Afrique: Covid-19 à Madagascar - RSF appelle les autorités à laisser les journalistes travailler librement

communiqué de presse

Alors que plusieurs médias ont dû écrire une lettre d'engagement afin de pouvoir reprendre leurs émissions suspendues à titre préventif car "susceptibles de porter atteinte à l'ordre public", Reporters sans frontières (RSF) exhorte les autorités malgaches à ne pas verrouiller l'information sur la crise sanitaire qui frappe actuellement la Grande Île.

La décision de suspendre, le 22 avril, neuf émissions de radio et de télévision "susceptibles de troubler l'ordre et la sécurité publiques et nuire à l'unité nationale" a suscité un véritable tollé. Les programmes visés (des débats politiques ou faisant intervenir des auditeurs ou téléspectateurs en direct), qui ont été suspendus à titre préventif dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, étaient diffusés par 14 médias différents.

A l'issue d'une rencontre organisée quatre jours plus tard entre une partie des médias concernés et la ministre de la Communication, certaines émissions ont pu reprendre sous condition. Les médias présents ont dû signer une lettre d'engagement, dans laquelle ils assurent que leur émission "ne comportera pas d'incitation qui pourrait nuire à l'unité nationale, ni troubles à l'ordre public, ni incitation à la révolte". D'autres médias comme la chaîne d'opposition MBS, jointe par RSF, et qui affirment ne pas avoir été conviés à cette rencontre, ont contesté la décision du 22 avril en justice.

RSF a également saisi la ministre de la Communication, Lalatiana Rakotondrazafy Andriatongarivo, pour qui la première décision ne constituait "nullement une velléité de censure ou d'entrave à la liberté de la presse", mais plutôt une "mesure pour lutter contre la pandémie".

"La crise sanitaire ne peut servir de prétexte pour restreindre la liberté d'informer a priori. Empêcher les journalistes de travailler et le débat critique d'avoir lieu à titre préventif relève de la censure et répond à des objectifs de communication, pas de lutte contre l'épidémie, déclare le responsable du bureau Afrique de RSF Arnaud Froger. L'annulation partielle de cette décision est un premier pas. Nous appelons les autorités malgaches à lever la suspension de toutes les émissions visées sans exception et sans condition et à laisser les journalistes et médias travailler librement sans restriction d'accès aux informations ou à leurs sources concernant l'épidémie de Covid-19".

Plusieurs journalistes contactés par RSF ont rapporté avoir beaucoup de difficultés à couvrir ce sujet sensible. Obtenir le détail des chiffres concernant les victimes ou les malades et accéder aux établissements de santé mobilisés pour faire face à l'épidémie demeurent compliqué. Plusieurs sources ont également peur de parler.

Lors du premier état d'urgence sanitaire l'année dernière, les autorités malgaches avaient déjà interdit les interventions en direct des auditeurs et obligé les médias audiovisuels privés à diffuser les messages de préventions consacrées à la pandémie sur les antennes et les ondes des médias publics. Ceux qui n'ont pas respecté cette injonction ont été mis en demeure à l'instar de la chaîne Real TV au début du mois d'avril 2020.

Madagascar a perdu trois places dans le Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2021 et occupe désormais la 57e position sur 180 pays.

A La Une: Droits de l'Homme

Plus de: RSF

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X