Mozambique: Une action militaire internationale s'impose contre les djihadistes

Depuis plus de trois ans, les shebab ravagent la province de Cabo Delgado, à majorité musulmane, située à la frontière avec la Tanzanie. Après leur attaque qui a eu lieu en mars dernier à Palma, ville stratégique du nord-est, faisant des dizaines de morts et des milliers de déplacés, la région redoute les prochaines actions de la guérilla djihadiste et en appelle au soutien de la communauté internationale.

Répondant à cette préoccupation après le raid des insurgés qui a eu lieu à dix kilomètres du projet gazier de plusieurs milliards d'euros piloté par Total, l'obligeant à y geler ses opérations, le Portugal, l'ancienne puissance coloniale, a envoyé une soixantaine d'hommes au Mozambique. Le gouvernement américain a offert son assistance militaire à Maputo et envisage de la développer, notamment « en matière de logistique et de renseignement », selon le porte-parole du Pentagone, John Kirby.

Pour l'Union africaine, la menace que représente les groupes terroristes présents en Afrique australe en général, et au Mozambique en particulier, nécessite « une action régionale et internationale urgente ». Du côté de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), les dirigeants disent se préparer actuellement à une « réponse régionale proportionnée ». Les chefs d'Etat de l'organisation sous-régionale ont décidé de « réactiver la force de la SADC et de la doter immédiatement des capacités lui permettant d'intervenir », confie le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa. Une nouvelle qui redonne aux Mozambicains l'espoir de revivre en paix dans la partie nord du pays.

L'attaque sophistiquée et meurtrière contre Palma a permis aux djihadistes de se ravitailler en nourriture et en armes : depuis leur départ, plane la peur de prochains raids dans la zone. Et des analystes avancent que les rebelles galvanisés pourraient viser le port de Pemba, capitale provinciale de près de 150.000 habitants, qui se trouve à plus de 200 km au sud.

L'armée gouvernementale n'est pas à la hauteur de sa tâche

« Il est probable que les rebelles cherchent à organiser une attaque contre Pemba dans les mois à venir », affirme la société de conseil en risques Pangea-Risk. « Pemba, c'est ce que tout le monde redoute mais il est absolument impossible de dire où ils vont frapper ensuite », nuance Dino Mahtani de l'ONG International Crisis Group.

La population craint que Pemba soit la prochaine cible des groupes armés qui, en un an, sont montés en puissance et ont pris le contrôle en août du port de Mocimboa da Praia, à une centaine de km de Palma. Ces derniers mois, une accalmie a été attribuée à l'intensification de la réplique militaire, mais jusqu'ici, l'armée régulière s'est montrée incapable de combattre efficacement les rebelles.

« Un éventuel raid sur Pemba signifierait une mainmise sur l'essentiel de la côte et sur les trois principaux ports sur l'océan indien », souligne un expert qui a requis l'anonymat. « Plaque tournante logistique pour les installations gazières avec un port et un aéroport, siège administratif et base pour les ONG, Pemba est une cible sérieuse », redoute-t-il.

Des observateurs expliquent en partie les défaillances observées au sein des forces gouvernementales par le récent départ de la société militaire privée sud-africaine Dyck Advisory Group (DAG), qui appuyait l'armée dans la lutte contre les djihadistes. « Cela laisse un vide dans le dispositif de sécurité », note Lionel Dyck, le patron de DAG.

Une source sécuritaire confirme que « l'armée mozambicaine seule n'est pas à la hauteur » et que ses éléments n'ont aucune idée de ce que font les insurgés. « Il faudrait des troupes terrestres efficaces, couvertes par un bon soutien aérien, et ça n'existe pas » dans cette armée sous-équipée, poursuit-on.

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