Tchad: Bruits de bottes dans le nord du pays

soldats tchadiens

Les rebelles du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT) ont attaqué dimanche (11.04) plusieurs villes de la région du Tibesti, dans l'extrême-nord du pays.

Venus du sud de la Libye, la coalition rebbelle a annoncé avoir pris plusieurs garnisons, notamment Wour et Zouarké, qui seraient "tombées sans résistance". Ces bruits de bottes ont coïncidé avec le 46ème anniversaire, mardi [13.04.21], du tout premier coup d'état qu'a connu le pays, en 1975, et au cours duquel le président de l'époque, Ngarta Tombalbaye a été tué.

"Idriss Déby a dit lui-même qu'il n'était pas venu au pouvoir par un billet d'Air Afrique. Donc, nous, on va le faire partir par la force et mettre en place la démocratie."

Cette déclaration émane de Mahamat Ali, le Secrétaire général de la coalition rebelle qui a lancé une incursion, dimanche, dans le Tibesti, à environ 1.000 kilomètres de N'Djamena.

Le porte-parole du gouvernement, Chérif Mahamat Zene, et celui de l'armée, Azem Bermandoa Agouna, ont reconnu l'incursion des rebelles. Selon eux, ces derniers auraient "adopté une stratégie d'évitement avec les forces de défense et de sécurité".

En février 2019, plusieurs colonnes des rebelles de l'Union des forces de la résistance (UFR) avaient été bombardées par l'aviation militaire française de l'opération Barkhane déployée au Tchad. Beaucoup redoutent une réédition de cette opération, si les rebelles devenaient menaçants pour le régime de N'Djamena.

"Nous ne sommes pas contre les Français. Nous sommes contre la politique de la France en Afrique. Je pense que la relation entre la France et le Tchad ne doit pas être une relation d'amitié qui se réduit à une relation d'amitié personnelle entre Idriss Déby Itno et le pouvoir français", ajoute Mahamat Ali.

Prise du pouvoir par les armes

Depuis l'accession du Tchad à l'indépendance, le 11 août 1960, le pouvoir se conquiert toujours par la voie des rebellions armées. Or, ces mouvements se basent sur des considérations ethniques, tribales ou communautaires, et n'ont pas de projet politique clair, à part le renversement du président Idriss Déby Itno.

Ce groupe est relativement restreint. On parle d'un maximum de 1.000 à 1.500 combattants qui recrutent fondamentalement dans une seule communauté ethnique du Tchad, la communauté gorane, à laquelle appartient Hissène Habré. L'ancien président qui purge à Dakar une peine de prison à perpétuité, pour crimes contre l'humanité commis alors qu'il était au pouvoir, entre 1982 et 1990..

Ce groupe est très loin de pouvoir représenter l'ensemble des populations tchadiennes. Il s'agit là plutôt d'une aventure militaire qui peut éventuellement se raccrocher à des initiatives politiques. Mais, en tant que tel, ce groupe est quand même relativement limité, estime Roland Marchal, spécialiste de la Centrafrique au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences-Po Paris et chargé de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Dans le massif du Tibesti (nord) et à la frontière avec la Libye, des rebelles affrontent régulièrement l'armée tchadienne. Venus de Libye en février 2019 pour tenter de renverser le président Idriss Déby Itno, ils avaient été stoppés par des bombardements français sur demande de N'Djamena.

En février 2008, une attaque rebelle avait déjà atteint les portes du palais présidentiel avant d'être repoussée grâce au soutien français.

Né en avril 2016 d'une scission de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) qui avait mené les offensives de 2008 sur N'Djamena, le FACT est basé en Libye, où il a conclu un accord de non-agression avec le maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen.

Plus de: DW

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