Sénégal: Mobilisations tous azimuts des partisans de Macky Sall à coup de millions - «Pure mise en scène», selon des acteurs de la société civile et activistes

Après les émeutes enregistrées dans le pays au mois de mars dernier, suite à l'affaire opposant l'employée du salon de massage "Sweet Beauté", Adji Sarr, à Ousmane Sonko, leader de Pastef Les Patriotes, le camp du pouvoir ne lésine pas sur les moyens pour faire des démonstrations de force en termes de mobilisations politiques. Une attitude jugée «irresponsable» par des activistes et acteurs de la société civile, qui ne voient en cela qu'une manière de berner l'Occident.

Méga rassemblements de l'Apr à Ngallèle (Saint Louis), Matam, Kaolack, Ziguinchor, Bokké Dialloubé (Podor), Pikine, Sédhiou, ou encore à Kolda, entre autres. Location de cars, bus, et confection de teeshirts, banderoles et autres plancardes, sans oublier la restauration. Tout y passe. C'est dire que les partisans du régime en place, restés groggy après les manifestations violentes de mars dernier, cassent leur tirelire pour mobiliser des foules et ainsi sonner la riposte face à des adversaires politiques quelque peu ragaillardis par les émeutes violentes de mars dernier.

«ILS SEMBLENT TOUJOURS SE CONTENTER D'ACTES DE FAÇADE, DE MISE EN SCENE», ABDOURAHMANE SOW, COORDONNATEUR COS/M23

Une réponse politique qui ne laisse pas de marbre certains acteurs de la société civile et/ou activistes. Joint par la rédaction, Abdourahmane Sow, coordonnateur de la Commission orientation stratégique du M23 (Cos/M23) décrit le contexte du chômage et de l'emploi des jeunes, un fléau qui perdure et résiste à toutes les politiques mises en place, pour ensuite dénoncer «le manque de sérieux et de responsabilité dénoté par ce manque de considération de la part de ces acteurs politiques». Il considère en fait que «dans ce contexte, voir certains responsables du pouvoir en place, mobiliser des centaines de millions dans des rassemblements politiques, nous informe d'un total déphasage entre ces derniers et les administrés que nous sommes», non sans estimer qu'une telle démarche ne viserait qu'à servir au chef de l'Etat des «subterfuges et des maquillages pour lui faire croire à la politique politicienne». Abdourahmane Sow trouve en réalité que «ce que nous pourrions comprendre dans cette manière de riposter de la part de certains politiques, c'est qu'ils semblent toujours se contenter d'actes de façade, de mise en scène, d'effets d'annonce pour combler et camoufler leurs limites». Considérant ainsi que le Sénégal fait partie des pays les plus pauvres et les plus endettés et que le plus petit sou devrait être dépensé de manière efficiente et efficace, M. Sow pense que c'est «au président de la République de prendre ses responsabilités, alors qu'il admet avoir compris ce message de défiance».

«C'EST POUR AMUSER LA GALERIE», MADIA DIOP SANE, COORDONNATEUR VISION CITOYENNE

Le cri d'amertume est le même pour le Coordonnateur de Vision citoyenne, un mouvement citoyen à Ziguinchor, qui se dit «scandalisé par ces nombreuses manifestations» organisées par les partisans du président Macky Sall, au moment où le régime peine à obtenir des vaccins pour l'ensemble de sa population. Toute chose qui fera dire à Madia Diop Sané qu'en réalité «c'est pour amuser la galerie», ou du moins pour «communiquer avec l'Occident». «Il (Macky Sall) est en train de vouloir montrer aux Occidentaux qu'il n'est pas impopulaire et qu'il détient toujours cet électorat-là, alors que même en 2019, Macky Sall n'a pas gagné les élections», peste M. Sané. Il a, par ailleurs, révélé que certaines personnes sont payées pour prendre part aux meetings, prenant à témoin la manifestation organisée par Doudou Ka à Ziguinchor où «il n'y avait quasiment personne quand il (Doudou Ka) a pris la parole, en dernière position». Très remonté contre ce régime qu'il qualifie «d'irresponsable», Madia Diop Sané supputera que la jeunesse n'attend plus rien du chef de l'Etat car, «même s'il (Macky Sall) le voulait, il ne peut pas réussir sa politique d'emploi». Enfonçant le clou, il considère que le chef de l'Etat a fait «pire» que son prédécesseur en terme de recule démocratique et de privation des libertés. L'activiste coordonnateur de Vision citoyenne prévient toutefois que «personne en dehors de Dieu, ne pourra nous priver de notre liberté. Celui qui tente de le faire, il nous aura en face de lui». Cela, non sans disqualifier Macky Sall pour un troisième mandat, en 2024.

«MACKY SALL DOIT QUITTER LE POUVOIR», KARIM XRUM XAX

Plus acerbe, l'activiste Abdou Karim Guèye appelé Karim Xrum Xax, qui n'y est pas allé de main morte, pense que le régime n'a pas tiré la leçon de ce qui s'est passé tout dernièrement. Il voit aussi par ces nombreuses manifestations des gens du régime en place, de la «triche» dans le but de «se jouer de sa population» pour faire les yeux doux à l'Occident. «A chaque fois, il veut montrer à l'opinion internationale et peut être certains qui n'étaient pas sortis lors des manifestations, que la population est avec lui. Mais, il sait très bien que le peuple lui a tourné le dos, depuis très longtemps», déplore-t-il. Allant plus loin, il estime que «Macky Sall doit quitter le pouvoir» pour avoir échoué dans sa politique de jeunesse caractérisée à son avis par plus de 400 morts dans la mer Méditerranéenne, 13 jeunes décédés lors des manifestations, sans oublier les blessés graves. D'ailleurs même, caractérisant cette cascade de meetings de simple «sabotage» et d'une volonté «de brûler le pays», Karim Xrum Xax fera remarquer que «certains ont peur qu'il y ait encore d'autres manifestations de colère». Tous restent ainsi unanimes que la colère de la population ne s'est pas estompée et que ces manifestations ne sont que pure provocation.

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.