Tunisie: L'incursion policière dans les locaux de l'agence TAP est un scandale d'Etat (vice-présidente SNJT)

Tunis — « Le gouvernement Mechichi est tombé à l'instant même où le premier policer a fait incursion dans l'agence Tunis-Afrique-Presse le 13 avril 2021 », a déclaré la vice-présidente du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) Amira Mohamed, qualifiant les actes perpétrés par « le gouvernement Mechichi, les partis qui le soutiennent et Kamel Ben Younes » de « scandale d'Etat ».

Amira Mohamed s'exprimait lors du rassemblement de protestation organisé jeudi devant le siège de l'agence de presse TAP à l'appel des syndicats, en présence d'un grand nombre de journalistes de médias publics et privés, de représentants de la société civile, de partis politiques et de personnalités nationales.

Mardi, un important dispositif policier avait été déployé devant le siège de la TAP et plusieurs policiers ont fait incursion dans les locaux de l'agence et agressé verbalement et physiquement des journalistes et des membres du personnel pour installer de force Kamel Ben Younes, dont la nomination a été rejetée et dénoncée comme étant ouvertement politique et partisane.

Les syndicats ont également appelé les journalistes tunisiens à porter le brassard rouge pour protester contre cette agression sans précédent et exprimer le rejet des nominations partisanes à la tête des médias publics et confisqués.

« Cette grande mobilisation traduit le degré de conscience de l'importance de la liberté de la presse », a souligné la responsable syndicale, ajoutant qu'avant d'être un acquis pour les journalistes, la liberté de la presse permet aux citoyens d'accéder à l'information et de connaitre tous les points de vue et toutes les orientations, avec la même distance et la même objectivité.

Une liste des « ennemis de la liberté de la presse » est actuellement en cours d'élaboration et sera dévoilée le 3 mai à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, a-t-elle annoncé.

Elle a, en outre, rappelé le passé « déshonorable » de Kamel Ben Younes, revenant sur « les coups portés à la Ligue tunisienne des droits de l'Homme et au syndicat des journalistes tunisiens en 2009, ainsi que les sommes colossales qu'il a reçues du régime dictatorial pour faire sa propagande et appeler Ben Ali à se présenter de nouveau à la présidentielle ».

Et d'ajouter : « Voilà qu'il a aujourd'hui recours à la police et à la force contre ses consœurs et confrères. Pour le SNJT, Kamel Ben Younes n'est plus un confrère, nous ne le reconnaissons plus en tant que tel ! »

Amira Mohamed a également évoqué la situation de la radio confisquée Shems FM, dont le personnel est en sit-in depuis un mois pour protester contre la nomination de Hanen Ftouhi.

Mohamed Saïdi, Secrétaire général de la Fédération générale de l'information (UGTT) a pour sa part estimé que le gouvernement Mechichi a commis un « carnage politique » avec cette incursion policière dans un média public. « C'est un scandale, non seulement dans l'histoire de la presse tunisienne, mais mondiale », a-t-il lancé, réaffirmant le rejet de cette nomination politique par la centrale syndicale.

« La ceinture politique veut contrôler les médias, et les syndicats professionnels s'y opposeront sans relâche », a-t-il insisté, réitérant également le soutien à radio Shems FM qui mène le même combat.

Saïdi a dans ce sens fait remarquer qu'il ne s'agit pas d'une bataille de la presse uniquement « mais d'une bataille pour la Tunisie, étant donné qu'il n'y a pas de démocratie, ni d'élections libres et transparentes, sans presse libre ».

La journaliste Soukaïna Abdessamad, membre de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA) a souligné, dans une déclaration à la TAP, que « ces désignations parachutées sont totalement rejetées », qualifiant la tentative d'installer Kamel Ben Younes par la force et l'incursion policière dans l'agence TAP de « véritable scandale ».

« Si le gouvernement voulait réellement procéder à des nominations objectives, il aurait consulté les structures professionnelles et les instances concernées, à l'instar de la HAICA et du Conseil de la presse", a-t-elle conclu.

Les journalistes et le personnel de TAP sont en sit-ouvert depuis le 6 avril pour protester contre la nomination de Kamel Ben Younes à la tête de l'agence, et observeront une grève générale au niveau central et régional le 22 avril courant.

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