Sénégal: Nouvelle convention de contrats saisonniers entre le Sénégal et l'Espagne - La société civile en sentinelle

Alors que les populations peinent encore à voir plus clair dans la véracité ou non des supposés fonds de l'Union Européenne (UE) accordés au Sénégal dans le cadre de la lutte contre l'émigration irrégulière, revoilà les contrats circulaires. Lors de la récente visite du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez Pérez-Castejon, au Sénégal, la semaine dernière, les autorités sénégalaises et espagnoles ont envisagé la signature de contrats saisonniers pour permettre à de jeunes Sénégalais d'aller travailler en Espagne régulièrement et revenir au bercail à la fin de leurs contrats.

Pour Adama Mbengue, président d'Action pour les droits humains et l'amitié (AHDA), partant de l'échec du premier accord conclu sous le régime de l'ancien président Abdoulaye Wade dans ce sens, le président Macky Sall devrait regarder la situation dans tous ces contours et mesurer tous les paramètres, avant de signer à nouveau une telle convention. De son côté, Sadikh Niasse, secrétaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO), appelle à évaluer au préalable les programmes qui ont été déjà exécutés et déroulés et ensuite pouvoir en tirer les leçons, avant de se lancer dans un programme similaire. Tout en évitant la politisation des recrutements de candidats, me moment venu.

LUTTRE CONTRE EMIGRATION IRREGULIERE : Les contrats saisonniers, une autre solution à polémique

Face aux flux migratoires irréguliers, le Sénégal et l'Espagne, et au-delà, l'Union européenne (UA), multiplient des actes allant dans le sens de la recherche de solutions pérennes. En plus du Frontex et des lignes de crédit (sujet à controverse dont le gouvernement, soupçonné de détourner ces fonds de l'UE destinés à la lutte contre la migration irrégulière, continue de nier l'existence) les deux pays envisagent de signer des contrats saisonniers.

Cette éventualité, s'elle venait à être concrétisée par un accord dans ce sens entre les autorités sénégalaises et espagnoles, ne serait pas une nouveauté. Du temps du régime du prédécesseur du président Macky Sall, où est né le phénomène «Barça wala Barsax» (2005-2006), une convention de contrats saisonniers avait été conclue entre le gouvernement de l'ancien président Abdoulaye Wade et celui espagnole d'alors, devant permettre à de jeunes Sénégalais d'aller travailler en Espagne régulièrement et revenir au bercail à la fin de leurs contrats.

Histoire de contrer les vagues d'arrivées de migrants clandestins en Espagne, à partir des côtes sénégalaises. En attendant l'évaluation de ce projet dont on connaît la finalité, le Sénégal et l'Espagne ont à nouveau émis une idée pareille, lors de la récente visite du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez Pérez-Castejon, dans notre pays, du jeudi 8 au vendredi 9 avril 2021. Suffisant pour que des observateurs craignent qu'il ne serve à «recaser» une clientèle politique ou des proches de personnalités, en lieu et place des vrais bénéficiaires. Aussi d'autres suggèrent-il, en cas d'effectivité du projet, de penser en priorité à nos compatriotes déjà dans des centres au niveau des Iles Espagnoles et qui attendent d'être rapatriés au pays.

Au même moment, malgré le répit noté ces derniers mois concernant les départs massifs de jeunes sénégalais à bord d'embarcations de fortunes vers les côtes espagnoles, contrairement à septembre-octobre-novembre où des centaines de candidats ont péri en haute mer, le phénomène continue toujours. En atteste, tous les jours ou presque, des dizaines voire centaines de migrants clandestins en provenance de l'Afrique Subsaharienne, dont le Sénégal, débarquent aux Iles Canaries. «Bonsoir ! Je viens de parler avec un Sénégalais installé à Tenerife, dans les îles Canaries. Il y a un nombre important de Sénégalais qui continuent à arriver dans ces îles, mais aussi de Maliens venant du Sénégal et de la Gambie.» Ce témoignage d'un nos compatriotes ayant requis l'anonymat, dans un forum, en dit long sur la persistance du voyage «périlleux».

Et d'ajouter : «Ils seraient logés dans d'excellentes conditions car ils sont installés dans les hôtels désertés par les touristes, du fait de la pandémie. C'est une vie de pacha, dit-il. Ils envoient des photos à leurs connaissances ici et ça créerait un appel d'air.» Ce Sénégalais d'origine, qui est fonctionnaire espagnol, donnent deux autres information : «

1 - Les autorités espagnoles veulent refouler les Sénégalais, mais nombre de nos compatriotes sont sans papier. Et ils disent qu'ils ne sont pas... Sénégalais.

2 - Les Maliens seraient épargnés puisque les autorités considèrent qu'ils viennent d'un pays en guerre et qu'il faut leur accorder l'asile», a-t-il fait remarquer, précisant que «c'est dans ce contexte que le chef du gouvernement espagnol Sanchez arrive demain (jeudi 8 avril, ndlr) à Dakar».

Pis, le week-end dernier, quatre (4) migrants subsahariens sont morts au large des Canaries, à bord d'une embarcation de fortune qui transportait 23 personnes. Parmi elles, 19 ont été hospitalisées sur l'île de Tenerife, dont 3 étaient dans un état grave. Ils ont été retrouvés, le dimanche 10 avril 2021 au large de l'archipel espagnol des Canaries, situé au large du Nord-ouest de l'Afrique, a annoncé la préfecture locale. Ils ont été secourus par des hélicoptères, en début d'après-midi, au Sud de l'île de Hierro, après avoir été signalée par un bateau de pêche, ont déclaré les garde-côtes espagnols à l'AFP.

Depuis le début de l'année, au moins vingt (20) personnes sont mortes sur cet itinéraire migratoire très dangereux où le nombre des clandestins en provenance d'Afrique a bondi en 2020. Cette année, le flux des traversées continue de s'intensifier avec 3436 migrants parvenus aux Canaries entre le 1er janvier et le 31 mars, contre 1582 sur la même période de 2019, selon des chiffres officiels.

ADAMA MBENGUE, PRESIDENT AHDA : «Regarder la situation dans tous ses contours et mesurer tous les paramètres, avant de signer à nouveau une telle convention»

«Concernant ces contrats saisonniers, c'est une convention appelée circulaire qui doit être signée ou même a été signé dans le cadre de la migration ou pour stopper cette migration irrégulière. A notre niveau, ce que nous avons eu à faire après avoir enquêtés sur ça, nous sommes sceptiques par rapport à ces contrats saisonniers. Etant donné que le prédécesseur de Macky Sall, l'ancien président Abdoulaye Wade, avait signé des contrats saisonniers avec l'Espagne et beaucoup de Sénégalais avaient été envoyés dans ce pays européen. Donc, nous avons vu comment ça s'est terminé. Ce fut, un «échec», car la majeure partie de ceux qui étaient envoyés, avaient eu des problèmes car laissés à eux-mêmes par l'Etat du Sénégal. Certes, certains de ces sénégalais ont eu à renégocier leurs contrats et ils s'en sont bien sorti de cela. Mais, si on parle de cette convention, l'Etat ne les a pas accompagnés comme il fallait, même si certains ont réussi, après avoir renégocié, pour s'en sortir. Et, il n'y jamais eu de bilan. Quelle est la pertinence de ces contrats ? D'autant plus de braves sénégalais qui sont déjà sur place et détenus dans des centres de rétention, susceptibles d'être rapatriés, pourraient bénéficier de ces avantages, au lieu de les ramener au pays et reprendre d'autres jeunes qui seront envoyés en Espagne et qu'on va ramener plus tard. Donc, pour nous AHDA (Action pour les droits humains et l'amitié, ndlr), le président Macky Sall devrait regarder la situation dans tous ces contours et mesurer tous les paramètres, avant de signer à nouveau une telle convention. Le Sénégal et l'Espagne se sont accordés sur une voie d'accès légal des migrants.»

SADIKH NIASSE, SECRETAIRE GENERAL DE LA RADDHO : «Evaluer au préalable les programmes qui ont été déjà exécutés et déroulés, en tirer les leçons, avant de se lancer dans un programme similaire»

«Dans le cadre des signatures de contrats saisonniers ou circulaire entre le Sénégal et l'Espagne, les gens qu'on rapatrie ne sont pas du même profil que ceux qui sont concernés par les contrats circulaires. Le contrat de travail saisonnier, comme ça a été du temps de l'ancien président Abdoulaye Wade, concernait des gens qui allaient en Espagne pour quelques mois, faire le travail d'agriculture, et revenir. Maintenant, le problème, c'est l'évaluation d'abord. Il faut évaluer les programmes qui ont été déjà exécutés et déroulés, avant de se lancer dans un programme similaire. Je pense que c'est d'abord çà qu'il faut faire. Ensuite, il faut éviter la politisation parce qu'à l'époque, on s'est rendu compte que les gens qui étaient pris pour ce travail ne connaissaient pas ces genres de travail. Parce que des gens qu'on avait pris, c'était des militants de partis, des femmes qui n'étaient pas habituées au champ. En fait, on les a emmenés en Espagne, certaines n'ont pas voulu continuer ces genres de travail et même ont disparu dans la nature. Donc, c'est ce préalable qu'il faut d'abord, faire une évaluation des programmes passés et ensuite pouvoir en tirer les leçons. Il faut aussi éviter, lors du recrutement, vraiment, de faire des recrutements politiques ; il faut prendre en fonction des profils des personnes, en fonction du travail dont ils sont habilités à faire. C'est ça qu'il faut faire pour pouvoir bénéficier de chance, à la réussite de ce partenariat dans le cadre de la migration circulaire.»

Plus de: Sud Quotidien

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