Maroc: 1er Mai - Trois questions au Secrétaire général adjoint de l'UNTM

interview

Rabat — A l'occasion de la Journée internationale des travailleurs, célébrée le 1er mai de chaque année, le Secrétaire général adjoint de l'Union nationale du travail au Maroc (UNTM), Abdelilah Dahmane, apporte, dans une interview accordée à la MAP, un éclairage sur l'état des lieux de l'action syndicale au Maroc à l'aune de la pandémie du Coronavirus (Covid-19).

En réaction au lancement par SM le Roi Mohammed VI du projet de généralisation de la couverture sociale, M. Dahmane explique également le point de vue du syndicat sur les perspectives de la mise en œuvre de ce chantier stratégique.

1 - Que symbolise pour vous la Journée du 1er Mai ?

En tant que fête internationale des travailleurs, le 1er mai est un symbole pour la classe ouvrière à travers lequel elle s'efforce de démontrer sa capacité de mobilisation et son rôle central dans la dynamique économique.

C'est également une occasion de rendre hommage aux travailleurs marocains et de faire valoir leur résilience et leur contribution responsable à la production nationale malgré les contraintes imposées par la pandémie du Coronavirus (Covid-19) et ses répercussions socio-économiques et sanitaires.

Il s'agit en outre de saluer la lutte constante de la classe ouvrière pour la justice sociale, de faire résonner sa voix, préserver ses acquis, renforcer ses droits et garantir sa dignité.

Consciente de la complexité du contexte international actuel marqué par la persistance de la propagation du Coronavirus, le syndicat a décidé de célébrer la fête du Travail à travers la participation à la mobilisation nationale pour protéger la Patrie et ses intérêts suprêmes, tout en préservant les droits des travailleurs.

Par conséquent, nous célébrons cette année la Journée internationale des travailleurs sous le slogan "un militantisme renouvelé pour une justice sociale garantissant les droits, préservant les acquis et réalisant la dignité".

Pour nous, le 1er mai est une occasion pour réaffirmer l'esprit de mobilisation, de vigilance et de résilience et intensifier les initiatives d'encadrement conformément à la mise en œuvre des missions syndicalistes et de l'action militante qui nous sont assignées pour défendre les droits des travailleurs.

C'est une étape par laquelle nous manifestons l'attachement et l'impartialité de notre organisation envers les revendications justes et légitimes des travailleurs et l'amélioration de leurs conditions socioprofessionnelles, en dressant le bilan de la mise en œuvre des mesures gouvernementales y afférentes.

Pour l'occasion, l'UNTM a formulé un appel dans lequel nous saluons l'action de toutes les composantes de la classe ouvrière marocaine en faveur de la revitalisation des secteurs productifs et l'immunisation de l'économie nationale, en plaidant pour l'accélération du processus d'intégration des secteurs informels au tissu économique, l'élaboration de statuts justes, équitables et intégrés pour les établissements publics, la révision du système salarial public et l'amélioration du pouvoir d'achat des fonctionnaires et salariés.

Le syndicat renouvelle également sa proposition de créer une agence nationale en charge de l'intégration du secteur informel dans le tissu économique légal ainsi que son appel au renforcement des mécanismes de contrôle de l'État afin d'assurer le respect des droits des salariés conformément au Code du travail.

Ainsi, compte tenu des répercussions de la crise sanitaire, l'organisation met également en garde contre l'exploitation des circonstances exceptionnelles dues à la pandémie pour réprimer les libertés syndicales et bafouer les droits des travailleurs et leurs intérêts à travers le licenciement, l'astreinte à l'action syndicale et l'expulsion des responsables syndicaux.

2 - Quel a été l'impact de la crise sanitaire sur les conditions socio-économiques des travailleurs ?

Le contexte général que traverse actuellement notre pays est caractérisé par les répercussions de la crise sanitaire auxquelles s'ajoutent les effets de la sécheresse constatée en 2020. Ainsi, l'économie nationale a perdu 432.000 emplois contre une création de 165.000 postes en 2019, selon la note d'information du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sur la situation du marché du travail qui indique également une perte d'heures de travail par semaine passant de 494 millions d'heures à 394 millions, ce qui représente une diminution de 20% du volume horaire de travail.

Objectivement, nous affirmons au sein de l'UNTM que la plupart des rounds de dialogue social, aussi bien sectoriels ou tripartites, connaissent actuellement des trébuchements du fait de l'absence d'un comité de vigilance sociale ou de tout autre mécanisme institutionnel auquel participent les organes syndicaux pour assurer la prévention en matière de santé, de protection sociale ou de droits des travailleurs.

De toute évidence, nous attendons du gouvernement, que ce soit au niveau central ou sectoriel, de produire des initiatives spécifiques qui désamorcent toute tension sociale. Il est donc impératif d'encourager les investissements nationaux, d'améliorer l'attractivité des investissements étrangers, de renforcer l'adaptation et l'harmonie des différents secteurs employant la main-d'œuvre et d'assurer leur résilience face aux crises économiques, sociales et épidémiques.

Nous avons urgemment besoin d'un secteur privé plus dynamique, afin de préserver d'abord les postes d'emploi et d'en créer de nouvelles opportunités, ce qui nécessitera de valoriser le capital humain et d'affuter les compétences de la main-d'œuvre à travers la formation continue, en sus d'exploiter les opportunités économiques offertes par la croissance verte au niveau de l'emploi, en particulier sur les produits destinés à l'exportation.

La réforme du système fiscal demeure également une condition à la réalisation de l'équité fiscale considérée comme une priorité à la lumière de la crise sanitaire actuelle. A ce titre, j'estime que l'application des recommandations issues des Troisièmes assises nationales sur la fiscalité s'avère suffisante.

Quant au secteur informel, qui a relativement fait preuve de dynamique malgré la pandémie, le moment est venu de l'insérer dans le circuit économique formel à travers la création d'une agence nationale, chargée d'élaborer des propositions de réformes organisationnelles et institutionnelles à cet effet. Pour ce faire, il est nécessaire de renforcer les mécanismes de contrôle de l'État pour une économie intégrée et sûre.

Par conséquent, à l'UNTM, nous réitérons sans cesse la nécessité de maîtriser les équilibres "macro-sociaux" en protégeant et en immunisant les libertés syndicales, en consolidant la cohésion et la solidarité sociales, en réduisant les disparités sociales et spatiales et en assurant l'égalité des chances à tous les marocains, tout en recommandant d'accorder une plus grande attention à l'approche genre, dans le cadre d'un accord renouvelé liant la croissance économique aux systèmes de protection sociale, car investir dans le capital humain et assurer la stabilité de ses conditions matérielles et sociales devrait être au cœur de toute politique publique.

3 - Que pensez-vous du chantier de généralisation de la couverture sociale ?

Tout d'abord, nous tenons à exprimer le soutien de l'UNTM à toutes les initiatives royales, notamment celle ayant permis récemment au Maroc une succession de victoires historiques sur le plan diplomatique et de l'intégrité territoriale du Royaume. C'est dans cette même dynamique qu'intervient la volonté Royale de la généralisation de la protection sociale, dans le but de soutenir le pouvoir d'achat des familles, de parvenir à la justice sociale et spatiale et de préserver la dignité du citoyen et du salarié.

Suite à l'invitation des Secrétaires généraux des syndicats représentés au Parlement au Palais Royal de Fès pour la cérémonie de lancement de la mise en œuvre du projet de généralisation de la protection sociale sanctionnée par la signature des trois premières conventions-cadres y afférentes, nous avons été convaincus à l'UNTM du rôle des syndicats dans la contribution positive à la réussite de grands chantiers de réformes sociétales.

Par conséquent, le chantier royal de généralisation de la protection sociale est considéré comme un véritable tournant dans le processus de réforme globale du système économique dans sa dimension sociale, permettant ainsi aux travailleurs de bénéficier de leurs droits en matière de couverture médicale et d'allocation familiale, en plus de l'élargissement de la base des adhérents aux régimes de retraite pour inclure, à l'horizon 2025, les catégories des professionnels et travailleurs indépendants et personnes non-salariées qui exercent une activité libérale, afin d'englober toutes les catégories concernées.

Cela signifie l'élargissement de la base des fonds de pension pour inclure plus de 5 millions de personnes de plus, ce qui représente, de surcroît, le renforcement des régimes de retraites en vigueur car plus la base d'adhérents est grande, plus les services qu'ils fournissent peuvent être garantis sur la durée. Les salariés, y compris certaines catégories du secteur informel, pourront également bénéficier d'une indemnité pour perte d'emploi en 2025, en simplifiant les conditions et en élargissant la base des bénéficiaires.

Bien entendu, la couverture médicale universelle nécessitera de relever un certain nombre de défis qui concernent en particulier le taux d'encadrement médical et le déficit en ressources humaines et sa répartition géographique disproportionnée. Cela implique également d'adopter des mesures d'accompagnement relatives à l'intensification des programmes de formation et d'emploi des compétences médicales et des professionnels de santé, pour répondre à la demande à venir qui s'intensifiera parallèlement à la mise en œuvre de ce chantier sociétal.

Pour conclure, je tiens à souligner que l'UNTM, tout en saluant ce chantier Royal de premier plan en tant que réforme structurelle inédite au profit des travailleurs marocains, s'engagera positivement, à travers le dialogue social ou par le biais de ses représentants au sein de la Chambre des conseillers, pour venir à bout de ce projet et approuver toutes les lois organiques y afférentes. Nous sommes devant un chantier national d'envergure et une véritable révolution sociale, qui aura des répercussions majeures sur l'amélioration de la qualité de vie de toutes les couches de la société marocaine.

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