Tchad: Nomination d'un Premier ministre sur fond de manifs contre le CMT - Les croquants adhéreront-ils pour autant à la feuille de route du Conseil ?

Rues de N'Djamena, la capitale tchadienne.
analyse

Une semaine après le décès tragique de son père mortellement blessé au front contre les rebelles du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), Mahamat Idriss Deby, le fils du maréchal tchadien, porté à la tête de la transition par un quarteron de généraux à l'initiative de la création du Conseil militaire de la Transition (CMT), fait face à ses premières manifestations.

En effet, au lendemain des obsèques du défunt chef de l'Etat qui a été conduit à sa dernière demeure le 23 avril dernier, plusieurs organisations de la société civile et partis politiques de l'opposition appellent à des manifestations ce 27 avril 2021, pour pousser la junte à revoir sa copie quant à la gestion de la transition.

L'objectif, à défaut du respect de l'ordre constitutionnel qui a déjà été bafoué, est de pousser les militaires à une ouverture à travers un dialogue inclusif en vue d'un partage de la transition et le transfert, à terme, du pouvoir aux civils. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'après la disparition brutale de son père, Deby fils n'aura pas eu de période de grâce.

On peut comprendre la crainte, pour l'opposition et la société civile, d'une perpétuation du régime Déby

Pire, il est déjà dos au mur, pris qu'il est entre le marteau de la rébellion du FACT qui l'a rendu prématurément orphelin et qui est loin de désarmer, et l'enclume du peuple qui peine à avaler la couleuvre de dévolution dynastique du pouvoir. Et pour ne pas arranger les choses, le CMT a rejeté, dimanche dernier, l'offre de cessez-le-feu et de dialogue des rebelles qualifiés de « hors-la-loi » qu'il voudrait pouvoir traiter comme tels.

C'est dire si en choisissant la ligne dure contre les rebelles du FACT, Deby fils montre une détermination à nulle autre pareille, à ne leur faire aucune concession. Est-ce bien plus pour des raisons de vengeance personnelle que pour des raisons sécuritaires liées à la préservation de l'intégrité territoriale du pays comme avancé dès le départ par les militaires ? Bien malin qui saurait répondre à cette question.

Toutefois, si le refus de négocier avec les rebelles du FACT, peut relever de la volonté de ne pas encourager d'autres rébellions au risque d'ouvrir la boite de pandore dans un pays où les rébellions naissent comme des champignons, on peut être gagné par le scepticisme quant à l'efficacité de la potion tant que l'on ne s'attaquera pas véritablement à la racine du mal qui est la persistance de la mal gouvernance et de la gestion gabégique et népotique du pouvoir qui a jusque-là été la marque de fabrique des différents gouvernements qui se sont succédé à la tête du Tchad.

De ce point de vue, l'on peut comprendre la crainte, pour l'opposition et la société civile, d'une perpétuation du régime Déby, surtout si Deby fils devrait profiter de la Transition pour fourbir ses armes en vue de s'ouvrir un boulevard pour légitimer son pouvoir. C'est pourquoi le vent des manifestations citoyennes et de la contestation civile qui soulève déjà des vagues de poussière à l'horizon, n'augure pas de lendemains calmes pour le Tchad.

On se demande quelle sera la marge de manœuvre du nouveau PM

C'est pourquoi aussi, malgré son jeune âge, Deby fils devrait savoir faire preuve de lucidité et de sagesse en ne montrant pas la même intransigeance que son père face aux rebelles. Mieux, il gagnerait à ouvrir le dialogue avec la société civile et l'opposition dans une perspective d'apaisement du climat social, pour ne pas ouvrir un autre front qui compliquerait davantage la situation.

Est-ce dans cette optique qu'il a procédé, illico presto, à la nomination d'un Premier ministre (PM) de transition en la personne de Albert Pahimi Padacké qui, en plus des fonctions de Premier ministre, assurera le porte-parolat du CMT? Bien malin qui saurait le dire. Mais quoi qu'il en soit, le constat est que les militaires n'ont pas perdu de temps et les choses n'ont pas traîné dans la nomination du chef de l'Exécutif. En attendant la composition de l'équipe gouvernementale, on se demande si cette nomination contribuera à calmer les ardeurs des contestataires ou si au contraire, elle constituera un autre pôle de cristallisation de la crise.

La question est d'autant plus fondée que le nouveau PM, candidat malheureux arrivé en deuxième position au scrutin du 11 avril dernier, est un ancien du sérail, qui a eu à occuper ces mêmes fonctions sous Déby père, de 2016 à 2018. Cela dit, sa bonne connaissance du milieu politique et des associations de la société civile, suffira-t-elle à obtenir l'adhésion des croquants à la feuille de route du CMT qui est contesté dans sa légitimité? On attend de voir. Mais une chose est sûre : pour autant qu'il soit accepté par tous, Albert Pahimi Padacké aura du pain sur la planche. Et l'on se demande quelle sera sa marge de manœuvre dans cet attelage avec une junte militaire qui semble décidée à s'assumer jusqu'au bout, devant l'histoire.

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