Ile Maurice: MK - «Paille-en-queue, dir mwa kot mo'nn foté?» ou le S. O. S de deux mères de famille

Le témoignage de deux hôtesses de MK reflète le calvaire de tout le personnel depuis que la compagnie aérienne est dans le gouffre.

Appel de détresse de deux hôtesses de l'air. Celles-ci, qui travaillent pour le compte de MK depuis 25 ans, déplorent l'impact financier, familial, psychologique... Leur univers s'est écroulé début 2020 avec l'apparition du Covid-19. Suivie de la mise sous administration volontaire de la compagnie, le 22 avril.

«Paille-en-queue, dir mwa kot mo'nn foté?» C'est la question que se pose une mère de famille, employée d'Air Mauritius (MK). Elle fait partie des 50 % de femmes salariées de la compagnie et elle a témoigné sur la plateforme Muvman Proteksyon Fam. Elle dit ne pas savoir si elle est toujours employée pour la compagnie aérienne qui l'a embauchée il y a 25 ans.

«Les 12 derniers mois ont été un cauchemar, moralement, financièrement... une torture. Aujourd'hui, je ne sais plus où j'en suis.» Chaque jour, elle se demande : «Suis-je au chômage technique ? Quel est mon avenir chez MK ? La compagnie aérienne existet-elle toujours ? Que vais-je devenir ?» Cette mère de famille, tourmentée, pense que des éclaircissements la rassureraient sans doute. «Ma vie tourne autour de MK. Ma survie en dépend. Une réponse éloignera certainement le trop-plein de stress accumulé depuis la mise sous administration.» Elle estime n'être qu'un numéro sur un bilan financier, qui doit, coûte que coûte, être réduit. Mère d'une fillette de six ans qu'elle élève seule, elle raconte qu'elle n'a été payée que deux mois et ensuite forcée de prendre un congé sans solde de quatre mois sur six sans préavis. Ce qui lui fend également le cœur, dit-elle, c'est que certains continuent de percevoir un salaire normal car ils sont considérés comme «essentiels» au bon fonctionnement de la compagnie. «Des employés forcés de prendre leur retraite ont signé à nouveau un contrat à temps plein. Ils ont un salaire garanti à la fin du mois.»

Alors qu'elle, nous dit-elle, en tant que frontliner, elle a mis en danger sa vie et celle de sa famille, en se rendant dans des pays infectés par le Covid-19 pour ramener des Mauriciens bloqués à l'étranger ou encore en voyageant 27 heures d'affilée pour rapporter des équipements médicaux de Chine et des vaccins d'Inde, entre autres. Elle lance un appel de détresse et aspire à retrouver sa dignité en tant que «femme indépendante, travailleuse, mère et citoyenne mauricienne».

Une autre hôtesse de l'air dévoile son désarroi. «J'ai exercé ce métier d'hôtesse de l'air, un métier fantastique, avec la même passion et la même dévotion pendant 25 ans. J'ai porté mon uniforme avec une très grande fierté car je représentais mon pays. J'ai veillé sans relâche au respect des règles de sûreté internationales à bord des appareils. Un métier qui demande une excellente condition physique.» Mais tout s'écroule début 2020 avec l'apparition du Covid-19. Le secteur aérien est l'un des plus touchés.

Elle raconte que le couperet est tombé le 22 avril avec la mise sous administration volontaire de MK. Une douche froide pour cette mère de famille qui élève seule ses deux enfants. «La crise est humaine. Mon emploi est menacé.» Elle est envahie par le stress et l'angoisse. «L'impact est financier, causant des problèmes de surendettement. L'impact est familial, mes enfants ne comprennent pas toujours la situation. L'équilibre de ma famille est également menacé. Ne plus savoir ce que sera demain est très destructeur. Tout ceci a eu des effets négatifs sur ma santé provoquant un traumatisme psychologique.»

Sollicité, le député rouge Fabrice David, qui dit représenter le personnel de MK et d'Airmate au Parlement, trouve le traitement réservé aux employés «injuste et incohérent» (voir ci-après). Il estime que ces deux hôtesses de l'air sont dans une situation de détresse financière, familiale et psychologique. «Ces témoignages anonymes traduisent la peur de représailles, un mélange de peur et de pudeur. Elles ont été des frontliners, directement exposées au virus. Elles ont aidé le pays et, en retour, le pays ne les aide pas.»

L'absence d'aide financière devient source d'inquiétude

Depuis qu'ils ne volent plus, des membres du personnel navigant commercial de MK peinent à joindre les deux bouts.

Le sort des employés de MK inquiète Fabrice David, député du Parti travailliste. Il l'a fait savoir en envoyant une lettre au Premier ministre, Pravind Jugnauth, afin de lui demander de créer un fonds pour ces employés de la compagnie d'aviation nationale, qui ne perçoivent ni salaire ni allocation gouvernementale. Selon nos informations, ils sont au moins une vingtaine dans cette situation, sans compter des pilotes.

Le 22 avril, cela fera une année que la compagnie d'aviation nationale a été placée sous administration volontaire. Mardi dernier, le député David avait déposé une question à l'Assemblée nationale, mais faute de temps, le Premier ministre n'a pas répondu à son interpellation. Le député voulait savoir combien d'employés sont en congé sans solde et s'ils ont bénéficié d'un soutien psychologique. N'ayant pas obtenu de réponse à son interpellation, le député David a choisi d'envoyer un courrier à Pravind Jugnauth.

Dans sa lettre au Premier ministre, il explique qu'après diverses conversations avec les syndicats et des employés de MK, il a appris que plusieurs de ces derniers ont été contraints de prendre un congé sans solde ou de travailler à temps partiel. «Ces personnes ne bénéficient pas du Wage Assistance Scheme (WAS). Ils sont nombreux ces employés, qui n'ont pas de salaire. À la fin du mois, ils ne savent pas comment nourrir leur famille et subvenir aux besoins de leurs enfants. C'est un casse-tête pour eux quand il faut payer les factures. Ils sont en détresse et ont besoin d'un soutien financier et psychologique», explique-t-il à l'express.

Le député maintient qu'avec le confinement décrété depuis le 10 mars, la situation de MK s'est aggravée et qu'elle a eu un impact négatif sur les employés, qui ne bénéficient d'aucune aide des autorités. «Vu les circonstances, je fais humblement appel à vous pour une intervention rapide afin que vous mettiez en place un plan financier sur une base humanitaire pour aider ces employés en cette période difficile», plaide-t-il dans cette lettre adressée au chef du gouvernement. D'après nos renseignements, ce sont principalement ceux qui sont en congé sans solde, surtout les hôtesses de l'air et les stewards, qui sont dans cette situation. Ayant des contraintes familiales ou logistiques ne leur permettant pas de s'auto-isoler comme il le faudrait, ils ont été obligés de prendre de congés sans solde.

Entre novembre dernier et mars de cette année, explique l'un d'eux, quelques-uns ont eu un mois de salaire. D'autres en ont eu deux. «Nous estimons que nous avons droit au WAS car notre salaire est moins de Rs 50 000. Mais nous ne percevons rien. Ceux qui travaillent à temps partiel peuvent compter sur une rentrée d'argent quand la compagnie fait appel à eux, mais ce n'est pas notre cas. Ils auraient au moins dû nous faire travailler sur les vols Maurice-Rodrigues. Si nous ne pouvons pas nous mettre en auto-isolement, c'est surtout pour des raisons pratiques», déclare l'une d'elles.

Il y a également des pilotes, qui sont sans salaire, dit-on. Mais comme ils perçoivent plus de Rs 50 000, ils n'ont pas droit au WAS. Il n'empêche qu'ils éprouvent eux aussi des difficultés financières et donc pour vivre.

Par ailleurs, Fabrice David estime que c'est une injustice envers les hôtesses et stewards, qui ont contribué à un fonds particulier. «Ces employés ont contribué au Tourism Employees Welfare Fund. Il y a eu une déduction régulière de leur salaire. Donc, ils sont considérés comme des employés du secteur touristique. Mais pourquoi, eux ne bénéficient pas de cette aide ?» s'interroge le député de l'opposition ?

Il dit également s'inquiéter pour les employés d'Airmate, filiale de MK. Le contrat d'un groupe d'hôtesses et de stewards de cette filiale expire le 30 avril et eux aussi craignent pour leur avenir.

Plus de: L'Express

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