Afrique Centrale: Génocide rwandais - Rapport contre Rapport

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La photo de la salle d'exposition du Genocide Memorial à Kigali

Après les sempiternelles tensions diplomatiques entre Paris et Kigali, place maintenant à la guerre des rapports.

Hier lundi 19 avril 2021, le cabinet d'avocats américain Levy Firestone Muse a présenté au gouvernement rwandais le rapport qu'il lui avait commandé en 2017 sur le rôle de la France pendant le génocide en 1994.

Quatre années d'investigations au cours desquelles les enquêteurs ont entendu plus de 200 témoins, épluché des pages et des pages d'articles de presse, de travaux académiques et de documents officiels pour aboutir à la conclusion suivante : «Les responsables français ont armé, conseillé, formé, équipé et protégé le régime rwandais de l'époque».

Pour autant, le document de près de 600 pages n'affirme pas de façon claire une quelconque complicité de génocide de la France et se garde bien de recommander des poursuites judiciaires à l'encontre de responsables politiques français. L'Hexagone aurait donc «rendu possible un génocide qui était prévisible».

Et comme il fallait s'y attendre, les conclusions de ce rapport ne pouvaient que satisfaire ses commanditaires rwandais, cela d'autant plus qu'elles viennent conforter les résultats d'un autre rapport, français celui-là, qui a été remis au président Emmanuel Macron le 26 mars dernier.

La commission Duclert, du nom de son président, l'historien Vincent Duclert, a en effet conclu à des «responsabilités lourdes et accablantes» des autorités françaises dans la gestion de cette indicible tragédie qui a causé entre avril et juillet 1994 au moins 800 000 morts. Ce qui en fait, selon les historiens, le plus grand génocide de tous les temps en termes d'intensité.

Et c'est sans doute pour cela qu'il cristallise depuis plus d'un quart de siècle tant de passions que ces deux rapports vont peut-être contribuer à apaiser.

Bon prince, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Vincent Biruta, n'a-t-il pas déclaré hier que la France n'a pas participé à la planification du génocide et que les Français n'ont pas pris part aux tueries et exactions, ajoutant que «le gouvernement rwandais ne portera pas cette question devant une Cour».

C'est donc peut-être l'heure du dégel entre Paris et Kigali qui a enfin sonné, ce dont se félicite déjà l'Elysée, selon lequel «ces deux rapports ont le point commun de bouger les lignes et d'ouvrir un espace politique nouveau».

Il faut pourtant se garder de toute jubilation précoce car tout dépendra, in fine, de la réaction que les deux Etats, notamment leurs chefs, auront suite à cette évolution.

Emmanuel Macron ira-t-il jusqu'à présenter les excuses de la France au peuple rwandais comme le réclame depuis belle lurette Paul Kagame ou se contentera-t-il de formuler de simples regrets? De la réponse à cette question dépendra sans doute la décrispation définitive entre ces deux pays. On en aura, qui sait, un aperçu le 18 mai prochain à la faveur du séjour qu'effectuera «l'homme mince de Kigali» à Paris dans le cadre du sommet sur le financement des économies africaines.

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