Cote d'Ivoire: Discours xénophobes, appels à la haine - Que veut vraiment Simone Gbagbo ?

Une autre sortie malencontreuse qui pourrait plomber le processus de réconciliation en cours en Côte d'Ivoire. Le 11 avril 2021, Simone Gbagbo, épouse légale de Laurent Gbagbo, ancien chef d'Etat de Côte d'Ivoire, recevait en sa résidence des mouvements qui lui sont proches. Pour commémorer le 11 avril 2010, mais aussi préparer le retour en Côte d'Ivoire de son époux.

La cérémonie s'est transformée en un procès. « Le 11 avril 2011 a été une journée de défaite pour moi, mon époux, ma famille et toute la côte d'Ivoire ; une journée d'humiliation, de détresse de toute la Côte d'Ivoire. Le maléfique a décidé de mettre son sceau sur la Côte d'Ivoire, comme si les Ivoiriens n'avaient rien fait depuis 2000 pour la souveraineté ivoirienne, la nation ivoirienne, le patriotisme ivoirien. Le plus fort a piétiné le plus faible, sans gêne, avec arrogance, dans l'injustice totale. Le 11 avril est ce jour-là où des gens, des étrangers, ont décidé qu'ils avaient le droit de prendre les fils de Côte d'Ivoire et de les déporter ailleurs », a égrené l'ex-Première dame.

Pour le RHDP, par la voix de son porte-parole principal Kobenan Kouassi Adjoumani, c'est un coup fatal que Simone Gbagbo vient de porter aux efforts de normalisation et d'apaisement du climat sociopolitique entrepris par le gouvernement sous la haute égide d' Alassane Ouattara, président de la République.

Cela est d'autant plus vrai que les propos de l'exPremière dame rappellent un discours déjà entendu qui faisait un distinguo entre les Ivoiriens, la marque de fabrique de la gouvernance FPI de 2000 à 2010. En clair, en faisant allusion à des étrangers qui ont déporté les fils de la Côte d'Ivoire, Simone Gbagbo franchit à nouveau le pas entre son époux qu'elle considère comme le fils de la Côte d'ivoire et ceux qui ont eu raison de lui, après des mois de crise, suite à son refus de céder le fauteuil présidentiel perdu dans les urnes des mois plus tôt.

Sans le dire ouvertement, l'ex-Première dame a dans son viseur le RHDP et son président qu'elle et les siens ont toujours traités d'étrangers. D'ailleurs à la présidentielle de 2010, son époux était présenté comme le candidat de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et Alassane Ouattara comme celui des étrangers.

En 2021, le retour de ce discours xénophobe est la preuve manifeste que l'ex-députée d'Abobo n'a pas changé. La crise postélectorale et ses 3000 morts ne lui ont pas servi de leçon. Bien au contraire, on peut l'écrire sans risque de se tromper, Simone Gbagbo est de ceux qui rêvent du fameux match retour.

Une revanche des partisans de son époux sur ceux d'Alassane Ouattara. « La rivière a encore débordé de son lit, hélas ! », a écrit le porte-parole principale du RHDP. D'où ces interrogations : « Que cache la virulence de tels propos au moment où le Président Alassane Ouattara ne cesse de multiplier les actes d'apaisement en vue de favoriser et même d'accélérer le processus de réconciliation nationale ?

Que cache cette provocation de Mme Simone Gbagbo au moment où les portevoix officiels de M. Laurent Gbagbo ont décidé de fermer la parenthèse des invectives et des attaques gratuites pour s'inscrire résolument dans la voie d'un dialogue apaisé, constructif et responsable avec le Gouvernement ?

Pour qui et pour quelle chapelle en définitive prêche Mme Simone Gbagbo qui s'échine à ressusciter le monstre hideux de la xénophobie dans une Côte d'Ivoire qui cherche à rassembler toutes ses filles et tous ses fils ? ». Car, la réconciliation suppose l'implication de tous. Cela, tous les Ivoiriens doivent l'intégrer. A moins qu'en embouchant la trompette de la xénophobie, Simone Gbagbo veuille exister.

L'ex-Première dame en difficultés En effet, elle est depuis plusieurs années en difficultés au sein de sa formation politique. En sa qualité de première vice-présidente, son rêve de prendre les rênes la frange du Front populaire ivoirien (FPI) restée fidèle à Laurent Gbagbo, au décès d' Aboudramane Sangaré, en mars 2015, a été brisé par son époux.

Qui a porté son choix sur Assoa Adou. Pour donc exister, elle tente de faire remonter à la surface de l'eau les discours xénophobes afin de s'attirer la sympathie d'une partie des militants du FPI. Elle se met alors dans les habits qui ont toujours constitué l'ADN de ce parti : l'arrogance et être belliqueux.

L'ancienne Première dame de Côte d'Ivoire, faut-il le rappeler, a été libérée le mercredi 8 août 2018, après avoir été amnistiée par Président Alassane Ouattara qui, pensait ainsi donner un coup d'accélérateur au processus de réconciliation lancée depuis 2011. Le résultat, on le voit aujourd'hui, est tout autre. Le discours de Simone Gbagbo le 11 avril 2021 en est la parfaite illustration.

Fort heureusement, ils sont très peu, les Ivoiriens qui se laissent embobiner par ce genre de message. Ils lui souhaitent plutôt un autre combat. Celui de reconquérir son époux. Selon un journal panafricain, ce dernier aurait décidé, une fois rentré au pays, de s'installer chez Nady Bamba avec qui il vit depuis plusieurs mois à Bruxelles.

Aujourd'hui, c'est sur ce terrain que l'ex-Première dame est attendue. Reconquérir son époux serait une victoire précieuse pour elle et le FPI. C'est pourquoi, elle gagnerait à se consacrer sur cette bataille qui s'annonce longue et périlleuse pour son couple plutôt que de disperser ses forces, en tenant des discours que les Ivoiriens ne veulent plus entendre.

Le moment n'est pas aussi propice pour elle de faire des promesses aux jeunes et de leur parler d'une nouvelle Côte d'Ivoire. Oubliant que de 2000 à 2010, elle et son époux avaient la possibilité de construire une Côte d'Ivoire de compétents, des métros d'Abidjan à Odienné comme elle le promet.

Et ouvrir la Côte d'Ivoire pour voir que le pays est à une autre étape. Un pays en plein essor De 2011 à 2021, la Côte d'Ivoire sous la conduite d'Alassane Ouattara a changé. Le taux d'accès aux services de santé est passé de 44% en 2012 à 64% en 2019. Le taux brut de scolarisation est passé de 89,30% à 100,03%.

Sur la même période, deux Cafop ont été construits et 9 réhabilités. Plus de 79000 personnels enseignants et d'encadrement ont été recrutés au préscolaire, au primaire et au secondaire. Le taux de couverture nationale à l'électricité est passé de 33,1% en 2011 à 79,6% en 2020. 25 ponts ont été construits.

Le taux de pauvreté est passé de 55% en 2011 à 39,4% en 2019. C'est un pays nouveau qui a renoué avec la croissance, avec un taux de croissance moyen de 8 % par an depuis 2011. Tout le contraire de la gouvernance du FPI caractérisée par la gabegie et les scandales, comme celui de l'achat de l'usine de Fulton. Toute chose qui a fait sortir de ses gonds Mamadou Koulibaly, alors président de l'Assemblé nationale.

Au point où dans une lettre ouverte qu'il a intitulée « les Blues de la République », il a ressassé toutes les tares de la gouvernance de ses camarades socialistes. Laurent Gbagbo qui se vantait d'avoir la Côte d'Ivoire utile à l'éclatement de la crise de 2002 y a laissé un souvenir très amer. Presqu'aucun n'investissement important n'y a été réalisé.

L'école est devenue le souffre-douleur de cette gouvernance, avec les grèves à répétition. Lui qui dans l'opposition annonçait qu'avec 10 milliards de FCFA, il règlerait les problèmes de l'école ; avec des centaines de milliards les conditions de travail de ses camarades enseignants. Bien au contraire, il les narguait. « Je n'augmente rien », avait-il répondu aux enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur qui étaient en grève.

Tout le contraire d'Alassane Ouattara qui a décidé du déblocage des salaires depuis décembre 2014. La Côte d'Ivoire, avec l'actuel chef de l'Etat est sur une bonne trajectoire. Avec son programme la Côte d'Ivoire solidaire, Alassane Ouattara entend aller plus loin. « Nous renouvelons notre ambition de construire avec vous, pour vous, une Côte d'Ivoire plus solidaire, une Côte d'Ivoire meilleure ».

Rappelons que Simone Gbagbo avait été incarcérée depuis sept ans. Elle avait été arrêtée en avril 2011 avant d'être condamnée en 2015 à une peine de vingt ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l'Etat » et pour son rôle dans les violences politiques qui ont causé des centaines de vies entre 2010 et 2011. Avec ses agissements qui portent atteinte à la réconciliation, les Ivoiriens se demandent ce que veut bien l'ex-députée d'Abobo. Qui tantôt parle de réconciliation, tantôt, par ses agissements, donne des coups durs au processus.

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