Maroc: Quand la Covid encourage la reconversion aux arts culinaires

Après 30 ans dans la finance, Mina Deydier a envie de changer de vie : ouvrir avec son mari un restaurant en Nouvelle-Zélande

En toque blanche et masquée, Mina Deydier s'applique à réaliser une pâte feuilletée à l'école culinaire Lenôtre. "Je réapprends à marcher", confie cette cadre parisienne, en reconversion pour ouvrir un restaurant en Nouvelle-Zélande. Fondée il y a 50 ans par le pâtissier Gaston Lenôtre, cette première école professionnelle affiche, malgré la crise de la Covid, de nouvelles ambitions dans le site flambant neuf à Rungis, à deux pas du plus grand marché de produits frais au monde. Si les restaurants sont fermés, la pâtisserie se porte bien. Et la pandémie et l'isolement ont poussé certains à franchir le pas et se reconvertir dans "ce métier de l'avenir qui permet la diplomatie du bonheur", estime Olivier Voarick, directeur général de Lenôtre.

Après 30 ans dans la finance, Mina Deydier, 50 ans, a envie de changer de vie avec un "projet personnel": ouvrir avec son mari un restaurant en Nouvelle-Zélande. "La cuisine française, ça s'exporte partout!" Pour cette mère de quatre enfants, la Covid a été "une opportunité" de se poser et réfléchir à ce qui est essentiel: "Bien se nourrir et revenir aux bases". "J'aurais pu rester dans ma zone de confort, mais il faut réapprendre à marcher, à dire +oui chef+. Je reste humble. C'est un plaisir". "Je n'ai jamais autant appris en une journée. J'étais dans les ratios de finances, dans mes tableaux, je ressortais et j'avais mal à la tête. Là je suis fatiguée, mais comme si j'avais fait du bon sport", assure-t-elle.

Après avoir travaillé dans le milieu associatif, Camille Lefrere, 20 ans, vient "réaliser (son) rêve" de devenir pâtissière. "Le télétravail a accentué la solitude et m'a fait comprendre que je ne pouvais pas passer ma vie derrière un bureau, être inactive pendant si longtemps, ce n'était vraiment plus possible", confie-t-elle à l'AFP. Depuis le début de son apprentissage le 1er mars, elle a appris entre 20 et 30 pâtisseries. "C'est la passion qui amène là des gens qui ont fait du design, de la finance, qui ont été très loin dans leurs études (...) Cela me bluffe, c'est assez incroyable de sauter le pas à 30-45 ans", souligne JeanChristophe Jeanson, formateur en pâtisserie et l'un des sept MOF (meilleur ouvrier de France) qui enseignent à l'école Lenôtre.

"Je préfère quelqu'un qui a envie plutôt que quelqu'un qui sait, on a un bien meilleur résultat", souligne-t-il. Sur une ardoise dans le laboratoire pâtisserie, les définitions de "margarine", "blanchir", "sorbet", "berlingot" ou "cannelé" aident les novices à se mettre dans le bain. Au bout de six mois, ils seront capables d'inventer leur propre dessert. "On accompagne différemment les différents profils. Avant les examens, s'il y a des profils pas très éveillés qui maîtrisent mal les cuissons, on fait du sur mesure. Le but c'est éviter l'échec au maximum", explique Guillaume Galy, formateur en cuisine salée. Accueillant près de 4.000 élèves "en année normale", l'école compte doubler ce chiffre dans les cinq ans dans les locaux de Rungis équipés de matériaux dernier cri, et inaugurés lundi.

Le déménagement de Plaisir, à plus de 40 km à l'ouest de Paris, à Rungis sert aussi à rendre l'école plus attractive pour les étrangers qui, avant la pandémie, représentaient 30% des étudiants, souligne Nathalie Bellon-Szabo, présidente du groupe Lenôtre. Aller à Rungis à l'aube et choisir ses produits, "c'est une expérience bien française", souligne-t-elle. Lenôtre a inauguré en décembre une boutique à Shanghaï et est en train d'ouvrir une école en franchise à Bangkok. "C'est compliqué dans la restauration en ce moment, mais pas dans la pâtisserie, ni dans la boulangerie", souligne Mme Bellon-Szabo en ajoutant que le chiffre d'affaires dans les boutiques Lenôtre a augmenté "entre 8 et 15%". Et "quand tout va repartir, on cherchera du monde dans le domaine de la restauration".

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