Tchad: Appel à l'Union sacrée - Le Premier ministre sera-t-il entendu ?

Président du Conseil Militaire de transition, Général des Corps d’Armées, MAHAMAT IDRISS DEBY
analyse

Depuis la mort brutale du président tchadien, le Maréchal Idriss Deby Itno, le 19 avril dernier, le Tchad traverse une situation sociopolitique difficile dont personne ne peut on prévoir l'épilogue.

En tout cas, la prise du pouvoir par son fils, Mahamat Idriss Deby, passe mal aux yeux de bien des partis politiques d'opposition et d'organisations de la société civile. Ceux-ci sont descendus dans la rue pour réclamer le retour à un régime civil. Ils ont été violemment réprimés par les forces de défense et de sécurité.

Au moins 6 personnes ont été tuées à cette occasion. Le drame s'est passé le 27 avril dernier. Depuis donc ce mardi noir, des voix fortes se sont élevées pour condamner non seulement cette répression meurtrière par les nouveaux hommes forts de Ndjamena, mais aussi pour demander une transition démocratique et civile.

L'alliée historique et ancienne puissance coloniale, la France, par la voix de son premier responsable, Emmanuel Macron, n'a pas manqué de dire son mécontentement suite à la première sortie meurtrière de la junte militaire qui a confisqué le pouvoir à Ndjamena. En tout cas, Paris, tout en veillant sur la stabilité et l'intégrité du Tchad, s'est démarquée du « plan de succession » qui a voulu que le fils succède au père.

Et seul Emmanuel Macron peut expliquer ce rétropédalage ; lui qui, aux obsèques de Deby père, s'était ostentatoirement affiché aux côtés de Deby fils. Il faut aussi signaler qu'une mission de médiation de l'Union africaine (UA), a été dépêchée au Tchad. Et au moment où nous tracions ces lignes, elle n'avait pas encore quitté le pays.

C'est dans ce contexte que Albert Pahemi Padické, le nouveau Premier ministre du pays, a rencontré des responsables politiques, religieux et de la société civile. A ces derniers, il a lancé solennellement un appel à « l'union sacrée » pour sauver le Tchad. La grande question que l'on peut se poser, dès lors, est de savoir si le Premier ministre sera entendu. En tout cas, il croit à la Transition. Car, celle-ci, selon lui, est « l'occasion de préparer ensemble le terrain d'une compétition saine ».

Il a, par ailleurs, laissé entendre que dans les prochains jours, un gouvernement de large rassemblement, en tout cas, suffisamment représentatif du peuple tchadien, sera constitué. Déjà, la participation de l'ex-opposition parlementaire autour de Félix Nialbé, est presque acquise. Celle de Saleh Kebzaboh l'est pratiquement aussi. Succès Masra, des Transformateurs, pourrait répondre favorablement à « l'union sacrée » mais à condition que cela ne soit pas un « recyclage des méthodes du passé sur fond de dynastie ».

Certaines formations attendent toujours des garanties pour intégrer le premier gouvernement de la Transition. L'assurance que les dirigeants de la Transition ne pourront pas se présenter à la prochaine présidentielle, en fait partie. Albert Padacké, malheureusement, n'a pas le pouvoir encore moins le poids politique, peut-on dire, pour donner ces garanties. Seule la junte militaire, avec à sa tête Deby fils, peut le faire. Le fera-t-il ? Rien n'est moins sûr.

Pour se donner du répit, et pour aller dans le sens de ce que préconise la communauté internationale, notamment la France et dans une certaine mesure, l'UA, la junte peut accorder des concessions à l'opposition et à la société civile. Mais l'on peut parier qu'elle n'ira pas jusqu'à donner l'assurance, comme l'exigent certains opposants, que les dirigeants de la Transition ne pourront être dans les starting blocks à la présidentielle à venir.

Et si par extraordinaire, la junte venait à donner cette garantie, rien ne les obligera à tenir leur engagement. Et dans ce scenario, la communauté internationale ne bandera pas les muscles face à Deby fils en cas de parjure. En effet, les putschistes tchadiens ont droit à des égards pour leur engagement à nettoyer le Sahel africain des terroristes.

Dans son discours de prise de fonction, Deby fils l'a martelé. Et cela peut lui valoir une assurance tout- risque de la part de l'ancienne puissance coloniale, c'est-à-dire la France. La démocratie peut donc encore attendre au Tchad. Ce qui urge aujourd'hui, c'est la stabilité et l'intégrité du pays.

Et Jupiter n'a pas fait mystère de cela quand il a martelé ceci à l'occasion des obsèques du maréchal : « La France ne laissera personne remettre en cause la stabilité et l'intégrité du Tchad ». C'est cette assurance, peut-on dire, qui pourrait avoir décidé la junte à rejeter la main tendue du FACT (Front pour l'alternance et la concorde au Tchad).

Forts donc du bouclier gaulois, Deby fils et ses camarades pourront régner au-delà de la Transition, sur le Tchad. Et les terroristes de Boko Haram qui menacent le pays depuis plus de 5 ans, en plus du rôle pratiquement irremplaçable de l'armée tchadienne dans le Sahel, sont des arguments qu'ils peuvent invoquer pour s'accrocher au pouvoir au Tchad sans que cela ne fâche outre mesure la communauté internationale.

Déjà, les putschistes s'abritent derrière la lutte contre le terrorisme et la rébellion, pour faire parler la poudre face aux manifestants qui battent le macadam pour exiger le départ du CMT (Comité militaire de transition). Avec ce genre d'amalgames, ce n'est pas demain la veille que le Tchad fera son entrée dans le concert des nations démocratiques.

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