Bénin: L'interpellation de Joël Aïvo suscite des interrogations

L'arrestation du professeur Joël Aïvo au Bénin suscite des doutes en ce qui concerne la volonté du président réélu Patrice Talon de rassembler les Béninois.

L'universitaire et opposant, candidat recalé à la dernière élection présidentielle, a été placé en garde à vue après avoir été interpellé puis auditionné dans la soirée de jeudi (15 avril). C'est vers le pont de Togoudo, à la périphérie de Cotonou, que Joël Aïvo a été arrêté aux environs de 15 heures par des policiers cagoulés, alors qu'il revenait du campus de l'Université d'Abomey Calavi.

Le garde du corps et le chauffeur du constitutionnaliste ont aussi été interpellés par la Brigade économique et financière dans un véhicule de la police avant d'être relâchés plus tard. L'information émane de l'équipe de communication de Joël Aïvo. La même source ajoute qu'il a entretemps rendu visite à Valentin Aditi Houdé, un ancien ministre avec qui il milite au sein du Front pour la restauration de la démocratie (FRD).

Une suite de l'affaire Madougou?

Cette arrestation n'a pas suscité de réaction dans le milieu universitaire mais le sociologue Patrick Hinnou, qui est aussi expert en gouvernance démocratique et développement, dresse un parallèle avec le cas récent de l'opposante Reckya Madougou.

" Madougou et Aïvo ont travaillé ensemble et donc ont animé des réunions. On suppose, à travers l'interpellation du professeur Aïvo, que ces mêmes faits pourraient lui être reprochés et donc, vu la collaboration politique qu'il y a entre les deux, l'arrestation du professeur Aïvo est comme un continuum de l'arrestation de Madougou " explique t-il.

Sadikou Alao, le président de l'ONG Gerdess Afrique, pense plutôt qu'on est en face de deux cas différents d'arrestation.

Selon lui " les deux situations ne sont pas comparables. Reckya Madougou a été arrêtée avant le scrutin dans les conditions que nous savons" précise t-il.

Une histoire de complot

On reprocherait à Joël Aïvo un complot contre l'autorité de l'Etat et d'avoir lancé un appel à une manifestation insurrectionnelle. Sadikou Alao y voit un mauvais signe pour le pays.

" Après cette victoire électorale que les uns et les autres qualifieront comme ils voudront, on ne peut pas s'attendre à ce que le professeur Aïvo soit enlevé et soumis à un tel questionnement à la BEF. C'est un mauvais signe parce que tout le monde pensait qu'après la victoire tant souhaitée, le président Talon aurait travaillé à ce que les rangs des Béninois se resserrent pour aller vers les futurs combats de développement. Si tant est que le développement soit sa préoccupation " explique Sadikou Alao.

Pour le sociologue Patrick Hinnou, il revient à présent à la justice de faire son travail." Dans tous les cas de figure, on fera confiance à la justice pour que le droit soit dit " précise t-il. Selon la procédure, le professeur Joël Aïvo devrait être présenté au procureur qui décidera de la suite à donner à son dossier.

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