Ile Maurice: New Goodwill Investment aura à abandonner ses actions dans Grays Distilling

La Competition Commission (CC) a tranché. New Goodwill Investment (NGI) devra se libérer de ses actions dans Grays Distilling, filiale du groupe Terra, pour pouvoir reprendre le contrôle de la Distillerie de Medine qui opère sous Excelsior United Investment Companies (EUDCOS), le pôle non-sucre du groupe Medine.

Une décision à laquelle s'oppose Jacques Li Wan Po, Executive Chairman de NGI, qui se réserve le droit de contester en justice cette directive. «Nous prenons acte des conclusions de la CC mais ne sommes pas satisfaits de cette décision car nous estimons qu'elle n'est pas justifiée. S'il est vrai que nous sommes actionnaires dans ces deux distilleries, nommément Medine et Grays, en revanche, nous ne contrôlons pas ces deux sociétés», affirme Jacques Li Wan Po, qui dispose d'un délai de six mois pour exécuter la directive de la CC.

Tout commence en janvier 2019 quand NGI, déjà actionnaire à 33,3 % des parts du capital de la Distillerie de Medine et brassant un chiffre d'affaires de Rs 2,8 milliards, décide de porter sa participation à 66,6 % dans cette société. Ce qui aurait fait du coup de NGI l'actionnaire majoritaire, avec le contrôle de la société. Or, la commission estime que la transaction, si elle était effective, nuirait à terme à deux marchés, ceux de l'alcool neutre et du rhum local.

La CC s'appuie sur son enquête pour rappeler qu'il existe à ce jour trois principaux fournisseurs de rhum à Maurice : NGI, International Distillers (Mauritius) Ltd (IDML) et Grays Inc. Ltd, dont l'actionnariat est structuré et se recoupe entre eux. Ainsi, on notera que Terra Brands Ltd est actionnaire à 74 % du capital de Grays et à 33,3 % de celui de NGI. Idem pour NGI, qui possède 33,3 % du capital de NGI et 50 % d'IDML alors qu'EUDCOS participe à 50 % dans l'actionnariat d'IDML et à 33,3 % dans celui de NGI.

Marchés verrouillés

Quant à l'alcool, qui est l'un des principaux composants du rhum, trois distilleries le produisant à partir de la mélasse se partagent le marché. On y relève la Distillerie de Medine, détenue à 66,6 % par EUDCOS, Omnicane Ethanol Production Ltd et Grays Distilling. Si les deux producteurs d'alcool neutre, la Distillerie de Medine et Grays Distilling, fournissent le marché local, Omnicane exporte sa production. Comme dans le cas du rhum, la structure de leur actionnariat se recoupe.

Partant du postulat que NGI détient des parts minoritaires auprès des deux principaux producteurs d'alcool neutre et qu'elle contrôle 70 % des parts de marché du rhum à Maurice par le biais de NGI et IDML, la Commission estime qu'une augmentation du contrôle de NGI aura un impact négatif sur la concurrence des marchés de l'alcool et du rhum à Maurice. Conséquence, cette transaction accroîtra le market power de NGI et entraînera des risques de collusion pouvant influencer les prix à la hausse. Autre risque à la concurrence : la forte possibilité que NGI nuise à ses concurrents en verrouillant les marchés.

Des risques que Jacques Li Wan Po balaie d'un revers de la main. Il ne comprend pas comment subitement l'annonce de sa décision de contrôler 66,6 % du capital de la Distillerie de Medine nuirait à la concurrence sur le marché de l'alcool neutre et du rhum. «La rationalité de ma démarche est de disposer d'une marche de manœuvre suffisamment grande pour développer de nouveaux projets dans la même ligne de produits que la société commercialise et bénéficier des fruits d'une intégration verticale.» Il ne voit rien des autres motifs qui lui sont attribués.

Toutefois, le directeur exécutif de la CC, Desmuk Kowlessur, persiste et signe : les marchés de l'alcool neutre et du rhum sont si concentrés que les accentuer serait au détriment de la concurrence et des consommateurs. «Pour restaurer la confiance, j'accueille favorablement la décision de la commission d'imposer à NGI le désinvestissement de sa participation dans Grays Distilling comme condition nécessaire pour devenir actionnaire majoritaire de Medine Distillery.»

Mieux, le patron de la Commission enfonce le clou. Il note que, malgré les avertissements, des entreprises prennent encore des risques de concrétiser des transactions liées à des fusions et acquisitions sans l'aval préalable de la Commission. Il insiste sur l'importance de notifier ces transactions pour qu'elles s'alignent sur les dispositions de la Competition Act. Il rappelle que la Commission peut intervenir même si une transaction a été conclue pour imposer des directives contre le projet. «Le cas précis est un exemple d'une acquisition potentielle qui n'a pas été notifiée à la Competition Commission. C'est aussi le premier cas où la commission décide d'imposer une mesure de désinvestissement», ajoute Desmuk Kowlessur.

Quoi qu'il en soit, avec la décision de contester cette directive, Jacques Li Wan Po remet une nouvelle couche dans le bras de fer qu'il engage avec la Competition Commission. Affaire à suivre...

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