Afrique: Le financement axé sur les résultats pourrait rebattre les cartes des futures opérations du FIDA

communiqué de presse

Le FIDA examine en permanence quels nouveaux instruments de prêt pourraient lui permettre de diversifier l'éventail de solutions financières qu'il propose. À cet effet, il s'est employé à mettre au point et à expérimenter un dispositif de prêt axé sur les résultats dans le cadre de ses opérations. Cette formule pourrait changer radicalement la façon dont le Fonds obtient des résultats en matière de développement, au profit des petits producteurs du monde entier.

Qu'est-ce que le financement axé sur les résultats?

L'octroi de prêts axés sur les résultats, qui est l'une des composantes du financement axé sur les résultats, est une méthode de financement qui lie le financement à des résultats ou des effets directs mesurables convenus au préalable. Avec cette formule, la mise à disposition de chaque tranche de financement dépend de la concrétisation d'objectifs convenus au préalable, ce qui incite les organismes d'exécution à atteindre les objectifs et leur donne la latitude nécessaire pour obtenir les résultats voulus, tout en réduisant les coûts de supervision à la charge du bailleur de fonds.

Ces dernières années, les donateurs, les institutions financières et les gouvernements ont eu de plus en plus recours à cette méthode pour produire un impact et optimiser l'utilisation des ressources. Au cours de la dernière décennie, le montant total du financement du développement conditionné par l'obtention de résultats a nettement augmenté, passant de quelques milliards de dollars à peine à au moins 25 milliards d'USD.

Jusqu'à présent, la plupart des projets de développement dont le financement était axé sur les résultats avaient trait aux secteurs de la santé et de l'éducation. S'il est bien conçu, le financement axé sur les résultats permet d'améliorer considérablement les résultats obtenus dans ces domaines. Par exemple, par rapport à un financement traditionnel, axé sur les intrants, le financement axé sur les résultats utilisé dans le cadre d'un programme de santé maternelle mené au Rwanda a permis d'accroître de 23% le taux d'accouchements médicalisés et de 133% le nombre de visites de prévention chez les enfants âgés de 2 à 5 ans.

Dans le domaine du développement agricole, le financement axé sur les résultats a été utilisé pour accélérer les travaux de recherche et développement concernant l'amélioration des produits et des pratiques, des services de vulgarisation agricole et des infrastructures. Là encore, dans certains cas, les interventions dont le financement est axé sur les résultats sont susceptibles d'être plus efficaces que celles qui sont financées de manière traditionnelle. En effet, elles peuvent par exemple permettre d'impliquer le secteur privé et l'inciter à innover et à trouver des solutions économiques et rationnelles. Cependant, très peu de projets relatifs à l'agriculture - moins de 1% - sont financés de cette manière.

Au vu d'un certain nombre d'observations récentes, il s'avère que la croissance économique du secteur agricole contribue à réduire l'extrême pauvreté et l'insécurité alimentaire deux à trois fois plus qu'une croissance équivalente se produisant dans un autre secteur. Par conséquent, pour le FIDA, seule institution financière internationale qui se consacre au développement agricole et rural, l'utilisation du financement axé sur les résultats constitue une occasion unique de contribuer à atteindre les objectifs de développement durable n° 1 (pas de pauvreté) et n° 2 (faim zéro).

Le financement axé sur les résultats dans le domaine de l'agriculture: perspectives et enjeux

Dernièrement, deux divisions du FIDA, la Division Amérique latine et Caraïbes et la Division recherche et évaluation de l'impact, ont organisé un webinaire consacré au financement axé sur les résultats, en collaboration avec Instiglio, un cabinet de consultants à but non lucratif qui s'adresse à la communauté du développement. Dans cette présentation, on insistait sur le fait que les interventions dans le domaine de l'agriculture financées de cette manière n'aboutissent qu'à condition d'être adaptées aux besoins particuliers du groupe cible. Cela étant, en attirant les capitaux de différents acteurs, dont le secteur privé, il est possible de pallier les difficultés de financement, comme le démontre le Poverty Alleviation Outcomes Fund, premier fonds pour l'atténuation de la pauvreté axé sur les résultats lancé en Afrique. Cet instrument, qui a permis de lever 5,32 millions d'USD auprès de différentes parties prenantes, a changé la vie de plus de 12 000 foyers des zones rurales du Kenya et de l'Ouganda en finançant la création de plus de 4 000 microentreprises viables en moins de quatre ans, accompagnée d'un appui à l'amélioration des pratiques agricoles.

L'utilisation de ce type de financement permettrait au FIDA de se saisir de toute une série de possibilités de cet ordre. Dans le domaine de la recherche, ce financement donne au FIDA une occasion unique de déterminer quelles sont les techniques qui fonctionnent lorsqu'il s'attache à concevoir et évaluer les méthodes qui présentent le meilleur rapport coût/efficacité pour ses clients, les petits producteurs. En ce qui concerne le cadre d'action, le financement axé sur les résultats constitue une bonne solution pour le FIDA lorsque la participation des pays suppose des conceptions plus complexes, des mécanismes de ciblage plus perfectionnés et plus transparents, et des projets axés sur l'impact.

Toutefois, l'utilisation de ce type de mécanisme - qui suppose que l'institution financière ne débourse le montant convenu qu'une fois chaque objectif préétabli atteint - présente un certain nombre de difficultés qui doivent être soigneusement prises en considération à l'étape de la conception du projet.

Premièrement, il est essentiel de mettre en place des mesures de précaution pour faire face aux risques découlant de phénomènes extrêmes liés au climat ou à d'autres catastrophes naturelles, en particulier dans les régions les plus vulnérables - une nécessité qui a aussi été mise en évidence dans le cadre de l'évaluation de l'impact du FIDA. Par conséquent, il est souhaitable de constituer plusieurs séries d'objectifs préétablis correspondant aux différents scénarios envisageables sur le terrain.

Deuxièmement, il convient de mettre en place des systèmes de suivi-évaluation détaillés pour contrôler le respect des prescriptions. Mesurer précisément les résultats et l'impact en matière de développement est une tâche complexe qui nécessite des ressources techniques et financières, ainsi que des dispositifs permettant de pallier une éventuelle asymétrie de l'information. Dans le cadre de l'utilisation d'un dispositif de financement axé sur les résultats, les objectifs et les indicateurs qui servent à les évaluer doivent être simples, mesurables et vérifiables. Le FIDA s'emploie déjà à renforcer ces systèmes, et le financement axé sur les résultats pourrait représenter pour lui une possibilité d'apprentissage supplémentaire à cet égard.

Troisièmement, il est nécessaire de disposer de structures d'incitation propres à attirer les petits investisseurs comme les grands afin qu'ils financent les projets dès la phase initiale. Dans le secteur agricole, il faut parfois plusieurs années avant que les projets portent tous leurs fruits; par conséquent, dans le cas de projets dont le financement est axé sur les résultats, la concrétisation des objectifs convenus au préalable et le décaissement de la totalité du financement peuvent prendre plus de temps. De ce fait, les capitaux apportés par les investisseurs peuvent être bloqués particulièrement longtemps. Les organismes qui débloquent des fonds en fonction des résultats obtenus (comme le FIDA ou d'autres institutions financières internationales) devraient par conséquent envisager un versement par tranches à mesure que les objectifs à court et moyen terme des projets sont réalisés.

Enfin, il est essentiel d'admettre que tous les projets ne se prêtent pas à un financement axé sur les résultats. Cette formule nécessite de fixer au préalable des objectifs ciblés et réalistes en vue de favoriser la réussite du projet, ce qui ne convient pas à tous les projets.

À l'avenir, le financement axé sur les résultats pourrait changer la donne pour les opérations du FIDA

Pour le FIDA, les perspectives d'avenir consistent à intégrer un dispositif de financement axé sur les résultats aux fonds axés sur les résultats et aux programmes de financement mixte, qu'ils soient nouveaux ou qu'ils existent déjà, de manière à améliorer la mesure des résultats des projets tout en les rendant plus efficaces. Par conséquent, ce dispositif pourrait permettre de remettre l'accent sur la performance des projets en s'écartant, quand les circonstances s'y prêtent, des mesures fondées sur les intrants au profit de mesures fondées sur les résultats. Les équipes de pays devront collaborer plus étroitement avec les unités chargées de l'exécution pour favoriser l'innovation et obtenir des résultats mesurables grâce auxquels le projet pourra se poursuivre.

Le Fonds agit déjà en ce sens: il expérimente actuellement à Cuba le Projet de développement des coopératives agroforestières (PRODECAFE), son premier projet dont le financement est axé sur les résultats. Approuvé en septembre 2019, ce projet vise à appuyer les filières cubaines du café et du cacao en transformant les coopératives agroforestières en entreprises modernes. Plusieurs autres projets encore en réserve, qui sont appelés à bénéficier du concours du FIDA, sont conçus de manière à faire appel à un financement axé sur les résultats. Ils représentent autant de pas dans la bonne direction.

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