Afrique: Assurer le suivi des investissements en Tunisie grâce à la télédétection

communiqué de presse

Par Oliver Mundy , Athur Mabiso , Giancarlo Pini

23 février 2021

Nombre de composantes des projets financés par le FIDA - depuis les ouvrages artificiels tels que les routes et les bâtiments jusqu'aux espaces naturels tels que les zones forestières - sont visibles depuis l'espace. Il suffit de connaître les coordonnées géographiques précises d'un site pour pouvoir suivre son évolution grâce à l'imagerie satellite.

Dans le cadre du Projet de développement agropastoral et des filières associées dans le Gouvernorat de Médenine (PRODEFIL) en Tunisie, par exemple, plus de 140 kilomètres de route ont été construits. Il aurait fallu deux jours sur place pour passer en revue ces routes sur toute leur longueur. Google Earth a permis de le faire en quelques heures seulement.

D'autres installations ayant fait l'objet d'investissements dans le cadre du projet, tels que des barrages et des serres, sont également visibles par satellite. L'imagerie haute résolution permet de suivre les résultats des investissements dans ces sites et dans d'autres domaines, notamment l'irrigation et la reforestation.

L'utilisation des technologies d'observation de la terre en matière de suivi est un moyen économique et rapide de surveiller de grandes surfaces et de nombreux sites. Bien sûr, ces technologies ne remplacent pas les visites sur le terrain ou les échanges avec les acteurs des projets, mais elles sont particulièrement utiles pour suivre et évaluer les effets des activités menées dans des zones reculées ou inaccessibles, par exemple en cas de conflit ou de restrictions des déplacements.

À gauche, une serre construite dans la municipalité de Beni Khedache dans le cadre du Projet de développement agropastoral et des filières associées dans le Gouvernorat de Médenine (© PRODEFIL). À droite, la même structure vue par satellite (© Maxar Technologies)

Cartographier les sites faisant l'objet d'investissements est indispensable

L'observation à distance nécessite d'abord de collecter des données géospatiales issues des systèmes d'information géographique (dites aussi données SIG) sur les sites en question. Les analystes doivent connaître l'emplacement exact du projet pour pouvoir repérer les changements et distinguer ceux qui ne découlent pas des activités promues.

Les données SIG permettant de cartographier les investissements du FIDA se présentent sous trois formes: les polygones représentent des zones (par exemple, des terres agricoles irriguées); les polylignes représentent des éléments de transection (par exemple, des routes); les points indiquent des sites distincts dont les coordonnées sont connues (par exemple, un entrepôt). S'il est possible de saisir ce genre de données à l'aide d'un smartphone ou d'une tablette, il convient d'utiliser dans la mesure du possible des dispositifs GPS spécialisés qui sont bien plus précis. Afin de faciliter l'analyse, le type d'investissement et d'autres variables (par exemple, les dates de début ou de fin des différentes activités, nouveau projet ou remise en état) sont également à enregistrer.

Des données SIG plus ou moins détaillées sont collectées dans le cadre de plus de 60 projets financés par le FIDA. Les ingénieurs recrutés, par exemple, effectuent souvent des mesures SIG lors de la conception d'éléments d'infrastructure. Le FIDA devrait commencer à collecter ces données de manière plus systématique pour faciliter les activités de suivi et d'évaluation à distance.

Dans la municipalité de Beni Khedache, un barrage de recharge des eaux souterraines construit dans le cadre du Projet de développement agropastoral et des filières associées dans le Gouvernorat de Médenine, vu sur place (à gauche, © PRODEFIL) et par satellite (à droite, © Maxar Technologies)

Repérage des sites d'investissement à l'aide d'images satellites

Les dimensions spatiales d'un site et ses coordonnées permettent de le localiser grâce à l'imagerie satellite. Une analyse rapide et simple (comme celle des routes construites dans le cadre du PRODEFIL) peut être effectuée avec des outils gratuits et simples d'utilisation tels que Google Earth ou Global Forest Watch, qui permettent d'accéder à un petit ensemble d'images à haute résolution.

Une analyse plus poussée nécessite des compétences en SIG et en observation de la terre afin de savoir où trouver l'imagerie adaptée et de disposer des moyens de l'exploiter. Les analystes utilisent une variété de logiciels spécialisés, allant de plateformes de traitement comme Google Earth Engine, aux logiciels SIG de cartographie comme QGIS, en passant par des programmes de statistiques comme R, pour obtenir des résultats détaillés.

Les fournisseurs d'imagerie satellite ont souvent un ou plusieurs portails sur lesquels les données peuvent être téléchargées, ou fournissent les données grâce à des services de cloud informatique. Les plus grandes archives de données à moyenne et haute résolution disponibles gratuitement, notamment MODIS, Landsat et Sentinel (qui fait partie du programme Copernicus de l'Agence spatiale européenne), contiennent des images dans un grand nombre d'échelles de résolutions. Beaucoup ont des banques de données couvrant plusieurs années, voire plusieurs décennies (dans le cas de Landsat, elles remontent jusqu'aux années 1970).

Pour une analyse plus approfondie, il faut cependant des images de bien meilleure résolution. Des fournisseurs tels qu'AIRBUS, Digital Globe et Planet proposent des images de très haute résolution (jusqu'à 20 centimètres). Le coût de cette imagerie dépend de la superficie, de la résolution et de la longueur de la période souhaitées. Un certain nombre de ces fournisseurs de services sont également spécialisés dans le suivi des changements dans le temps.

Une citerne d'eau en construction dans la municipalité de Beni Khedache, vue sur place (à gauche, © PRODEFIL) et par satellite (à droite, © Maxar Technologies)

La cartographie des sites objets d'investissements a été très utile à l'équipe de projet pour la mise en œuvre de ses activités et au FIDA pour la supervision des opérations. D'autres projets soutenus par le FIDA en Tunisie font également l'objet d'une cartographie de leurs activités. Les données recueillies permettent au Fonds de détecter les changements, mais aussi de réaliser des études d'impact pour évaluer les résultats des projets.

D'autres organismes des Nations Unies utilisent aussi ces technologies. Le service AIMS du Programme alimentaire mondial, par exemple, utilise l'imagerie satellite et les techniques de suivi des paysages pour évaluer certaines activités de ses projets, notamment celles qui concernent le développement des infrastructures et la restauration des paysages.

L'observation de la Terre a ses limites. Les données d'imagerie satellitaire sont limitées dans les zones fortement nuageuses. Certaines activités (par exemple, la remise en état d'un petit pont ou d'un ponceau) sont parfois trop peu étendues ou trop peu visibles pour être détectées. Sans compter que l'imagerie à très haute résolution peut être coûteuse. Néanmoins, la combinaison des informations de localisation GPS et de l'imagerie satellite fournit aux responsables de la planification, de la gestion et de l'évaluation des projets un outil de plus en plus puissant permettant d'améliorer l'efficacité des investissements dans le développement.

Pour en savoir plus sur nos activités de télédétection en Tunisie, consultez l'étude de cas complète (uniquement disponible en anglais).

Remerciements: Nous remercions Mounir Ben Ameur et le reste de l'équipe du PRODEFIL de nous avoir fourni les données SIG et les photographies.

Plus de: IFAD

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X