Bénin: Les défis d'une réélection

analyse

Comme il fallait s'y attendre, le Président sortant du Bénin, Patrice Talon, va rempiler pour un second mandat de cinq ans, à la tête du pays. Il a été réélu, dès le premier tour de la présidentielle, selon les résultats provisoires du scrutin du 11 avril dernier. Ceux-ci ont été publiés, le mardi 13 avril dernier, par la Commission électorale nationale, et il l'emporte avec 86,37% des suffrages exprimés.

Alors que ses partisans savourent sa victoire, d'aucuns estiment que celui qui avait promis de « révolutionner la politique » s'est vite mué en autocrate, au grand dam de nombre d'observateurs. En effet, cet homme d'affaires, arrivé à la magistrature suprême du pays en 2016, en jurant de ne faire qu'un seul mandat, a fini, contre toute attente, à être « subjugué par le pouvoir ».

Ce qui l'a amené à adopter des attitudes peu orthodoxes au détriment de la stabilité du pays.

Ce n'est pas trop de le dire, le président Talon avait tout mis en œuvre pour garantir sa réélection, en écartant tous les poids lourds de l'opposition de la course à la présidentielle. Toute chose qui, par voie de conséquence, a occasionné des turbulences lors de la campagne électorale, faisant connaître au Bénin un recul démocratique, sans commune mesure. Dans nos pays en développement, avec ce qu'il y a comme facteur inhibiteur, le tout n'est pas de gagner une élection. Car, cette victoire, même si elle n'est pas encore vertement contestée, est loin de servir la démocratie pour laquelle le pays était tenu pour label. Ce, grâce notamment à des institutions qui, naguère garantissaient un contre-pouvoir démocratique au service de son peuple.

De tout ce qui précède, l'on peut donc déjà s'interroger, à juste titre, sur les défis futurs du président réélu. Comment redonner au Bénin sa quiétude d'antan et le remettre sur la voie de la démocratie ? En tout cas, la solution est loin de se trouver dans la violence inouïe des populations qui ont déversé leur trop-plein de frustrations, encore moins dans la répression aveugle dont font preuve Patrice Talon et ses sbires. A y voir de près, la tâche ne sera pas facile pour cet ancien magnat du coton qui aura, malheureusement, été sans pitié pour ses adversaires politiques. Rappelons-le, les principales figures de l'opposition ont été contraints à l'exil, soit jetées en prison ou s empêchées de se présenter du fait du nouveau Code électoral et de la réforme institutionnelle. Le malaise est profond et les décès enregistrés et autres blessés, qui ont précédé cette élection, illustrent à suffisance cette réalité.

Autant dire, les béninois sont plus que jamais divisés nécessitant, de la part du président réélu, une nouvelle dynamique de gouvernance afin de redorer le blason du pays sur l'échiquier international. Et, disons-le, cela devrait être le premier challenge du président Talon. Il ne doit pas se faire prier pour cela. Du reste, parvenir à panser les plaies, reconquérir la confiance de l'ensemble de la population et réussir à réunir le peuple divisé autour d'un idéal commun devra être son leitmotiv, dès les premiers moments de son second quinquennat. Bien plus, une telle démarche offrira l'avantage certain de consolider les acquis de sa gouvernance pour plus d'actions au profit des populations.

Ainsi, plutôt que de garder les rancœurs et la hargne vengeresse, tous les acteurs de la scène politique béninoise devront, autant que faire ce peut, savoir raison garder et ne voir que l'avenir du pays pour sa postérité. Dans cette dynamique, il serait judicieux que le locataire du palais de la Marina et ses sbires fassent diligence en mettant en place un mécanisme afin de colmater la facture sociale. De son côté, la classe politique dans toute son entièreté, gagnerait, elle, à tirer les leçons de cette élection qui aura mis à mal la cohésion sociale du pays aux fins de donner plus de chance à son élan de développement et le hisser dans le concert des nations.

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Plus de: Sidwaya

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