Rwanda: Sortie de l'ex-premier ministre français sur le génocide rwandais - Dur, dur, ce Balladur !

analyse

Alors que le rapport Duclert souligne de « lourdes et accablantes responsabilités » de la France dans le génocide rwandais, l'ex-Premier ministre français, Edouard Balladur, aux affaires lors du déclanchement du drame, tente de ramer à contre-courant. Il prend même le contre-pied de son ministre des Affaires étrangères de l'époque, Alain Juppé, qui a exprimé des regrets et évoqué des blessures dans les colonnes du journal Le Monde.

Comme si cela ne suffisait pas, Balladur enfonce le clou en déclarant ceci : « N'attendez pas de moi la moindre repentance ! ». L'on se demande si l'ex-Premier ministre français a vraiment remué sept fois la langue avant de prononcer de tels propos. On le sait, le génocide rwandais qui a fait 800 mille morts, est un sujet hautement sensible et Balladur ne l'ignore pas.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est une sortie malheureuse et opportune. Cela est d'autant plus vrai qu'elle intervient dans un contexte où la France s'emploie à réchauffer ses relations qui sont restées pendant longtemps glaciales avec le Rwanda. Fort heureusement que ce qui est sorti de la bouche de Balladur, n'est pas la position de la France officielle. Reste que cette sortie risque de provoquer l'ire de l'homme mince de Kigali.

Et Dieu seul sait les conséquences qui pourraient en découler. En tant qu'ancien dignitaire du régime de François Mitterrand, Balladur devait mesurer ses propos dans la mesure où ils pourraient avoir des effets dévastateurs. Balladur a-t-il manqué de décence ? Une chose est sûre : l'ex-dignitaire du régime Mitterrand a manqué l'occasion de se taire. Car, jouer à l'avocat du diable dans une affaire aussi explosive que le génocide rwandais, c'est s'attirer les foudres de tout un peuple meurtri. Balladur voudrait remuer le couteau dans la plaie qu'il ne s'y prendrait pas autrement.

Le rôle trouble joué par l'Hexagone restera à jamais gravé dans la mémoire des Rwandais

Afficher une position aussi dure face à un drame qui a ému le monde entier, est hautement maladroit. Balladur, et c'est peu de le dire, n'a rendu service, ni à la France ni à lui-même. Son attitude laisse croire qu'il n'a pas été ému outre mesure, par le génocide rwandais.

La Droite française se doit de le recadrer car, au-delà de sa propre personne, c'est l'image de toute la classe politique française qui prend ainsi un coup. En s'opposant publiquement à toute présentation d'excuses par son pays, au peuple rwandais et en demandant plutôt d'en exiger à d'autres pays comme les USA et la Belgique, Balladur fait preuve d'indifférence face à un drame qui a marqué à vie les Tutsis.

S'il est vrai que ni l'ONU, ni les Etats-Unis encore moins la Belgique ne sont intervenus pour empêcher le massacre, la France n'a pas non plus empêché la descente aux enfers des Tutsis. Bien au contraire, le rôle trouble joué par l'Hexagone restera à jamais gravé dans la mémoire des Rwandais. Balladur a-t-il oublié que la patrie des droits de l'Homme a offert gîte et couvert aux plus grands génocidaires rwandais avant de les livrer plus tard à la Justice sous la pression du Rwanda et des Organisations de défense des droits humains ?

En tout cas, en attendant que les USA et la Belgique soient mis sur le banc des accusés, la France doit assumer. Plutôt que d'adopter une posture de déni, Balladur devrait avoir l'humilité et la décence de reconnaître un échec, ne serait-ce que par respect pour la mémoire des 800 mille morts. Dur, dur, ce Balladur !

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