Sénégal: Prêches, émissions et discours Ramadan dans les radios et télés - La responsabilité des chefs de rédactions engagée

Ces dernières années, de plus en plus d'écarts sont déplorées dans des émissions et prêches Ramadan qui occupent une large place dans les programmes des radios et télévisions sénégalaises en ce mois béni.

Alors que les populations le constatent pour le déplorer, le Conseil Nationale de Régulation de l'Audiovisuel (CNRA) a pris les devants, cette année, à travers un communiqué d'alerte et une rencontre d'échange avec les acteurs et les médias pour les sensibiliser sur la diffusion de ces messages religieux, durant le Ramadan, qui pourraient semer une certaine division et enfreindre la cohésion sociale, afin de préserver l'harmonie héritée des grandes figures islamiques, depuis des décennies. Pour Imam Ahmadou Makhtar Kanté, de la mosquée de Point-E, cette alerte du CNRA est nécessaire pour anticiper et sensibiliser les prêcheurs qui, cette année, «seront beaucoup plus attentifs à ce genre d'écarts qui ont eu l'année dernière». Aussi appelle-t-il les chefs de Rédaction dan la responsabilité est engagée à «respecter la déontologie et surtout les questions de cohésion sociale et avoir leur ligne éditoriale par rapport à ces prêches».

ECARTS ET MENACES A LA COHESION SOCIALE : Des populations «réécrivent» les prêches Ramadan

Cette année encore, comme chaque période de jeûne du mois béni de Ramadan, les émissions et prêches religieux sont en vogue sur les radios et télévisions sénégalaises. Seulement, certains messages contiennent souvent des écarts pouvant attenter à la cohésion sociale. Ce déplore nombre de Sénégalais. Rencontré en cours de route tenant un journal, Mamadou Diouf constate des dérives dans certains prêches et émissions religieuses diffusés dans certaines radios et télévisions en période de Ramadan. Il pointe du doigt les parents qui ont une responsabilité dans l'éducation et l'imprégnation (ou non) de leur enfants sur le Coran pour faire face aux messages inappropriés. «Ce qu'on voit sur les prêches, il y a des dérives ; ce n'est pas juste, surtout les arabisants. A l'époque, ce n'étais pas comme ça. Ils ont d'énormes problèmes, ils disent du n'importe quoi, ils doivent respecter la religion, les musulmans, Allah Le Bon Dieu, Mohammed, Son Prophète (PSL).

Et aussi, à l'heure actuelle, il y a des gens, soi-disant des musulmans, qui ne comprennent rien sur le Coran. Quant on a des enfants, il faut leur apprendre le Coran pour que demain, en tant que parent, si on quitte ce monde, ses enfants puissent prier pour soi pour implorer le pardon du Bon Dieu. Mais, aujourd'hui, on voit des parents, dès que leur enfant atteint l'âge de 5 ans, au lieu de l'emmener dans les écoles coranique, ils les emmènent dans les garderies, ce n'est pas normale». Ce vieux du nom de Maguette Diop est d'avis qu'il faut cesser de stigmatiser les foyers religieux. «J'ai constaté (ces dérives), sur l'apparition du croissant lunaire. C'était dans une télévision privée de la place ; quand un prêcheur parlait de l'apparition de la lune à Touba, à Ndiassane, Tivaouane, etc. Pourquoi parle-t-on seulement de ces points religieux, c'est une question mal placée. Quand on dit que si on pas jeûné mardi au Sénégal c'est parce qu'à Touba on n'a pas vu la lune, de même qu'à Tivaouane et Ndiassane, des communautés qui gèrent beaucoup de fidèles et que cette année ceux qui annoncent l'apparition du croissant lunaire c'est sur la base de calculs, de la science, en citant le cas de l'Arabie Saoudite, donc pourquoi pas le Sénégal ne procéderait pas de la même manière, c'est stigmatisant. Il ne faut pas stigmatiser ces foyers religieux. Vous voyez vu, quand le pays était en tension, c'est le guide religieux de Touba qui a résolu le problème», déclare-t-il.

IMAM AHMADOU MAKHTAR KANTE, GRANDE MOSQUEE DE POINT-E «Cette alerte du CNRA est nécessaire pour anticiper et sensibiliser les prêcheurs à être beaucoup plus attentifs à ce genre d'écarts»

«Avec le mois de Ramadan, il y a beaucoup de prêches qui sont faits parce que c'est liée à l'importance de ce mois où beaucoup de musulmans se concentrent sur le culte et veulent écouter et avoir des productions médiatiques qui consolident leur foi et mieux connaître le Ramadan. Et aussi les prêcheurs n'ont pas le même style ; il y a tout le temps des innovations. Il y a des prêcheurs très pertinents qui savent bien parler avec les gens, avec pédagogie ; il y a d'autres aussi moins pertinents. Le discours engage toujours le niveau de connaissance des sujets auxquels il s'adresse. Le CNRA doit jouer son rôle d'alerte sur certain discours pour pouvoir sensibiliser les prêcheurs. C'est normal qu'il y ait cette alerte là, même si je ne veux pas qu'on réduise le discours des prêcheurs toujours à des conflits. Parce que sur 100 (prêches et émissions) qui sont (diffusés) c'est 1 ou 2 qui comportent de potentiels discours conflictuels, d'affrontement. Et là c'est normal que ça attire l'attention des gens. Et là on oublie les 1000 autres prêches qui ont été délivrés par les prêcheurs et les imams.

De toute façon, cette alerte, elle est nécessaire pour anticiper et sensibiliser les prêcheurs. Et je pense que cette année on va assister à des prêches qui seront beaucoup plus attentifs à ce genre d'écarts qui ont eu l'année dernière. Tout dépendra des profils qu'on va inviter. Et même si c'est le même profil, les sensibiliser pour qu'il y ait des discours qui n'ont pas un potentiel conflictuel. Donc l'alerte du CNRA est la bienvenue. Maintenant, les Chefs de Rédaction ont leur responsabilité ; c'est eux qui appellent les prêcheurs et ces derniers ne viennent jamais s'installer sur le plateau et dire au technicien fait la caméra, enregistre-moi, il est toujours invité. Donc, les Chefs de Rédaction doivent respecter la déontologie et surtout les questions de cohésion sociale et avoir leur ligne éditoriale par rapport à ces prêches. Il n'y a pas encore de formation pour devenir prêcheurs ici au Sénégal, tout comme à l'extérieur. Je ne suis pas sûre qu'il est y ait une formation pour ça. Même pour être Imam, on dit oui, ... à la formation. Et quand j'ai entendu un marabout dire qu'on va former les imams, je trouve que c'est toujours bien, mais c'est les mêmes connaissances de base qui existent ; tout le reste, c'est une question de communication, de tempérament. N'empêche que je suis très favorable à ça ; que les imams, les prêcheurs subissent des formations avec des progrès de la science et de la communication, ça serait une bonne chose. Parce que l'Islam c'est une question de l'amélioration permanente. Le Prophète (PSL) a dit : «Certes, Dieu (Allah) a prescrit la bienfaisance en toute chose.» Donc, tous les nouveaux savoirs doivent être approprie par les gens qui sont écoutés, en particulier les prêcheurs et les imams.»

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