Cote d'Ivoire: Retour d'exil annoncé de cadres du FPI - En attendant le retour du christ de Mama...

analyse

En Côte d'Ivoire, l'heure est à la décrispation avec le retour le 30 avril 2021, d'une demi-douzaine de cadres du parti de l'ex-président Laurent Gbagbo, exilés depuis 10 ans suite à la crise post-électorale de 2010-2011.

Au nombre de ces derniers, Damana Adia Pikass, le désormais tristement célèbre déchireur de bulletins de vote, mais aussi Justin Katinan Koné, ancien grand argentier en charge du Budget sous le régime du fondateur du Front populaire ivoirien (FPI). Exilés au Ghana voisin à la chute de leur mentor dans les conditions que l'on sait, leur retour au pays, qui s'inscrit dans le cadre de la réconciliation nationale, est le fruit d'un « compromis politique », à en croire certaines sources, suite à des négociations entre les gouvernements ivoirien et ghanéen.

Comment peut-il en être autrement quand le ministre ivoirien de la Réconciliation nationale, Kouadio Konan Bertin alias KKB, dit se « réjouir que ces cadres ivoiriens puissent retrouver leur terre natale » ? Et pourtant, des personnalités comme Justin Katinan Koné étaient sous le coup d'un mandat d'arrêt lancé par les autorités d'Abidjan.

ADO donne le ton de la réconciliation nationale qui a toujours été le talon d'Achille de sa gouvernance

Quoi qu'il en soit, tout porte à croire que sans se voir forcément dérouler le tapis rouge, ces partisans du désormais ex-célèbre pensionnaire de la prison de La Haye, rentrent en Eburnie avec la bénédiction du locataire du palais de Cocody. En tout cas, c'est tout le mal que l'on puisse leur souhaiter.

Et c'est tant mieux pour la réconciliation nationale dans cette Côte d'Ivoire qui peine à panser les plaies d'un passé encore récent, mais qui a besoin de tourner la page de la division pour envisager l'avenir avec beaucoup plus d'optimisme dans l'unité et la cohésion retrouvées de tous ses fils. Le moins que l'on puisse dire, c'est que lentement (et peut-être sûrement), la réconciliation est en train de prendre forme sur les bords de la lagune Ebrié.

Et cela est heureux. En effet, après leur acquittement définitif par la Cour pénale internationale (CPI), Alassane Dramane Ouatara (ADO) a annoncé la couleur en disant que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé « sont libres de rentrer en Côte d'Ivoire quand ils le souhaitent ». Mais en attendant le retour du christ de Mama et de son disciple, sur la terre de leurs ancêtres, on peut dire, avec l'arrivée de la première vague de leurs proches partisans, qu'ADO donne le ton de la réconciliation nationale qui a toujours été le talon d'Achille de sa gouvernance au terme de ses deux premiers mandats. Cela est tout à son honneur.

Mieux, pourrait-on dire, dans l'entame d'un troisième mandat fort contesté acquis dans les conditions que l'on sait, c'est le moins que le président Alassane Ouattara puisse faire pour son pays, après la dure épreuve de la crise post- électorale de 2010-2011 qui l'a vu accéder au pouvoir.

Et l'on espère que ce processus de rapprochement des fils et filles de la Côte d'Ivoire, ne se limitera pas au seul cercle des partisans de son ancien rival mais s'étendra au maximum d'exilés politiques, pour autant que ces derniers s'inscrivent dans la même dynamique.

KKB n'a pas hésité à prendre son bâton de pèlerin pour prêcher l'évangile du pardon, selon le « Brave tchè* » d'Abidjan

C'est dire si ce premier pas, suite à la main tendue du président Ouattara à ses adversaires politiques, appelle de la part de ses compatriotes, un investissement plein, entier et sincère dans le processus de réconciliation nationale. Autrement dit, tous les Ivoiriens, quel que soit leur bord politique, sont appelés à faire des efforts pour s'accepter les uns les autres, dans un esprit de tolérance et de fraternité retrouvée.

Et cela doit se traduire autant dans les actes que dans le discours, en évitant désormais les propos incendiaires, revanchards et de division. Cela est nécessaire si les Ivoiriens veulent véritablement donner des chances à la fameuse réconciliation nationale qui est sur toutes les lèvres et qui fait tant courir le dynamique ministre KKB.

Car, s'il y a, peut-on dire, quelqu'un qui n'a pas chômé depuis la cette deuxième réélection du président Ouattara, c'est bien son missi dominici en charge de la réconciliation nationale, qui n'a pas hésité à prendre son bâton de pèlerin pour prêcher l'évangile du pardon, selon le « Brave tchè* » d'Abidjan, partout où il pensait pouvoir trouver des exilés de la crise post-électorale ivoirienne.

C'est ainsi que ses premiers pas l'ont amené au Ghana et au Liberia voisins, avec en ligne de mire, le vieux continent où résident des exilés politiques et pas des moindres, comme l'ex-président Laurent Gbagbo et son ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, qui attendent de voir plus clair dans les conditions et les modalités de leur retour au pays.

Et tout porte à croire que c'est le fruit de ses efforts et de la ferme volonté du chef de l'Etat ivoirien de travailler à rapprocher davantage ses compatriotes, qui est en train de se traduire en actes par ce retour au pays de ces GOR (Gbagbo ou rien). Pourvu que ça dure !

*Brave tchè : sobriquet en dioula du président Ouattara, pour dire l'homme fort

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