Somalie: Des chercheurs indépendants accusés d'espionnage par la justice

Plusieurs chercheurs et analystes indépendants sont accusés d'espionnage par la justice, alors que le pays traverse une grave crise politique. Selon un communiqué du tribunal régional de la région de Banadir publié jeudi, une procédure judiciaire sera en effet lancée ce samedi 17 avril contre six collaborateurs d'une société de consulting respectée, Sahan Research, basée au Kenya. Une procédure dénoncée comme étant à caractère « purement politique » par les accusés.

Le directeur et fondateur de Sahan Research, Matt Bryden, n'a encore été notifié officiellement de rien. Aucun courrier, aucun message du tribunal de la région de Banadir, où se trouve la capitale somalienne, Mogadiscio. Il ne connaît donc pas les motifs exacts de sa mise en cause.

Lui et cinq collaborateurs, actuels ou anciens, somaliens ou étrangers, sont pourtant désignés nommément par le tribunal régional de Banadir. Ils sont sommés de se présenter devant un juge le 29 mai prochain. Officiellement, les chefs d'accusation sont la diffusion « d'informations sur la sécurité nationale » et « espionnage au profit de l'étranger », sans autre précision.

Or selon plusieurs sources, cet acte judiciaire serait surtout motivé par la récente publication, par Sahan Research, d'un article appelant à des sanctions contre la présidence fédérale, pour son rôle dans la dangereuse crise politique que traverse le pays.

Cela fait plusieurs années que la société Sahan Research et ses dirigeants sont pris pour cible par l'exécutif somalien : Matt Bryden n'est donc pas surpris. Son travail de conseil respecté auprès d'organisations internationales n'épargne pas la présidence et ses alliés. Pour lui, il s'agit donc d'une procédure « purement politique » et d'« une preuve supplémentaire que ce gouvernement ne supporte pas la recherche indépendante ».

Le chercheur somalien Rachid Abdi, qui fait partie des six convoqués, se fait, lui, plus direct, sur son compte Twitter : « Cela ne me dérangerait pas, dit-il, de devoir me défendre devant un tribunal neutre et décent, mais pas devant un tribunal politique mis en place pour intimider, harceler et faire taire les critiques. »

I wouldn't mind defending myself in a decent and neutral court, not in a political court set up to intimidate, harass and silence critics.

I have seen and outlasted many regimes. This one is not any different. It will be very short lived.

I will see its members at Yaya soon ! https://t.co/TQ35KsS8Pd

- Rashid Abdi (@RAbdiAnalyst) April 16, 2021

Plus de: RFI

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