Mali: Affrontements entre Dozos et Djihadistes

Des résidents de Zeaglo, un village situé au nord-ouest de Guiglo, menacés par les Dozos

Où est passée l'armée dans tout ça ?

Depuis près de quatre mois, ce n'est pas la paix dans le cercle de Djenné au Mali. En effet, des dozos et des djihadistes s'affrontement régulièrement dans cette localité où des villages entiers ont été brûlés, contraignant les habitants à fuir leurs domiciles respectifs. Preuve, s'il en est, que l'accord communautaire signé en août 2019, pour permettre la libre circulation des personnes, notamment agriculteurs, Bambara ou dozos et éleveurs peuls, n'aura pas produit les effets escomptés.

Mais pouvait-il en être autrement quand on sait que parmi les signataires de cet accord, il y en a qui veulent imposer un mode de vie moyenâgeux aux autres ? Les hommes de la Katiba Macina d'Amadou Kouffa, affiliée au Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) du redoutable Iyad Ag Ghaly, veulent mettre le Centre du Mali sous coupe réglée. Tant et si bien que l'on en vient à se poser la question : où est passée l'armée dans tout ça ? Tout porte à croire que les FAMa sont à la peine face à ces ingénieurs du mal, puisqu'elles n'arrivent toujours pas à défendre l'intégrité du territoire, qui, pourtant, relève de leur mission régalienne.

C'est d'autant plus vrai que n'eût été la résistance des dozos, le cercle de Djenné aurait déjà échappé au contrôle de l'Etat malien, si ce n'est déjà le cas. En fait, ce qui se passe au Centre du Mali et plus particulièrement dans le cercle de Djenné, traduit, et c'est peu de le dire, la faillite de l'Etat malien. Tout se passe comme si l'autorité avait décidé de confier la sécurité de certaines localités, aux milices d'autodéfense et aux chefs religieux. Les accords peuvent, certes, permettre d'avoir une certaine accalmie, mais ce n'est généralement que le calme qui précède la tempête. L'Etat doit jouer son rôle; il doit et cela est un impératif, à défaut de déloger les djihadistes du cercle de Djenné par des moyens musclés, encadrer les négociations qui peinent à porter leurs fruits.

L'insécurité constitue un véritable boulet au pied de la nation malienne

Malheureusement, on a le sentiment que les populations de cette localité sont abandonnées à elles-mêmes. Or, tant que les choses seront ainsi, les djihadistes continueront de massacrer les pauvres populations. Il ne faut pas se faire d'illusions ; ce qui se passe au Centre du Mali achève de convaincre que le pays de Modibo Kéita constitue le ventre mou de la lutte contre l'hydre terroriste. On est d'autant plus fondé à le penser que si le Mali n'avait pas échoué dans sa politique de sécurisation du territoire, les terroristes n'auraient pas pu étendre leurs tentacules vers d'autres pays comme le Burkina, le Niger et la Côte d'Ivoire. Cela dit, faut-il désespérer du Mali ? Il y a de bonnes raisons.

Car, même si elle n'a atteint son paroxysme qu'à partir de 2012, avec l'invasion et l'occupation d'une partie du territoire, notamment la partie septentrionale, l'insécurité constitue un véritable boulet au pied de la nation malienne depuis la nuit des temps. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas demain la veille que ce pays parviendra à bouter les démons de la violence hors de ses frontières. En tout cas, tant que certains de ses fils, en l'occurrence Amadou Kouffa et Iyad Ag Ghaly pour ne citer que ceux-là, refuseront de rentrer dans la République, le Mali ne connaîtra jamais la paix. Si l'accord d'Alger censé ramener la paix au Mali, peine à être appliqué, c'est du fait de leur volonté de détruire plutôt que de construire.

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