Tchad: Offre de dialogue des rebelles - Après avoir décapité le régime, le FACT tend la main

Que va-t-il se passer maintenant ? Une semaine après le décès d'Idriss Déby Itno, inhumé vendredi dernier à Amdjarass, son village, le modus operandi de la transition continue d'alimenter les débats.

C'est une transition qui, en réalité, a commencé sitôt le décès du Warrior rendu public. Mise en place d'un comité militaire de transition présidé par le fils du défunt, Mahamat Idriss Déby dit Kaka, dissolution de la Constitution, du gouvernement et de l'Assemblée nationale, tels sont les actes majeurs posés le 20 avril, suivis, dans la foulée, de la promulgation d'une charte qui fixe notamment le délai de la transition à 18 mois, renouvelable une fois. La rapidité avec laquelle cette feuille de route a été rédigée intrigue. Pour un peu, on croirait d'ailleurs qu'elle était déjà prête avant que le maréchal du Tchad rende son dernier souffle.

Cela dit, faut-il pour autant s'offusquer outre mesure de la prise du pouvoir par les militaires quand on sait qu'un moment d'incertitude aurait pu faire basculer le pays dans le chaos ? Ce que personne ne souhaite, surtout pas les pays membres du G5 Sahel et la France, inquiets des répercussions qu'aurait l'implosion du pays sur le Sahel et le bassin du lac Tchad. « La France ne laissera jamais personne menacer ni aujourd'hui ni demain la stabilité et l'intégrité du Tchad. La France sera également là pour faire vivre la promesse d'un Tchad apaisé faisant une place à l'ensemble de ses enfants. Pour le dialogue et la transition démocratique, nous serons à vos côtés ».

Voilà qui est bien clair. Et comme nous le disions dans un de nos précédents éditos, le Coq gaulois est littéralement obligé de veiller au grain. Reste donc une solution réaliste pour Jupiter et ses homologues pour ne pas donner l'impression de cautionner, les yeux fermés, ce qui ressemble fort à un coup d'Etat, en encadrant par exemple le processus pour qu'il soit le plus inclusif possible, question de ne pas donner l'impression d'offrir un blanc-seing pour tout ce qui a l'allure d'une prise de pouvoir non constitutionnelle. Encore faut-il pouvoir en convaincre les nouveaux maîtres de N'Djamena.

Les tractations entre les chefs d'Etat, la classe politique et la société civile ont du reste démarré en marge des obsèques. Le premier contact a été également établi avec la rébellion, le Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), à l'origine de la mort de Super Déby. Un FACT qui, après avoir coupé le principal bras armé du pouvoir tchadien, tend maintenant la main à ses héritiers dont on ne sait pas encore s'ils la saisiront. Il sied de rappeler que les rebelles du FACT venus de Libye sont entrés en territoire tchadien quelques semaines avant la mort d'Idriss Déby.

Au-delà du FACT, c'est même les nombreux autres groupes rebelles qui essaiment au Tchad qu'il faut convaincre de déposer les armes pour saisir cette occasion historique qu'offre la disparition de l'autocrate de remettre la démocratie tchadienne sur les rails. Et cela passe nécessairement par la formation d'un gouvernement d'ouverture ou d'union nationale dont le chef sera naturellement un civil, ainsi que la mise en place d'un Conseil national de transition où toutes les forces vives de la Nation, rebelles y compris, seront représentées.

Kaka sera-t-il sensible à cet indispensable compromis historique ? A 37 ans, l'âge qu'avait pratiquement son père quand il arrivait aux affaires, il pourrait, lui aussi, être tenté de mettre à profit cette période pour ne plus quitter le trône dont il vient d'hériter. En tous cas, françafrique ou pas, néocolonialisme ou pas, il faut espérer qu'en échange de ce soutien, Paris saura user de tout son poids politique, diplomatique et militaire pour convaincre le général de corps d'armée de ne pas emprunter la voie sans issue qui a amené son géniteur là où l'on sait. Surtout que lui n'a ni la légitimité historique ni l'autorité nécessaire de son défunt père pour s'imposer.

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