Afrique: Pourquoi les femmes ont laissé peu de traces dans l'histoire de l'Afrique

Quand on cite des personnages historiques, ce sont souvent des noms d'hommes qui viennent à l'esprit. Pourtant, les femmes aussi ont agi, se sont battues. Alors pourquoi ? Résumé de notre débat Facebook Live.

Dans la continuité du projet #PasSansElles qui donne la parole à des femmes d'Afrique, Wendy Bashi a animé ce jeudi [22.04.21] un débat en direct sur notre page Facebook DW Afrique sur le thème de l'invisibilisation des femmes dans l'histoire.

Pour en discuter avec elles, trois invitées :

- l'historienne camerounaise Rose Ndengue, autrice notamment de "Mobilisations féminines au Cameroun français dans les années 1940-1950 : l'ordre du genre et l'ordre colonial fissuré" et "Femmes et genre en contexte colonial (XIXe - XXe siècle)".

- la militante congolaise pour les droits des femmes Chantal Faida. Elle dirige le Restauration Africa center, un cabinet d'étude spécialisé dans le droit des femmes en République démocratique du Congo.

- l'étudiante béninoise Astread Hossou. Elle est en licence d'administration générale et territoriale. Elle fait aussi partie du "Girls lead Benin", une communauté exclusivement féminine, qui rassemble des filles entre 13 et 24 ans afin de leur donner la parole.

Quels noms historiques retenir

Avant d'entrer dans le vif du sujet, une vidéo de la série Racines d'Afrique est diffusée : le portrait de Josina Machel.

Partant de la constatation que peu de noms de femmes historiques sont connus du grand public, l'historienne Rose Ndengue explique que la vision de l'histoire qui est enseignée depuis le XIXe siècle est imprégnée du regard masculin blanc qui n'est pas un regard universel.

Rose Ndengue poursuit : "Schématiquement, dans le regard blanc, les femmes africaines sont des victimes. Et donc elles ne sont pas vues comme agissantes. Comme si elles étaient aussi victimes des hommes de leur communauté, que les hommes blancs sont venus sauver... "

Or l'une des interrogations primordiales en histoire est : "Qui produit des savoirs sur qui et depuis quelle position ?", souligne l'historienne camerounaise.

Attention aux biais

Souvent, explique Rose NDengue, l'histoire est écrite par des hommes, des dominants, les "vainqueurs" de l'histoire. Ils ont donc des biais quand ils choisissent de raconter ou de taire certaines choses. "Cela ne change que depuis que des femmes ont commencé à enseigner dans les universités."

Chantal Faida renchérit que pourtant, "lorsque la femme travaillait, dans les champs, dans la communauté... elle était active. Tout le monde venait vers elle". C'est donc bien un "rôle majeur" qu'ont joué les femmes aussi, dans le quotidien.

Mais la militante congolaise rappelle aussi que "pendant la colonisation, les femmes n'avaient presque pas accès à l'éducation formelle dans les écoles du Congo" et que "cela a eu des répercussions encore longtemps" après la colonisation. C'est seulement dans les années 1960 que les Congolaises ont eu accès à l'éducation formelle. Et en 1967 qu'elles ont obtenu le droit de vote.

Rose Ndengue acquiesce : "Nos pays en Afrique ont hérité de la vision sexiste coloniale de la scolarisation."

Et la duplicité du discours de certains hommes en Afrique agace Chantal Faida : "Certains s'insurgent contre la parité et crient à l'influence occidentale. Mais d'autres textes pourtant aussi inspirés de valeurs occidentales, comme la démocratie, ne les dérangent pas."

L'étudiante Astread Hossou estime pour sa part que "souvent, les hommes se défoulent sur [les féministes] parce qu'ils ont peur. " Alors, selon la jeune Béninoise, "il faut parfois taper sur la table et dire non pour montrer qu'on peut faire la même chose que les hommes".

"Un conseil aux petites filles africaines d'aujourd'hui ?"

A cette question de Wendy Bashi, Chantal Faida répond que "le monde attend impatiemment la prestation de chaque petite fille". Pour l'activiste congolaise, il faut dire aux petites filles qu'il ne faut pas "renoncer à son ambition, ne pas se décourager. Il y aura beaucoup d'obstacles sur sa route, mais il faut garder confiance en soi".>>> A lire aussi : #PasSansElles : Trois jeunes femmes discutent de la famille en Afrique

Changer les choses

Et pour mieux se battre, faire corps avec les générations qui précèdent, Rose Ndengue donne ce conseil : "Ecoutez ce que disent vos mamans, vos grands-mères, vos arrière-grands-mères... souvent c'est plus tard qu'on comprend ce qu'elles nous ont dit."

Solidarité entre les générations et entre les sexes, préconise Chantal Faida : "Les femmes doivent travailler avec les hommes pour montrer que quand les femmes sont là aussi, tout le monde gagne. Toute la société, toute l'humanité."

Rose Ndengue reprend : "Les rôles de genres entre les hommes et les femmes sont des constructions sociales. Ils peuvent être déconstruits. Il ne faut pas avoir peur de la lutte qui doit être menée collectivement, elle doit être inclusive."

Ce sur quoi Astread Hossou renchérit : "On n'oublie pas les hommes dans nos combats."

Merci à la Fondation Gerda Henkel, partenaire de cette discussion.

Liens

Mobilisations féminines au Cameroun français dans les années 1940-1950

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