Burkina Faso: En rang, le vaccin arrive !

Ça y est ! Nous aussi nous aurons nos doses ANTI-COVID et plus de 15 millions de Burkinabè pourront en bénéficier. Qui dit mieux ? Chez nous, le vaccin, sans le nommer sera gratuit et les Burkinabè pourront librement se faire vacciner ou pas. C'est dire qu'on aura même le choix d'aller se faire vacciner ou rester dans nos greniers. Mais si certains attendent le fameux liquide « précieux » pour bouter le coronavirus hors de leur trajectoire, d'autres restent sceptiques et même fébriles quant aux incertitudes qui gravitent autour du vaccin.

En effet, trop d'eau a coulé sous les ponts et visiblement peu de choses ont été faites pour rassurer et endiguer les flots d'infos ou d'intox déversés dans les réseaux sociaux. Entre la théorie du complot et la bonne foi des inventeurs de la « potion magique » la vérité semble être la panacée qui manque à la trouvaille. Depuis l'avènement de la COVID-19, des chapelles aux cloches dissonantes nous ont rabâché les oreilles avec tant de versions que certains en ont fait un sujet d'aversion. Mais au final, la vérité sur la pandémie a fini par devenir un vulgaire prétexte de desseins inavoués. De toute façon, il n'y a presque jamais eu de vérité sur cette affaire, du début de la crise à l'enlisement. Entre supputations et accusations, l'origine, l'auteur ou le vecteur du mal restent inconnus, méconnus, sinon non reconnus. Pourtant quelque chose a bien pu se passer et mal passer. Mais personne ne nous dit rien ! Ils ne nous diront certainement rien.

Pendant ce temps, des gouvernements profitent de la crise pour masquer leur population au risque de les étouffer dans des confinements à n'en pas finir. Les firmes pharmaceutiques s'élancent dans une course effrénée pour la trouvaille d'un vaccin vaille que vaille. En moins d'un an de pandémie, chacun annonce avoir découvert un vaccin avec 70%, 80% voire 90% d'efficacité. La chloroquine est vite déclassée, malgré les quelques tentatives à succès de son utilisation sur des patients. Les recettes traditionnelles sous nos tropiques, longtemps taxées de primaires et de rudimentaires, sinon de précaires furent balayées du revers de la main. Les tradipraticiens ont été relayés au second plan, sinon écartés d'un système de santé qui regarde en plongée les herbes et les racines « sataniques » d'une tradition en perdition.

Des cartésiens en blouses blanches se sont nuitamment dévêtus pour se laver et boire les décoctions prodiguées par ces mêmes tradipraticiens. Mais devant les camera des plateaux éclairés, les mêmes toubibs useront de gros mots pour battre en brèche l'apport de leur propre culture dans la lutte.

Ils jugeront et condamneront avec un dédain à peine voilé, les mêmes décoctions qu'ils ont ingurgitées au goulot malgré les « risques de toxicité » et « d'absence de doses scientifiquement calibrées ».

Ils ont fini par dénigrer et déclasser nos propres ressources et valeurs pour se couler dans le moule carré des protocoles imposés, parce que plus objectifs. Parce qu'il n'y a rien de vrai ou de bon sans évidence scientifique. Vive la science ! La médecine traditionnelle n'est pas une science exacte certes, mais elle peut être améliorée et adaptée. Combien de nos experts formatés dans le carcan des théories sont prêts à invoquer Hippocrate tout en piétinant M'Ba Tinga l'illuminé « sorcier guérisseur » du hameau ancestral ? Combien font-ils plus confiance à la spécialité qui maintient chèrement le patient à vie avec son mal, pendant que les écorces et les racines de Bangr-weogo rivalisent d'efficacité avec les molécules de synthèse des labos « collabos »? Nous sommes allés à « l'école du blanc » et nous en sommes ressortis tout bleu face à nous-mêmes, assimilés et aliénés.

COVID-19 nous aura appris qu'un Africain peut prévoir le pire pour l'Afrique sur la base d' « évidences scientifiques », sans la moindre preuve. COVID-19 nous aura également démontré que notre système de santé est un système de danger. COVID-19 nous aura aussi montré que l'on peut, au nom de la solidarité nationale, brandir et donner devant les caméras des millions francs CFA pour soutenir la lutte sans être ému par remplacer la lampe qui ne s'allume qu'à coup de « fessées répétées ». COVID-19 nous aura aussi confirmé que nous ne savons pas compter sur nos savoirs locaux pour nous prendre en charge et que la pharmacopée traditionnelle reste le triste riche parent pauvre d'une médecine moderne « arrogante » et « condescendante ».

Enfin, cette pandémie nous aura prouvé que tant que nous formerons nos spécialistes dans les bulles de l'Occident au mépris du socle de roc fertile de nos croyances et valeurs, nous allons toujours attendre que les autres cherchent et trouvent à notre place, avant de nous obliger à consommer leur trouvaille. Bref, en attendant que le vaccin arrive, concitoyennes et concitoyens, chers compatriotes, faites le grand rang et tendez bien vos bras ; c'est gratuit et puis, ça vient d'ailleurs et ailleurs, c'est meilleur !

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