Sénégal: Troubles du voisinage - Quand la cohabitation devient un supplice

15 Avril 2021

Les relations entre voisins ne sont pas toujours des plus cordiales. Les petites disputes sont fréquentes dans les quartiers à cause de certaines attitudes inconvenantes du voisin bruyant, tantôt difficile à vivre ou d'une propreté douteuse...

Il est 11 heures et les enfants sont dehors en train de jouer, tandis que leurs mères s'activent dans les travaux ménagers. Tout d'un coup, le petit Ousmane se dirige vers sa maman, le front saignant et les yeux imbibés de larmes. « Mon cœur a raté un battement quand j'ai vu le sang de mon fils couler », se rappelle Fatou Bintou qui, avec beaucoup de mal, est allée se plaindre auprès des parents du garçon qui a blessé son fils avec une pierre. Une routinière dispute de deux mômes courant derrière un ballon de football en est la raison. « Quand je suis partie chez le garçon, sa mère m'a répondu avec arrogance. Elle m'a rétorqué que c'était des choses qui arrivaient entre enfants et que c'est toujours le plus fort qui en sort gagnant », relate-t-elle, outrée comme si elle revivait la scène.

Irritée par l'insolence de la dame, Fatou Bintou l'attaque et la roue de coups, les uns plus violents que les autres. Et tout le monde a accouru pour séparer les deux mères. « Après la bagarre, son mari est venu chez moi accompagné de son frère pour s'excuser et a promis de prendre en charge les frais médicaux de mon enfant. Ils l'ont soigné et, depuis lors, je ne parle plus avec cette femme qui ne rate aucune occasion de me lancer des piques parce que je l'ai couverte d'opprobre », clame-t-elle, tout sourire.

Si ce sont des enfants qui ont poussé Fatou Bintou et sa voisine à ne plus s'adresser la parole, pour Louise Diatta, c'est le « manque d'hygiène » de ses voisins qui l'agace. Selon elle, ils attendaient qu'il pleuve la nuit pour ouvrir leur fosse septique et ainsi empuantir tout le quartier. « C'était vraiment insupportable ! Comment une personne normale peut être aussi incivile ? À cause d'eux, nos enfants tombaient malades chaque jour parce que l'eau attirait les moustiques », fustige la quadragénaire qui, par la suite, a décidé de ne plus les laisser faire. « J'ai finalement perdu patience et je suis allée en parler au chef de quartier qui s'estérigé en médiateur. Mais c'était sans compter sur leur entêtement. Finalement, ce sont les autres voisins qui les ont attaqués et les ont traités de tous les noms. Ils ont finalement déménagé », se réjouit Louise qui considère leur départ comme un soulagement, la fin de son calvaire.

Des chants nocturnes à n'en plus finir

Les tapages nocturnes font aussi partie des troubles du voisinage. Dans certains quartiers, sont organisées, deux ou trois fois par semaine, des cérémonies religieuses où les disciples mettent des chants quelquefois incommodants. Mais, il y a comme un silence de complaisance et de crainte. Habib Fall s'en désole et demande aux notables de prendre les mesures qu'il faut. « Dans mon quartier, ils commencent tous les jours vers 21 heures et ne s'arrêtent de nous importuner qu'à l'aube. C'est inconcevable parce qu'en plus de troubler notre sommeil, ils nous mettent en danger car, lors de ces évènements, les voyous en profitent pour accomplir leur basse besogne en volant et en saccageant des biens d'autrui », fulmine le jeune homme. $Pour Souleymane Diallo, chef de quartier de la Cité Ndèye Marie, il est de son devoir de veiller à la protection et à la quiétude de ses habitants. « Nous réglons tous les jours des problèmes entre voisins », se désole-t-il.

Souleymane considère que les gens sont aujourd'hui égoïstes et adoptent des attitudes peu convenables. À ses yeux, même avant d'entamer des travaux dans sa maison qui peuvent gêner les voisins, il faut d'abord les prévenir et s'excuser d'avance des désagréments. « Les jeunes d'aujourd'hui ne pensent qu'à leur propre personne. Par ailleurs, quand des voisins se querellent, ils doivent en parler au chef de quartier avant d'aller à la police parce que certains cas peuvent être résolus sans impliquer les forces de l'ordre. Les tapages nocturnes n'ont plus lieu ici depuis des années car j'y veille personnellement. Il est inconcevable de tolérer ces pratiques alors que les gens doivent se lever tôt pour aller travailler », soutient M. Diallo, qui estime qu'un chef de quartier se doit d'être impartial pour pouvoir être un régulateur social.

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