Centrafrique: Accusations de violations de droits humains contre les russes - Quand des sauveurs se muent en prédateurs !

analyse

Ils sont officiellement considérés comme des « instructeurs » mais d'aucuns les présentent comme des « mercenaires ». Il s'agit des Russes qui combattent depuis quelques mois aux côtés des forces armées centrafricaines qui faisaient face à une coalition de rebelles armés dirigée par l'ex-président François Bozizé.

Perçus au départ comme des sauveurs, ces « mercenaires russes » défraient la chronique, tant ils font l'objet de graves accusations, selon plusieurs rapports onusiens. « Exécutions sommaires massives, détentions arbitraires, tortures pendant les interrogatoires, disparitions forcées, déplacements forcés de populations civiles, violations du droit à la santé, attaques croissantes contre des acteurs humanitaires, viols collectifs, ... ».

Ce sont, entre autres, des exactions dont se seraient rendu coupables ceux-là auxquels le président centrafricain, Faustin Archange Touadéra, a fait appel pour réduire la voilure des rebelles qui menaçaient de descendre sur Bangui. Depuis lors, les populations centrafricaines vivent la peur au ventre, conscientes qu'elles peuvent, à tout moment, rencontrer le chemin de ces « spécialistes de la mort » dont on dit qu'ils sont disséminés à travers le territoire national, souvent même présents aux postes de contrôles et autres endroits stratégiques.

C'est le cas, par exemple, de cette jeune fille qui dit avoir été victime d'un viol collectif durant toute une nuit, de la part des mercenaires russes qui l'ont enjointe de garder le silence sous peine de représailles. On oublie volontiers les cas de saccages, de pillages et d'occupation de bâtiments publics sur fond de déportations. Tant et si bien que l'on se demande si les Centrafricains sont aujourd'hui plus en sécurité qu'ils ne l'étaient au moment des incursions des rebelles.

Un couteau à double tranchant que les autorités banguissoises se doivent de manipuler avec dextérité

On dit souvent qu'entre deux maux, il faut choisir le moindre. Mais dans le cas d'espèce, les Centrafricains n'ont aucun choix à faire dans la mesure où les « instructeurs russes » qui étaient censés les protéger, sont en train de faire autant sinon pire que les rebelles qui, eux, procédaient à de simples menaces, taxations et arrestations.

Alors, question : le président Touadéra va-t-il laisser ses compatriotes continuer à souffrir le martyre ou va-t-il prendre le risque de se séparer des mercenaires russes qui l'aident à sécuriser son pouvoir ? En tout cas, tout porte à croire que ce n'est pas demain la veille que les Russes partiront de la Centrafrique et cela, au regard de la campagne de communication active engagée par des autorités pour soutenir leur action sur le terrain.

Toutefois, il faut savoir raison garder. Car, à l'allure où vont les choses, il faut craindre qu'à force d'exactions sur les populations, les mercenaires russes ne finissent par rendre sympathiques les rebelles qui, pour la plupart, sont des Centrafricains. C'est donc un couteau à double tranchant que les autorités banguissoises se doivent de manipuler avec dextérité au risque de se couper les doigts.

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