Afrique Centrale: Génocide rwandais - Les rapports se suivent et se ressemblent

analyse

Les rapports se suivent et se ressemblent. C'est le moins que l'on puisse dire ! En effet, trois semaines après la publication du rapport Duclert commandité par le président français Emmanuel Macron, qui concluait à « des responsabilités lourdes et accablantes » de la France dans le génocide des Tutsis, le Rwanda tient aussi désormais son propre rapport.

Réalisé par un cabinet d'avocats américains sur commande de Kigali, ce rapport a été rendu public hier, 19 avril 2021. Composé de 580 pages, ce rapport d'enquête est une compilation d'échanges diplomatiques et de centaines de témoignages dont ceux de soldats français en désaccord avec la ligne officielle défendue par Paris.

Il écarte, tout comme le rapport Duclert, une participation active de la France au génocide rwandais et n'évoque pas clairement l'idée de « complicité » dont parlent certains observateurs. Toutefois, précisent les enquêteurs, « l'Etat français n'était ni aveugle ni inconscient au sujet du génocide prévisible ».

Plutôt donc que de se contredire, les rapports Duclert et celui du cabinet Levy Evestone Muse basé à Washington, se complètent. Mieux, ils semblent avoir choisi les mots justes et appropriés pour ne pas jeter de l'huile sur le feu dans un contexte où l'on assiste à un apaisement diplomatique entre Paris et Kigali. Si fait que le président français est même annoncé au Rwanda pour le mois de mai prochain.

A cette occasion, les autorités rwandaises disent attendre de lui, « un geste solennel ». La France acceptera-t-elle de tourner la page en présentant officiellement ses excuses au Rwanda comme l'ont déjà fait la Belgique, les Etats-Unis, le Vatican et l'ONU ? On attend de voir.

Paris marche sur des œufs

Surtout qu'il y a un peu moins d'une semaine, Edouard Balladur, alors Premier ministre français au moment du génocide rwandais, s'était refusé à tout acte de contrition, estimant que la France, pas plus que les autres pays, n'y était pour rien.

S'il est vrai que « Ballamou », comme le surnomme le Canard enchaîné, n'est plus aux affaires et qu'il n'incarne plus la France officielle, il reste entendu que ce genre de sorties peuvent saper les efforts de rapprochement entre Paul Kagamé et Emmanuel Macron.

On se rappelle encore le rapport de la Commission Mucyo en 2008, qui avait contribué à jeter d'épais nuages sur l'axe Paris-Kagli lorsque les enquêteurs avaient dressé une liste de treize personnalités politiques et vingt militaires français soupçonnés d'être impliqués dans le génocide rwandais, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires contre eux.

Toute chose qui avait provoqué un véritable tollé et contribué à braquer l'Hexagone. On comprend d'ailleurs pourquoi l'Etat français n'a pas voulu coopérer dans le cadre de la réalisation de ce nouveau rapport rwandais et ce, alors même qu'il était au courant que l'enquête était en cours. C'est dire à quel point Paris marche sur des œufs.

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