Madagascar: Mortalité maternelle - Des milliers de victimes chaque année

La mortalité maternelle est un problème qui sévit avec une ampleur importante. Les statistiques le montrent.

Tous les jours, huit femmes meurent en accouchant à Madagascar. Certaines d'entre elles sont mineures, sachant que la Grande île est l'un des pays au monde qui connaissent, dans le même temps, un fort taux de grossesse précoce.

Le récent décès de la célèbre chanteuse Taa-Tense a fait poser certaines questions et a permis de rappeler une dure réalité que l'on a du mal à maîtriser depuis plusieurs décennies. Des milliers de femmes meurent chaque année en mettant au monde leur enfant. Les décès surviennent, soit en raison de complications durant la grossesse, soit durant l'accouchement.

Dans le monde, environ 830 femmes meurent chaque jour du fait de complications liées à la grossesse ou à l'accouchement. À Madagascar, un document de l'Unicef parle de près de 2900 décès de femmes tous les ans en raison de ces complications. Ces inconnues meurent pour des motifs pourtant « évitables » selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

En effet, selon cette organisation « les principales complications, qui représentent 75% de l'ensemble des décès maternels, sont: l'hémorragie sévère (pour l'essentiel après l'accouchement), les infections (habituellement après l'accouchement), l'hypertension durant la grossesse, les complications dues à l'accouchement ou encore l'avortement pratiqué dans de mauvaises conditions de sécurité ». L'OMS, dans la même étude, spécifie que « les autres causes de complications sont associées à des maladies comme le paludisme, et le VIH durant la grossesse ».

Il est pourtant possible de faire évoluer la situation. Et pour preuve, depuis les années 1990, en Afrique subsaharienne, certains pays ont pu réduire de moitié leur taux de mortalité maternelle, tandis que d'autres pays de l'Asie et de l'Afrique du nord ont réalisé des résultats encore plus encourageants.

La situation a certes évolué pour Madagascar, mais pas encore de manière satisfaisante. Pour l'Unicef « l'une des stratégies pour réduire cette mortalité consiste à améliorer la disponibilité, l'accessibilité, la qualité et l'utilisation des services qui permettent de traiter les complications susceptibles de se produire pendant la grossesse et l'accouchement. L'ensemble de ces services est connu sous la dénomination générale de Soins obstétricaux et Néonatals d'Urgence (SONU) ».

Décès évitables

On a noté une hausse des centres de santé aptes à fournir ces soins à travers le pays au cours des dernières années. « Depuis 2016, on observe une augmentation significative des formations sanitaires SONU fonctionnelles passant de 7% en 2010 à 26% en 2017 » selon toujours l'Unicef. Mais, tout naturellement, atteindre les populations vulnérables dans les régions enclavées constitue un réel défi. Car, d'une part, le nombre de personnels soignants est souvent limité, et, d'autre part, l'évacuation sanitaire n'est pas toujours facile en cas de complications non résolues sur place. « Seules 51% des femmes des pays à faible revenu bénéficient de l'assistance d'un personnel qualifié lors de l'accouchement. Autrement dit, des millions de naissances ont lieu sans l'assistance d'une sage femme, d'un médecin ou d'une infirmière qualifiée » d'après l'OMS au niveau de ces pays, dont Madagascar.

Pourtant, l'OMS martèle: « La majeure partie des décès maternels sont évitables car on connaît bien les solutions médicales permettant de prévenir ou prendre en charge les complications. Toutes les femmes doivent avoir accès aux soins prénatales pendant la grossesse, bénéficier de l'assistance d'un personnel qualifié lors de l'accouchement et recevoir des soins et un soutien au cours des semaines qui suivent cet accouchement ».

Partenariat incontournable

Pour un pays comme Madagascar, le renforcement de la coopération avec les partenaires techniques et financiers est ainsi incontournable pour le moment afin d'améliorer la situation. La Grande île est plus particulièrement concernée par ce phénomène en raison d'une autre réalité également difficile à gérer : la grossesse précoce. Un rapport de l'Unicef mentionne que dans certaines régions du pays comme le Sud-ouest « 48% des filles de 15-19 ans ont déjà donné naissance à au moins un enfant ».

En cause aussi, le rapport sexuel précoce : sur l'ensemble du pays, 40% des filles entre 15 et 19 ont déjà eu des rapports sexuels, tandis que 20% d'entre elles avaient eu leur premier rapport avant leurs 15 ans selon le Fonds des nations Unies pour la population (FnUAP). Tous ces phénomènes sont étroitement liés puisque l'OMS a récemment réitéré que « le risque de mortalité maternelle est plus élevé chez les adolescentes de moins de 15 ans ». Et que « les complications au cours de la grossesse ou de l'accouchement sont l'une des principales causes de décès chez les adolescentes dans la plupart des pays en développement ».

Plus de: L'Express de Madagascar

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