Ile Maurice: Quand Maurice suit (encore) les traces de la Grande péninsule

Depuis deux jours, des milliers d'internautes indiens sont indignés par le fait que leur gouvernement ait ordonné à la plateforme Twitter d'enlever 52 posts critiquant sa gestion de la pandémie du Covid-19.

Cette information a été révélée par Twitter sur la base de données Lumen, qui étudie les demandes de suppression des contenus. Après cet incident, les Mauriciens n'ont pas tardé à dresser le parallèle sur Twitter entre les nouveaux règlements que souhaitent promulguer les autorités indiennes et les amendements que l'Information and Communications Technology Authority (ICTA) se propose d'appliquer sous peu.

Les règlements indiens, qui tombent sous The Information Technology (Intermediary Guidelines and Digital Media Ethics Code)Rules, rendus publics à la fin de février, accentuent la pression sur les plateformes de réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter pour qu'ils se plient aux demandes des autorités indiennes «en cas d'abus» sur les réseaux sociaux. Sauf qu'une bonne partie des internautes indiens ont qualifié cette mesure d'anticonstitutionnelle et d'anti-démocratique, des raisons pour lesquelles les propositions de l'ICTA sont aussi pointées du doigt.

Selon Faizal Jeerooburkhan, fondateur de Think Mauritius, il est clair que les autorités essaient encore d'émuler leurs homologues indiens et que les propositions de l'ICTA reflètent plutôt l'incapacité du gouvernement à faire face aux critiques sur les réseaux sociaux. «Il n'y a plus cette mainmise sur l'opinion comme c'était le cas auparavant. Maintenant, toutes les malpropretés, les manquements et les faiblesses de ceux, qui sont au pouvoir, sont mis en avant sur les réseaux sociaux, comme en témoignent, par exemple, les informations, qui sont sorties sur Showkutally Soodhun récemment.»

Faizal Jeerooburkhan estime que le contrôle des abus est le cadet des soucis des gouvernements mauricien comme indien. «C'est très grave de restreindre la libre circulation des mouvements d'information. Ce que les autorités ne réalisent pas, c'est que ce faisant, les informations qu'elles véhiculeront, par la suite, perdront de leur crédibilité aux yeux de la population. Il y a aura cette perception perpétuelle qu'on lui cache la vérité.»

Le fondateur du groupe de réflexion estime qu'il y a d'autres moyens de contrôler les abus et c'est en ce sens qu'il a fait des recommandations à l'ICTA. Le constitutionaliste Rajen Narsinghen dit craindre que si le gouvernement va de l'avant avec ce projet de loi dans sa forme actuelle, la situation soit«pire» qu'en Inde. En Inde, les autorités obligent les réseaux sociaux à enlever des posts alors qu'à Maurice, on veut faire la même chose sans passer par la plateforme du réseau social concerné. L'information sera traitée comme le nouveau coronavirus.Le but sera de l'isoler pour ensuite la traiter avant de l'archiver. Le tout, sans l'aval des autorités des plateformes des réseaux sociaux. «Certes, les deux pays ont les mêmes racines mais sur le plan social ou économique, nous sommes différents. On ne peut pas copier un règlement indien et venir le transposer dans le contexte mauricien», insiste Rajen Narsinghen.

Il dit aussi ne pas comprendre pourquoi le gouvernement se dit prêt à investir des milliards de roupies pour fouiller, pour décoder et censurer alors qu'il y a des moyens de régler le problème d'une façon financièrement viable. «Nous traversons actuellement une période difficile et ce projet est inacceptable sur le plan financier.» Rajen Narsinghen a lui aussi envoyé ses contrepropositions à l'organisme.

Quelle alternative?

Ish Sookun est aussi d'avis qu'il y a des alternatives pour gérer les abus sur les réseaux sociaux. «Dans mes commentaires adressés à l'ICTA, je me suis appuyé sur deux choses : revoir les méthodes d'investigation des organismes régulateurs et éduquer la nouvelle génération d'internautes.» Le «Linux System Administrator» de La Sentinelle estime que ce sera une perte de temps que d'investir dans des outils, qui n'apporteront que peu de changements et qui deviendront obsolètes très vite. «Le problème restera entier. L'ICTA réussira surtout à violer la vie privée de centaines de milliers d'internautes mauriciens.»

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