Ile Maurice: Air Mauritius - Le Paille-en-Queue peut-il reprendre son envol ?

22 avril. Un an cette semaine depuis que la compagnie aérienne nationale est sous administration volontaire. Le Covid-19, avec un confinement total et la fermeture des frontières depuis mars 2020, a cloué au sol la flotte d'Air Mauritius. Va-t-elle pouvoir retrouver les airs ?

La direction d'Air Mauritius (MK) n'est plus aux commandes de notre fleuron national. En effet, la pandémie est venue porter un coup de massue au transporteur national qui subissait déjà de fortes turbulences avant même l'assaut du Covid-19. Dettes accumulées, dessertes non-rentables, effets néfastes du hedging toujours ressentis, une masse salariale démesurée qui pèse lourd sur le bilan financier... Trouvera-t-on le/la Chief Executive Officer (CEO) qui, avec une baguette magique, redressera notre Paille-en-Queue qui pique du nez... avec autant de situations qui ont finale- ment plombé ses ailes ? Sous administration volontaire depuis le 22 avril 2020, la majorité de l'équipe dirigeante, dont des Executive Vice-Presidents (EVP) ont plié bagage. Certains, qui détiennent des postes reconnus par l'aviation civile, sont revenus après avoir pris leur retraite.

À l'ouverture des frontières en octobre, seuls des vols de rapatriement et cargo sont autorisés. Les frontières restent fermées aux touristes mais des vols sur Rodrigues continuent. Pendant la haute saison, la fréquence des vols augmente vers l'île, qui s'est vêtue d'un bouclier pour rester Covid-free. Les ATR-72 font le va-et-vient entre les deux îles jusqu'à l'essoufflement. Les problèmes techniques s'enchaînent, le plus marquant survenant le 28 décembre. Alors qu'un des ATR-72 met le cap sur Rodrigues, la coiffe de l'hélice se détache pendant que l'appareil prend son envol. Ce n'est qu'une demi-heure plus tard que le commandant prend connaissance de cet incident et décide de faire demi-tour.

L'année est également bouleversante pour le personnel de MK qui voit son rêve fondre comme neige au soleil. Des chefs de cabine sont licenciés. Des pilotes et du personnel navigant commercial (PNC) se voient offrir un nouveau contrat de travail avec une révision de salaire. À d'autres, on propose un congé sans solde, avec possibilité de chercher un second emploi. Le calvaire de ces mères et pères de famille débute. Alors que Maurice s'enorgueillit d'être Covid-safe pendant des mois, le pays se retrouve à nouveau empêtré dans une crise sanitaire depuis le 5 mars. Face à l'adversité, ces frontliners bravent pandémie, virus pour récupérer passagers, fret et vaccins.

En août prochain, alors que les autorités prévoient que 60 % de la population auront été vaccinés et que le pays aura atteint l'immunité collective, les frontières devraient s'ouvrir aux vols internationaux, laissant entrer un flux de touristes pour rebooster ce secteur qui a bien besoin d'un apport d'énergie. Où se situe MK dans cette reprise ? Peut-on sauver notre transporteur national ? «Bien sûr qu'on peut sauver MK», lance d'emblée un pilote qui ajoute : «De mauvaises décisions ont été prises qui ne profitent pas à la compagnie mais à certaines personnes qui sont dans des positions de pouvoir. Sans elle, MK n'aurait jamais été dans la situation où elle est aujourd'hui.»

Selon notre interlocuteur, le pire c'est que pour soi-disant «redresser» la situation, des décisions sont prises qui coûteront très cher à la compagnie aérienne dans les années à venir. «À commencer par la mise sous administration volontaire pour échapper au processus normaux de changement de conditions de travail. Cette administration n'était absolument pas nécessaire mais on a l'impression que cela a été fait pour laisser le champ libre à toutes sortes d'abus dans les conditions de travail en utilisant la menace de licenciement pour faire plier les employés. Cela va finir par se retourner contre MK, comme un effet boomerang.» Il cite l'exemple des pilotes forcés de prendre un congé sans solde avec pour conséquence que leur licence n'est plus à jour, alors qu'on pouvait parfaitement les maintenir sur un régime de 1 mois ON/1 mois OFF, ce qui aurait réduit les coûts du personnel navigant de 50 % tout en gardant la licence de chacun à jour.

Du coup, avec la reprise graduelle, la compagnie doit maintenant débourser des millions pour réactiver les pilotes avec des sessions en simulateur ou des recency flights. Un autre exemple concerne le refus de prendre des contrats pour le fret valant des millions d'euros amenés par les syndicats à la table de l'administrateur et qui, encore une fois, ont été balayés d'un revers de la main car «MK ne fait pas dans le cargo». Selon ce pilote, la seule source de revenus reste le fret.

Raj Ramlagun, actionnaire chez Air Mauritius, pense que le destin du transporteur national est lié à ce qui se passe dans le monde et dans le pays. «Si on arrive à sauver MK, on pourra sauver d'autres secteurs de l'économie.» Il estime que la gestion du Covid-19 et l'ouverture des frontières sont les seules façons de sauver la compagnie d'une mort certaine. «Dans la situation où l'on s'est mis, ce n'est pas l'administrateur qui va sauver la compagnie; ce sont les conditions qui vont prévaloir. MK pourra opérer si les conditions externes s'améliorèrent (... ) MK est un symbole du rayonnement du gouvernement mais aussi un exemple classique d'un échec total dans la gestion.» Selon lui, l'échéance de juin (NdlR : le Watershed Meeting pour décider du sort de MK) sera déterminante pour la reprise. «Ce sera au gouvernement de décider s'il continuera ou pas avec la compagnie et sous quelle forme.»

Plus de: L'Express

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