Afrique: "La sagesse de la pieuvre" réveille les consciences par l'émotion

Le premier film africain à décrocher l'Oscar du meilleur documentaire permet d'aborder les questions environnementales par le biais d'une histoire spectaculaire.

Dans le film "Sagesse de la pieuvre", on suit les plongées en apnée de Craig Foster, un documentariste sud-africain animalier, victime d'une dépression en 2010. Son amitié avec une pieuvre lui redonne gout à la vie. Le film a été coréalisé par Pippa Ehrlich, qui signe son premier long métrage. Présente à Los Angeles lors de l'annonce de l'Oscar, elle a réagi avec beaucoup d'émotion :

"En grande partie, c'est une petite histoire qui se passe dans le forêt maritime au bout de l'Afrique. Mais sur un plan plus universel, j'espère qu'elle apporte un aperçu sur une vie différente entre un être humain et le monde naturel."

Le documentaire a été réalisé par une petite équipe de passionnés de l'ONG "Sea change project", co-fondée en 2012 par Foster pour conscientiser le public sur la protection de cette forêt marine. Il a remporté une vingtaine de prix dans le monde entier. Craig Foster ne s'attendait pas à un tel succès :

"Ce qui est très excitant, c'est que cela va faire connaitre la grande forêt marine africaine sur la scène planétaire, comme elle ne l'a jamais été avant et cela lui donne une chance d'être protégée, ce dont elle a absolument besoin."

La couverture des forêts de laminaires a récemment été déclarée "variable océanique essentielle" par le Système mondial d'observation de l'océan. Elles sont encore bien préservées en Afrique du sud. Mais, à l'instar des bancs de coraux, elles sont vulnérables, comme l'explique Pippa Ehrlich :

"C'est le deuxième écosystème marin le plus vulnérable au réchauffement climatique. Ces forêts sont très importantes car elles sont d'importantes réserves de captation du carbone et elles recèlent une extraordinaire biodiversité marine et elles protègent nos côtes des tempêtes, ce qui est très important en raison de l'élévation du niveau des mers. Pourtant, on parle très peu d'elles."

Préservation de l'environnement

Les algues sont aussi coupées pour laisser place à l'exploitation de gisements offshore de diamants sur la côte ouest de l'Afrique du Sud.

L'ONG "Sea change project" invite régulièrement des jeunes pour découvrir cet univers marin. Certains viennent de familles défavorisées autour du Cap qui vivent de la pêche clandestine de langoustes et surtout d'ormeaux, des sortes d'huitres géantes exportées illégalement vers la Chine.

La destruction des ormeaux a un impact sur tout l'écosystème des forêts d'algues. Happy Kambule de Greenpeace espère que même s'il n'est disponible que sur des plateformes de streaming, le documentaire va aider à conscientiser les jeunes :

"Il y a de plus en plus d'histories sur l'environnement qui jouent sur la fibre émotionnelle tout en étant éducatives et en offrant un bon moment de divertissement. D'un autre côté, ce qui est aussi important, est que ce n'est plus seulement des histoires qui concernant les activistes dans l'environnement mais tout le monde. Il faut juste etre capable de développer l'histoire d'une façon qui intéresse les gens, car les problèmes d'environnement touchent aussi la justice sociale et souvent aussi l'économie et la politique."

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa espère que le film "encouragera une plus grande prise de conscience de la nécessité de protéger la vie marine, alors que la dégradation des océans est devenue un problème mondial."

L'Afrique du Sud est confrontée à un gros problème de pollution des eaux rejetées dans la mer. La plupart des centrales d'épuration des eaux usées ne fonctionnent plus, faute d'entretien adéquat par les municipalités.

Lutte contre la pollution

Le nombre de rivières fortement polluées a augmenté de 500 % depuis 1999. Malgré les engagements de Cyril Ramaphosa, il reste beaucoup à faire, selon Happy Kambule de Greenpeace :

"Le parti au pouvoir n'agit pas pour combattre le changement climatique, en fait il crée plus de problèmes dans ce domaine et celui de la protection des océans. Il y a des zones côtières protégées et une riche biodiversité, mais tout cela est menacé par les projets d'exploitation de pétrole et de gaz ainsi que l'ouverture de routes maritimes dans des zones protégées ou tout près. Nous souhaitons que l'Afrique du Sud fasse plus pour lutter contre le changement climatique, car pour le moment, ce n'est pas suffisant."

Ainsi, l'essentiel de l'énergie électrique en Afrique du Sud continue à etre produite à partir du charbon très polluant, faute d'un réel développement des énergies renouvelables dans un pays idéal pour la production d'énergie solaire et éolienne.

"La sagesse de la pieuvre" est le premier film africain couronné de l'Oscar du meilleur film documentaire. L'équipe sud-africaine qui a réalisé ce long métrage espère contribuer à la protection de la vie aquatique dans les forêts d'algues marines géantes qui couvrent 25 % des zones côtières du monde autour de l'Afrique du sud et la Namibie notamment.

Plus de: DW

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