Afrique: Diabète - Vers un allègement des conditions d'administration de l'insuline

27 Avril 2021

Douala — Une récente étude montre que les personnes souffrant de diabète pourraient bientôt connaître un allègement des contraintes liées à la prise de l'insuline. Elle prouve en effet que contrairement à ce que l'on savait jusque-là, cette substance peut se conserver à de fortes températures sans rien perdre de son efficacité.

Concrètement, cette étude met en lumière la possibilité pour les patients diabétiques vivant sous des climats chauds de pouvoir utiliser l'insuline, même en l'absence d'accès à la réfrigération, et ce, pendant une période pouvant aller jusqu'à quatre semaines.

Pour arriver à ces conclusions les chercheurs qui sont en service à l'université de Genève (Suisse) et chez Médecins sans frontières (MSF) ont d'abord mesuré la stabilité thermique de l'insuline en reproduisant dans un laboratoire les conditions extérieures de variation de température entre 25 et 37°C.

Une évaluation a par la suite montré que le comportement et l'efficacité de l'insuline issue de ces échantillons stockés en laboratoire à température oscillante sont identiques à ceux des échantillons maintenus au réfrigérateur entre 2 et 8 °C.

Après ces premiers résultats obtenus en laboratoire, les chercheurs ont ensuite donné, en particulier dans le camp de réfugiés de Dadaab au Kenya, à des patients des flacons d'insuline à emporter à la maison, en l'absence de réfrigération.

« Après une période de quatre semaines d'utilisation, un certain nombre de ces flacons usagés ont été envoyés à Genève pour que l'insuline résiduelle soit testée dans le même laboratoire. Et les résultats ont confirmé la stabilité de l'insuline qui avait été utilisée dans ces conditions chaudes, fournissant ainsi une validation réelle des résultats du laboratoire », confie Philippa Boulle, conseillère en matière de maladies non transmissibles chez MSF en Suisse et co-auteure de l'étude.

A en croire Gojka Roglic du département des maladies non transmissibles à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), cette étude arrive dans un contexte où un grand nombre de patients, en particulier ceux qui vivent dans des milieux pauvres et qui n'ont pas de réfrigération doivent se rendre chaque jour, et parfois plusieurs fois par jour, dans un centre de santé pour recevoir leurs doses d'insuline.Pour Philippa Boulle, ces travaux signifient que les températures chaudes et le manque de réfrigération ne devraient plus être un obstacle à la fourniture d'insuline aux patients dans les environnements à faibles ressources.

« Bien qu'il existe de nombreux autres défis concernant la disponibilité et l'accessibilité de l'insuline, cette étude nous rapproche encore plus de l'objectif de permettre à toutes les personnes ayant besoin d'insuline de la recevoir, au lieu des 50% seulement qui sont actuellement en mesure d'y accéder », analyse la chercheure.

« Cette étude complète le corpus de données existant. Elle n'est pas la première ; mais, elle est unique parce qu'elle examine l'effet des oscillations de température sur la stabilité de l'insuline. Ceci est très pertinent pour de nombreux paramètres », juge Gojka Roglic.

Pour Nabi Baldé, chef du service « Endocrinologie diabétologie » au centre hospitalier universitaire de Donka à Conakry en Guinée, cette étude confirme une attitude pragmatique déjà en cours dans notre pratique.

« En effet, dit-il, dans la plupart de nos pays, nous délivrons l'insuline à l'unité aux enfants diabétiques. Aux familles qui n'ont pas de moyens de réfrigération, nous conseillons de garder cette insuline en cours d'utilisation à l'endroit le plus frais de la maison. »

Pas de problème majeur

Cet universitaire qui est par ailleurs vice-président de l'International Diabetes Federation (IDF)[1] dit n'avoir pas jusque-là observé de problème majeur avec les flacons remis ainsi aux patients pour être utilisés immédiatement.

« Cette étude nous rassure sur les pratiques en cours dans nos pays, et ouvre la voie à d'autres études plus approfondies qui permettraient de tester les conditions de conservation des flacons non entamés et des stocks », indique Nabi Baldé.

Un témoignage qui semble renforcer la démarche des auteurs de cette étude. Philippa Boulle affirme en effet que sur la base de ces résultats, dans les environnements où les températures se situent dans la plage étudiée, ils apprennent aux patients à s'auto-injecter de l'insuline.

Ils leur apprennent aussi à surveiller eux-mêmes leur glycémie et fournissent de l'insuline à emporter chez eux et à stocker dans des conteneurs réfrigérants fabriqués localement ou dans la partie la plus froide de la maison, à l'abri du soleil.

« Nous appelons maintenant à une déclaration de consensus approuvée par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour soutenir l'utilisation de dispositifs réfrigérants produits localement pour le stockage de l'insuline à domicile afin d'évacuer l'idée que la réfrigération est nécessaire dans toutes les situations », lance la chercheure de MSF.

« Par ailleurs, ajoute-t-elle, nous espérons que les sociétés pharmaceutiques soumettront d'urgence aux autorités de réglementation l'utilisation de l'insuline dans des créneaux de température élargis ».Interrogé par SciDev.Net à propos de ces vœux des chercheurs, Gojka Roglic de l'OMS affirme que « le processus d'élaboration des lignes directrices nécessite un examen systématique de toutes les preuves disponibles. Bien qu'il s'agisse de la plus récente étude publiée, cette étude n'est pas la seule à examiner la thermostabilité de l'insuline. »

Ajoutant que « toutes les données d'essais cliniques qui appuient les résultats de ces études en laboratoire renforceraient les recommandations ».

En attendant, fait savoir Gojka Roglic, l'insuline humaine a été incluse dans un programme pilote de présélection par l'OMS. Cela devrait augmenter la disponibilité de l'insuline de qualité garantie sur le marché et en améliorer l'accessibilité.

Centenaire

Andrew Boulton, le président de l'IDF, rappelle que 2021 marque le centenaire de la découverte de l'insuline. Ce qui constitue une période d'une grande importance historique pour la communauté mondiale du diabète.

« Alors que le monde cherche à se remettre de la COVID-19, dit-il, un financement suffisant doit être consacré à l'amélioration des soins du diabète, à sa prévention et à la prévention de ses complications potentiellement mortelles, sans oublier la lutte contre les énormes disparités dans les normes de soins qui existent dans le monde ».

Interrogé par SciDev.Net, Andrew Boulton estime que les mesures à prendre devraient inclure l'accès à des soins abordables et ininterrompus pour chaque personne vivant avec le diabète, quel que soit son lieu de résidence ou sa situation économique.

Références

[1] Fédération internationale du diabète

Plus de: SciDev.Net

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