Maroc: Le médicament via le net - Trois questions au président du CNOP, Hamza Guedira

interview

Rabat — Le président du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (CNOP), Dr. Hamza Guedira a accordé une interview à la MAP dans laquelle il revient sur la vente illégale des médicaments sur internet au Maroc.

1- Achat et vente sur internet demeure désormais un fait anodin, qu'en est-il des médicaments ?

Le médicament est une matière qui peut être dangereuse et s'il est mal utilisé, il peut être à l'origine des faits extrêmement néfastes. Or en vertu de la loi 17-04, la commercialisation des médicaments via internet au Maroc est strictement interdite.

Malheureusement, on voit de temps en temps des choses comme ça surtout pour les compléments alimentaires, même pour les médicaments, mais très peu. Dieu merci on maîtrise le circuit qui est prévu par la loi (fabricants-grossistes-pharmaciens d'officine), et tout ce qui sort de ce circuit, est considéré comme impropre à la consommation.

Maintenant, il est clair que ces médicaments qui passent par ce genre de circuits, proviennent de circuits illégaux et sans traçabilité et puis ils sont contrefaits.

Le Maroc a anticipé ce fléau, par l'adoption des lois très rigides en la matière, d'autant plus que notre pays a signé la convention internationale Médicrime, qui est une convention entre un certain nombre de pays de par le monde pour combattre justement ce fléau qui a commencé à prendre une dimension.

Les statistiques montrent que 10% des médicaments circulant dans le monde proviennent de la contrefaçon, ce chiffre malheureusement augmente jusqu'à 50% dans certains pays africains, d'où justement il faut absolument que les États se mettent coude à coude pour combattre ce phénomène qui est malheureusement extrêmement néfaste pour la santé.

Il faut faire attention à ce phénomène, pour le moment à ses débuts, et ce par l'implication de tout le monde notamment à travers bien sûr des textes de lois rigides, la sensibilisation de la population ainsi que l'application de la loi.

Mais l'origine du problème chez nous, c'est le manque d'assurance maladie pour la population, la précarité économique et puis l'analphabétisme. Cette situation pousse un certain nombre de personnes à aller vers ce genre de circuit. Dans ce cadre, le Maroc est en train de construire un chantier social historique qui est initié et suivi par SM le Roi.

2- Quels impacts sur la sécurité sanitaire des citoyens et sur l'avenir de la profession pharmaceutique?

Heureusement, en vertu de la loi 17-04, notre pays est parvenu jusqu'à présent à maîtriser le phénomène ainsi que nos circuits de dispensation et de circulation des médicaments.

Pour ce qui est de l'impact sur la profession pharmaceutique, notre pays se dote d'environ 12.000 pharmacies qui sont considérées comme des espaces de santé par excellence. La première chose que font nos citoyens lorsqu'ils se sentent mal, c'est qu'ils entrent dans la pharmacie, où ils sont bien accueillis et recevoir des conseils de qualité.

En outre, nous avons la chance d'avoir des pharmacies de proximité et proches de la population disponible 7/7 et 24h/24, et qui couvrent tout le territoire national. Ce maillage très homogène stipule, donc, que la place idéale pour dispenser le médicament reste la pharmacie.

Dans ce sens, la pharmacie est en train d'évoluer de par le monde vers des rôles très larges notamment participer à la vaccination, au suivi des malades qui prennent beaucoup de médicaments en l'occurrence les personnes âgées, et sensibiliser. Donc la pharmacie est en train d'évoluer d'une manière extraordinaire et un effort en la matière est nécessaire pour accompagner cette évolution de la pharmacie et prévoir la pharmacie de demain.

3- En tant que président du CNOP, quel est votre plaidoyer pour remédier à cette situation?

Je suis catégoriquement contre la circulation des médicaments sur le net, je connais la réalité de mon pays et le système de santé au Maroc, je suis vraiment contre ce fléau.

D'ailleurs il faut faire attention à la contrefaçon concernant l'utilisation des compléments alimentaires qui circulent partout, ainsi que pour les dispositifs médicaux notamment les dispositifs médicaux stériles dont la loi prévoit qu'ils soient dispensés dans les pharmacies. Et malheureusement ces dispositifs circulent partout ( Implant pour les yeux, prothèse pour la hanche, produits dermocosmétiques, etc).

Nous sommes amenés à combattre tout ce qui est en dehors du circuit prévu par la loi. Donc je dis que nous sommes aujourd'hui sur une bifurcation, et notre responsabilité est de garantir la sécurité sanitaire de nos concitoyens.

La santé des citoyens c'est la responsabilité des pouvoirs publics mais aussi des opérateurs des systèmes de santé aussi, donc il faut qu'on soit intransigeant et la loi soit là pour maîtriser toute tentative de dérive.

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