Tchad: Transition tchadienne - « Soutenez-nous ou on fait un malheur ! »

Président du Conseil Militaire de transition, Général des Corps d’Armées, MAHAMAT IDRISS DEBY
analyse

C'est une véritable course contre la montre que les nouvelles autorités de Ndjamena ont engagée et contre la rébellion du Front pour l'alternance et la coexistence au Tchad (FACT) et contre les manifestations de rue pour la survie de leur régime.

Pour la gagner, elles usent du bâton et de la carotte dans une politique faite d'un savant dosage de répression et de Com.

Ainsi, samedi dernier, les Ndjamenois n'avaient pas encore enterré les trois victimes de la répression des manifestations des jours précédents que le Premier ministre de transition monopolisait l'espace médiatique avec un discours à la nation. Albert Pahimi Padacké y a répété à satiété les bonnes intentions de son patron de président, Mahamat Idriss Déby, qui, moins d'une semaine auparavant, appelait les Tchadiens à l'union sacrée pour sauver l'unité nationale et la stabilité du Tchad et de la sous-région.

Un Premier ministre qui reprend les thèmes d'un discours présidentiel, cela n'a rien de surprenant. Bien au contraire, c'est comme si les deux figures de proue de la Transition répétaient leurs notes de gamme dans une symphonie communicationnelle où leurs experts de service leur ont appris à marquer l'esprit des Tchadiens, des populations d'Afrique centrale et des pays du G5 Sahel avec cette injonction: « Nous ou le chaos ».

De fait, à bien écouter Albert Pahimi Padacké dans son allocution du 1er mai, il n'y a pas, selon lui, de salut pour les tchadiens en dehors de se serrer les coudes, faisant table rase de leurs divergences et divisions politiques. Sus donc aux ego pour que vive le sursaut patriotique, c'est le message fort qu'ont à la bouche les nouvelles autorités tchadiennes et le Premier ministre de transition y est allé de sa part d'exhortation des partis politiques, organisations de la société civile et autorités religieuses pour qu'ils œuvrent dans ce sens.

Comme on le comprend ! Un dicton bien de chez nous n'enseigne-t-il pas que « quand la pluie vous bat, évitez de vous battre entre vous ?» Va donc pour l'union sacrée des Tchadiens, mais gare à la politique d'accaparement du pouvoir par le Conseil militaire de transition (CMT) dans une logique de perpétuation du système clanique aux relents dynastiques ! En clair, il n'y a pas que les opposants tchadiens, y compris les rebelles du FACT, qui doivent mettre un bémol à leurs actions centrifuges de l'unité nationale ; les tenants du pouvoir ont aussi leur partition à jouer. En dehors de ce qui n'est pas négociable, l'intégrité territoriale du pays, ils doivent faire preuve de souplesse, d'inclusion, de transparence et d'équité dans la conduite de la Transition. Car, si le doute légitime que nourrissent les opposants de voir Déby fils reproduire les impairs politiques de Déby père venait à enfler pour une raison ou pour une autre, ce n'est pas demain la veille que les Tchadiens exorciseraient les démons de leurs divisions.

Au demeurant, le discours actuel des nouvelles autorités ressemble à du chantage fait aux Tchadiens et à la communauté internationale à propos de la stabilité du pays et même de la sous-région. On pourrait le résumer en ces termes : « Soutenez-nous ou on fait un malheur ». Pas de quoi rassurer tout le monde !

Plus de: L'Observateur Paalga

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