Ile Maurice: Sam Lauthan - «Les saisies ne représentent qu'une infime partie du volume réel du trafic de drogue»

interview

Sam Lauthan était l'un des assesseurs de la Commission d'enquête sur la drogue, présidée par l'ancien juge Paul Lam Shang Leen et dont le rapport a été rendu public en juillet 2018.

Quel sentiment vous anime après que vous ayez pris connaissance de la toute dernière saisie record de drogue ?

C'est une nouvelle qui donne froid dans le dos, même pour quelqu'un comme moi, qui est engagé dans ce combat depuis plusieurs décennies. Dans le rapport de la commission d'enquête sur la drogue en 2018, nous avions fait mention du fait que tous les moyens étaient bons pour faire rentrer de la drogue à Maurice. Avec la crise du Covid-19, je pense qu'il faut une surveillance accrue de notre zone maritime car avec la fermeture des frontières, c'est l'option privilégiée pour transférer de la drogue et la faire rentrer au pays.

Comment expliquez-vous que ce type de transactions ait toujours lieu malgré toutes vous recommandations ?

Je tiens avant tout à féliciter le travail effectué par l'Anti-Drug and Smuggling Unit. Mais il faut dire les choses telles qu'elles sont. La mafia de la drogue devance et devancera toujours les autorités et c'est le cas car le profil du trafiquant n'a pas évolué aux yeux des autorités. C'est un problème international. Les gouvernements à travers le monde ont reconnu que la mafia de la drogue ne comprend pas forcément des gros bras, des gens violents ou d'anciens criminels. Ce sont des gens très intelligents, qui utilisent leur cerveau et des technologies avancées pour arriver à leurs fins. Les personnes les plus éduquées sont recrutées en passant par des hommes d'affaires, des politiciens ou encore des employés de douane. Nous sommes en train de jongler avec des milliards et les autorités concernées doivent privilégier des formations de haut niveau pour actualiser les connaissances et être à jour avec les derniers développements dans ce domaine. Il faut de l'investissement de la part des gouvernements pour pouvoir contrer celui des mafias de la drogue.

Avez-vous une idée des transactions similaires mais qui arrivent à tromper la vigilance de l'ADSU?

Pour moi, c'est le plus inquiétant. Encore une fois, la situation sur le plan international démontre que les saisies de drogues ne représentent qu'une infime partie du volume réel du trafic de drogue. Je pense qu'à Maurice aussi c'est le cas. C'est malheureux, mais il y en a sûrement beaucoup d'autres transactions, qui passent sous le nez des autorités.

Le point commun entre les grosses saisies de drogue effectuées au cours des cinq dernières années dans le pays est le fait que les enquêtes n'ont pas abouti. Quelle est votre interprétation à ce sujet ?

Il s'agit d'un autre fait inquiétant. Je pense surtout à l'affaire Kistnah et à l'importante saisie de drogue dans la tractopelle. C'était important pour nous d'avoir des réponses mais à ce jour, ces enquêtes stagnent. Le problème, c'est que ce sont les intermédiaires qui sont arrêtés et pas forcément les cerveaux. Il n'y a eu aucun patron arrêté à ce jour car il n'y a personne qui brise la loi du silence, l'omerta, qui est imposée par la mafia. Si ou kozé ou mor. Je soupçonne que cette règle de l'omerta opère à un très haut niveau à Maurice et que beaucoup d'argent est impliqué. Je suggère de solliciter l'aide de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, ainsi que d'autres institutions reconnues internationalement, surtout pour faire toute la lumière sur la récente saisie. Il faut être assez humble pour demander de l'aide. Cela nous permettra d'avancer dans les enquêtes.

Plus de: L'Express

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