Burkina Faso: Ecole primaire de Fô - Une enseignante se dit victime d'abus de pouvoir et saisit le tribunal

C'est assurément le clash entre Traoré Emilienne, enseignante à l'école primaire publique de Fô dans le Houet et son directeur d'école Kam Sié. Contrainte d'abandonner au CM2 cette promotion dont elle avait la charge depuis le CP1 au profit d'un de ses collègues, Emilienne Traoré dénonce une manigance de sa hiérarchie pour saper le couronnement de ses six années d'efforts avec les examens du CEP qui se profilent à l'horizon. Pour se rendre justice, elle a saisi le tribunal administratif de Bobo-Dioulasso.

L'affaire fait visiblement grand bruit dans les milieux de l'enseignement primaire de la province. Après les multiples rencontres et autres conseils de direction organisés par les responsables de l'établissement, c'est finalement devant le tribunal administratif de Bobo que cette crise à l'école primaire de Fô, localité située à une centaine de kilomètres de Bobo, connaîtra son dénouement. En effet, par cette lettre datée du 8 avril 2021 et adressée au président du tribunal administratif de Bobo, Emilienne Traoré introduisait du coup un recours en annulation d'une décision du conseil extraordinaire tenu le 11 mars 2021 par laquelle le directeur de l'école la relevait de sa fonction de titulaire de la classe de CM2 au profit d'un autre enseignant.

Désormais séparée de cette promotion qu'elle tenait depuis 2016 et rétrogradée en classe de CM1 comme suppléante, la plaignante ne voit la qu'une volonté manifeste de sa hiérarchie de la priver des honneurs qu'elle se devait de mériter au terme de son parcours. Convaincue qu'elle était, de réaliser une très bonne performance au CEP 2021 avec ces enfants qu'elle encadrait depuis le CP1. Des résultats qui devraient être, à son avis, le couronnement de ses six années d'efforts et de sacrifices. Alors qu'est ce qui a valu à Emilienne Traoré cette séparation d'avec sa promotion par le directeur de l'établissement ?

Dans le procès-verbal du conseil extraordinaire tenu le 11 mars dans le bureau du directeur et dont une copie nous est parvenue, plusieurs griefs sont relevés à l'encontre d'Emilienne Traoré. A cette rencontre qui a duré moins d'une heure d'horloge, il était surtout reproché à l'enseignante son absence durant la rentrée administrative et pédagogique. Toutes choses qui auraient entraîné un retard au démarrage des cours.

Dans la panoplie des griefs faits à la désormais ex-titulaire du CM2, son manque de respect à la hiérarchie, son absence de l'école les mercredis après-midi et les samedis, mais aussi, son refus catégorique de recevoir dans sa classe, l'intérimaire de l'école du nom de Fabrice Yankiné. Autant de manquements dont se serait rendue coupable Emilienne Traoré et qui lui auraient donc valu sa suspension de la classe de CM2.

Cependant, la principale mise en cause dans cette affaire que nous avons pu joindre au téléphone ne voit plutôt que la main du diable visant à compromettre sa carrière professionnelle avec la complicité du chef de la circonscription de base. C'est donc en toute logique qu'elle a accepté de nous apporter sa version des faits.

Parlant de son absence durant la rentrée administrative et pédagogique, Emilienne Traoré nous apprend qu'elle était au chevet de sa mère victime d'un AVC à Ouagadougou avant de rejoindre son poste à Fô où elle a repris le service le 6 octobre. Sur la question de son absence les samedis et les mercredis soirs de l'école, elle nous dira ceci.

« Mon suppléant et moi travaillons ensemble les mercredis soirs et les cours du samedi matin sont assurés par le suppléant. Je suis une femme mariée et mère de trois enfants dont le premier est en 3e, le second au CM2 et le troisième au CM1. Je n'ai que les week-ends à consacrer à ma famille. Et dans tous les cas, le chef de circonscription sait très bien qu'aucun emploi du temps de la classe de CM2 ou encore un texte du ministère de l'Education national n'oblige les enseignants à être présents en classe les samedis matins et les mercredis soirs ».

Mais le directeur de l'école Kam Sié que nous avons pu joindre au téléphone voit les choses autrement. Il affirme que sa décision fait suite à la baisse de niveau constatée au CM2 à l'issue des examens blancs et aussi, cette menace que fait planer cette crise sur la cohésion sociale au sein du personnel de l'établissement.

Visiblement choquée par sa suspension de la classe de CM2, Emilienne Traoré n'entend pas se laisser faire et demande à son directeur, l'application stricte de la décision issue du conseil tenu par le chef de la circonscription et qui la confirmait comme titulaire au CM2 et Yankiné Fabrice au CM1. Elle a donc saisi le tribunal administratif dans l'espoir de réintégrer sa classe de CM2 et parachever sa mission. Mais en attendant, cette jeune enseignante clame à qui veut l'entendre qu'elle est victime d'un abus de pouvoir et d'une injustice.

Elle qui espérait surtout réaliser un taux honorable de succès au CEP avec sa promotion et exprimer enfin sa fierté d'avoir accompli avec succès, sa mission. Mais séparée à deux mois des examens de cette promotion qu'elle encadrait depuis 2016 au profit d'un autre enseignant, Emilienne Traoré ne pouvait que s'en offusquer.

Dans une lettre datée du 27 mars 2021 et adressée au secrétaire général du Synateb section de Fô, elle déclare qu'à son humble avis, le CM2 est le couronnement de six années de travail que le directeur et le chef de la CEB, à travers Yankiné Fabrice, ont confisqué à deux mois des examens. Et de conclure par cette interrogation. «Pourquoi vous faites ça ?». L'affaire sera entendue le 7 mai 2021 devant le tribunal administratif de Bobo.

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