pèse sur lui des charges d'attentat à la sûreté de l'Etat, de complicité d'assassinat, de recel de cadavres et pour les autres co-accusés, des charges d'assassinat et de faux en écriture publique.

S : Quelle peine encourt Blaise Compaoré s'il venait à être reconnu coupable et condamné?

M.A.F.: S'il venait à être reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés, il encourt sans doute une peine criminelle qui peut aller d'un emprisonnement de 20 ans à la prison à vie.

S : Des puissances étrangères dans l'assassinat du père de la Révolution burkinabè. Qu'en est-il ?

M.A.F.: Il est de notoriété publique que des puissances étrangères ont soutenu ou cautionné l'assassinat du président Thomas Sankara. Maintenant, est-ce qu'au stade actuel le rôle de certains acteurs a pu être identifié ? C'est la question qui se pose. Nous pensons que la non présence d'acteurs étrangers parmi les mis en cause suppose que les faits n'ont pas pu établir ou identifier une action directe posée par quelque acteur étranger. Sinon en ce qui concerne le soutien qu'aurait apporté ou le cautionnement qui aurait été donné par des puissances étrangères, cela semble plus ou moins évident.

S.: L'ancien président réside en Côte d'Ivoire. S'achemine-t-on vers un procès en son absence ou une procédure d'extradition judiciaire ?

M.A.F.: Je ne saurai vous le dire dans l'immédiat. Mais, Blaise Compaoré peut décider de rentrer de lui-même pour le procès. Parce qu'il veut participer à la manifestation de la vérité. Dans ce cas, nul besoin de parler d'extradition. En ce qui concerne l'extradition, nous voulons rappeler qu'il y a un mandat d'arrêt international contre l'ancien chef de l'Etat depuis le 4 décembre 2015 et qui, jusque-là, n'a pas été exécuté. Et ce n'est pas la décision de mise en accusation qui va changer quelque chose, sauf s'il y a un changement de volonté politique au niveau de l'Etat ivoirien ou alors une volonté personnelle de Blaise Compaoré de rentrer. Par contre, nous pensons qu'il est plutôt dans son intérêt de rentrer de lui-même librement afin de comparaître devant le juge. Et s'il n'a rien à se reprocher, il pourra jouir de toute sa liberté.

S : Dans le cas où il ne rentre pas, n'assisterons-nous pas au final à un jugement sans vérité sur les tragiques événements du 15 octobre 1987 ?

M.A.F.: Blaise Compaoré est poursuivi pour des faits de complicité, mais les acteurs directs sont là. Plusieurs d'entre eux sont encore vivants. Donc en ce qui concerne la manifestation de la vérité, les Burkinabè sauront tout de même une bonne partie de la vérité. Il est vrai que sa présence aurait permis d'avoir plus de détails sur certaines zones d'ombre, mais cela n'enlève en rien le fait que l'on puisse savoir à l'issue de ce procès s'il a été complice ou pas.

S : Cette mise en accusation intervient au moment où il est question de réconciliation nationale. N'est-ce pas un peu paradoxal ou contradictoire?

M.A.F.: Il n' y a ni paradoxe, ni contradiction. La réconciliation nationale est une question purement politique, mais la mise en accusation est une question judiciaire. La justice suit son cours. D'ailleurs, ceux qui prônent la réconciliation nationale ont toujours dit qu'ils n'iront pas à la réconciliation nationale sans justice. Il n' y a aucune contradiction, si tant est que leur volonté est d'aller vers une réconciliation tout en respectant la justice.

S : Pourtant, d'aucuns pensaient que la réconciliation nationale excluait toute éventualité de poursuites judiciaires...

M.A.F.: C'est le président Roch Marc Christian Kaboré qui a été élu. Et c'est son programme qui est en train d'être exécuté. Sauf erreur de notre part, pendant la campagne, il a toujours dit que la réconciliation suppose, pour lui, la justice. Il n'a jamais dit qu'il y aura une réconciliation sans justice. A partir de cet instant, nous ne voyons pas comment on pourrait aller à la réconciliation sans la justice au préalable.

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