Tchad: Le président - Deby tombe les armes à la main

La nouvelle du décès du président tchadien, Idriss Déby Itno, s'est répandue dans la matinée du mardi 20 avril 2021 comme une traînée de poudre. L'information a été annoncée par le porte-parole de l'armée tchadienne, le général Azem Bermandoa Agouna, dans un communiqué sur les antennes de la télévision nationale. Le chef de l'État a succombé à des blessures reçues au combat ces derniers jours dans la région du Kanem face aux rebelles du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT). Son décès intervient alors qu'il avait été annoncé, le 19 avril, vainqueur de la présidentielle avec 79,32 % des voix par la commission électorale pour son 6e mandat.

Cette disparition du Maréchal Itno, un titre auquel il a été promu en août 2020, n'augure rien de bon dans ce vaste pays de l'Afrique centrale et par ricochet pour l'ensemble des pays du G5 Sahel. L'homme a beaucoup contribué en faveur de la stabilité de son pays. C'était sous son magistère en tant que commandant en chef des armées que le Nord du Tchad, occupé dans les années 80, a été reconquis. Après cette prouesse, le conseiller militaire du président de l'époque, Hussein Habré, va tomber en disgrâce avec son mentor. Accusé de complot en 1989, Idriss Déby va s'exiler en Libye, puis au Soudan où il fonde sa propre armée, le Mouvement patriotique du salut (MPS) qui prendra le pouvoir en 1990.

Depuis cette date, l'homme fort de Ndjamena va, tant bien que mal, parvenir à garder les frontières de son pays dans ses anciennes limites au grand désespoir des différentes rebellions et autres groupes terroristes. Sur le plan militaire, les troupes d'Idriss Déby sont réputées pour leur courage sur les théâtres d'opération. Elles ont, à plusieurs reprises, donné du fil à retordre à l'ennemi. Des exemples font lésions. Ainsi, aux côtés des soldats français, les boys tchadiens n'ont pas hésité à aller à l'assaut des djihadistes du Nord-Mali en 2013. Ils ont aussi intervenu en 2014 en Centrafrique avant de se retirer à la suite des accusations d'exactions.

Sur le front de la lutte contre « Boko Haram », l'armée tchadienne a lancé, au début de 2015, une vaste offensive au Cameroun, au Nigeria et au Niger contre les islamistes armés. Dans la croisade contre les groupes terroristes, l'armée tchadienne est perçue par les spécialistes comme la force la mieux structurée dans l'espace G5 Sahel. Avec la disparition du « gendarme » du G5 Sahel, il faut craindre que son pays ne subisse le sort qu'a connu la Libye après la mort du guide libyen, Mouammar Kadhafi. Jusque-là, le Tchad constituait une véritable digue à l'expansion de l'hydre terroriste.

Si ce mur s'écroule, ce sera un boulevard pour envahir les autres pays du G5 Sahel voire ceux du Golfe de Guinée pour les groupes terroristes et autres trafiquants d'armes et de drogue, à partir de leur bastion libyen. L'on se rappelle dans la lutte contre les groupes armés, le président Déby s'était inscrit dans la dynamique d'appuyer les pays du G5 Sahel avec ses troupes rodées à cette guerre asymétrique. Les nouvelles autorités tchadiennes, au regard de ses multiples préoccupations, auront-elles l'audace du maréchal pour prêter main forte à ses voisins ?

Le Tchad est aujourd'hui en proie aux rebelles du FACT, aux groupes terroristes, à la grogne sociale et à une partie de l'opposition très révoltée car longtemps opprimée par le parti au pouvoir. Une chose est sûre, la sous-région a intérêt à ce que le Tchad ne sombre pas au risque de créer une autre poudrière voire un « Libye bis ». Les pays voisins et surtout ceux du G5 Sahel gagneraient à voler au secours de ce pays, aujourd'hui dans une zone de turbulence.

Plus de: Sidwaya

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