Cameroun: « Le bon sens recommande la courtoisie »

interview

Jean Pierre Ngonzo, enseignant de sciences politiques à l'Université de Yaoundé II-Soa.

On note, sur les réseaux sociaux, une tendance grandissante à l'affrontement entre les hommes politiques, les leaders d'opinion, etc. sur divers sujets. Comment analysez-vous ces clashs qui virent parfois à l'invective ?

Ce qu'on peut dire de prime abord est que la violence est consubstantielle à la politique et, partant, à la vie sociale. La confrontation des discours et des propos entre personnalités politiques et leaders d'opinion n'est donc pas en soi, une nouveauté. Ce qui peut paraître nouveau depuis quelques années c'est le déplacement de l'expression de cette violence des médias classiques vers les réseaux sociaux qui se positionnent aujourd'hui comme « nouvel espace publique d'épanouissement de la parole », mais davantage comme nouvel espace d'expression et d'exercice du marché politique. La violence verbale et discursive faisant partie des techniques marketing d'un tel marché où les opinions se vendent et où les sympathisants s'achètent, parfois au prix du meilleur uppercut.

Ne perdons pas de vue que le public est parfois particulièrement séduit par l'événementiel. De tels affrontements, rompant avec les débats classiques et policés, correspondent aussi (au-delà de leur sincérité) à des opérations de charme à l'endroit des publics et des followers, la politique étant aussi bien confrontation permanente que séduction continue. La violence en politique, quel que soit son espace d'expression, est donc une violence rationnelle aux effets bien mesurés.

Quels risques court une personnalité politique qui se livre à ce type d'affrontements ?

On peut spontanément penser que les personnalités qui se livrent à de tels exercices pourraient souffrir d'une dilution de leur image, de leur renommée ou de leur réputation. Pas toujours. Voyez-vous, en politique, on peut exister par le ridicule ou l'ubuesque. On a tous en mémoire des personnalités politiques de ces dernières années qui sont venues à la conscience du public par le caractère fracassant et discourtois de leurs propos ou de leurs discours. C'est dire que le risque-image en politique n'a pas de sens tant que les objectifs visés peuvent être atteints, même via les scandales, à fortiori d'un simple débat/confrontation sans gants.

En matière de communication politique, quelle serait la meilleure attitude à adopter lorsqu'en tant qu'homme politique on se retrouve pris dans cet engrenage ?

Les réseaux sociaux opèrent comme la drogue et l'alcool. Dès le premier contact, soit vous êtes assommé et vous y renoncez, soit vous êtes émerveillé et vous vous vous y inscrivez. Sous cet angle de vue, l'attitude d'une personnalité qui s'y engage sera déterminée par son niveau de satisfaction ou d'insatisfaction relativement aux résultats escomptés de ses communications. Certains hommes politiques en ont fait leur espace de communication et d'échange par excellence tandis que d'autre se réservent de flirter avec. Dans un cas où dans l'autre, lorsqu'on s'y retrouve, le bon sens recommande la courtoisie et la franchise.

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