Afrique: A Vélingara, un retour au bercail bienvenu pour un candidat à l'émigration refoulé de Libye

Dakar — Sur les ruines de son Eldorado rêvé, un jeune de Vélingara (sud-est) à la trajectoire classique de candidat à l'émigration irrégulière, tente de refaire sa vie de retour au bercail dans son Fouladou natal, en se cherchant de nouvelles raisons de vivre dans un quotidien jusque-là si peu à son goût qu'il a bravé le désert libyen pour s'en extirper.

Un jour de bonne humeur, Abdoulaye Diallo sourit à tout-va à ses interlocuteurs en chargeant sa caisse, un ancien réfrigérateur évidé dans lequel se trouvait entassé de la glace, des sodas et autres jus de fruits qu'il allait vendre dans les localités bordant la frontière sénégalo-gambienne.

"Dépêche-toi, je n'ai pas toute la journée, mes clients m'attendent", lance-t-il à la dame auprès de laquelle elle se ravitaille en produits qu'il revend auprès des populations de la zone frontalière qui ne disposent pas d'électricité pour faire marcher leurs appareils électroménagers.

"Actuellement, c'est la période propice, nous sommes à la veille du Ramadan, les gens organisent de fastueuses cérémonies de mariage", explique-t-il tout occupé à son business qui semble visiblement fort marcher en cette période caniculaire à Vélingara, l'une des principales villes du sud-est du Sénégal.

Dans cette partie de la haute Casamance comme dans plusieurs régions de l'intérieur du Sénégal, les températures frôlent les 40 degrés en début de journée, mais Ablaye, drapé dans un manteau qui a connu de meilleurs jours, n'en a cure.

Son accoutrement complété par un pantalon coupé à hauteur des genoux, il se met à ranger consciencieusement ses marchandises en animant la discussion sans lever la tête.

Prié de dire ce qui l'a motivé de tout plaquer en 2018 pour la Libye alors même qu'il commençait à peine son business, il secoue la tête avant de répondre sans jamais regarder son interlocuteur.

"Nous avons appris que c'est la destination pour se faire de l'argent, et il y avait cette possibilité de continuer en Europe", dit le trentenaire presque gêné de se voir obligé de répondre à chaque fois à la même question.

De Vélingara en passant par le nord de la Mauritanie et Nouadhibou plus précisément, avec ses amis, Ablaye a réussi à se rendre au Maroc où il est resté pendant plusieurs mois à travailler pour avoir de l'argent afin de continuer son voyage pour l'Europe.

Difficile pourtant de le suivre dans le récit qu'il fait de son itinéraire jusqu'au Maroc. Il évoque tantôt le désert nigérien, l'Algérie ou la Tunisie. Ce qui est sûr c'est qu'il lui a fallu une odyssée saharienne avant de débarquer en Libye où il a travaillé dans les BTP.

"J'étais plutôt un ouvrier dans le bâtiment pour transporter le sable, faire le mélange avec le ciment, mais je peux vous assurer qu'on souffrait beaucoup", conte celui qui dit a assuré de sa détermination à l'époque de continuer sa voie en traversant la Méditerranée.

"Nous entendions des coups de feu, on nous parlait de guerre, on nous menaçait de mort et certains d'entre nous étaient maltraités", raconte Ablaye sans manquer de se réfugier dans le silence par moments.

Sans doute par pudeur, il refuse d'en dire davantage, se gardant de donner par exemple toute indication sur les moyens qu'il comptait utiliser pour arriver à ses fins. De la même manière qu'il restait mystérieux sur ses soutiens sur lesquels il pouvait éventuellement compter dans cette aventure.

"Grand frère, c'était vraiment dur, on aurait pu y laisser nos vies", concède-t-il tout au plus, se hâtant d'arranger sa caisse attachée au siège réservé au passager sur sa moto qui lui sert de moyen de transport.

Une manière de couper court au débat pour celui qui s'est finalement résolu à rentrer au bercail avec plusieurs de ses amis, même si d'autres ont préféré rester.

Il note que certains qui étaient avec eux "en attendant le rapatriement, ont préféré s'enfuir, ils ne voulaient pas rentrer".

Ablaye se satisfait désormais d'avoir repris son business, même s'il refuse d'émettre un quelconque regret concernant son aventure et sa tournure.

"Oui, c'est intéressant, je m'en sors pas mal", dit-il à propos de son nouveau business.

Il refuse pour autant de donner une idée de ses gains quotidiens. C'est finalement celle qui lui fournit la marchandise qui vend la mèche, soulignant que dans les bons jours, il arrive à Ablaye d'empocher jusqu'à 15.000 CFA.

"Je lui cède la glace à 100 francs, lui arrive à l'écouler à 250 ou 300 francs, les sodas et autres jus de fruits marchent aussi très fort en cette période caniculaire", explique la dame.

Le jeune peut même espérer des gains plus importants avec la canicule, le mercure étant appelé à aller crescendo avec le Ramadan, ce qui devrait induire une demande forte en boissons, ajoute-t-elle.

Signe qui ne trompe pas, Ablaye a réussi à thésauriser pour se payer cette moto de seconde main. Sans compter que ses amis et proches mesurent sa santé financière à sa décision de faire des briques pour construire un bâtiment dans la maison familiale.

"Oui, j'ai commencé à faire des briques petit à petit, parce que c'est quand même cher", confirme Ablaye, un orphelin de père qui a en charge sa famille, mère, sœurs et neveux compris.

Du fait du poids de ses responsabilités, il ne compte plus ses heures de travail, qui vont de 10 h à la tombée de la nuit.

"J'ai beaucoup de défis à relever", justifie Ablaye dans un fou rire quand il lui a été rappelé son ambition de convoler en justes noces en fin d'année dernière.

"J'ai tout laissé tomber parce qu'elle a refusé de convaincre la jeune fille que je voulais marier", rit-il aux éclats en s'adressant à celle qui le fournit en marchandises, avant d'enfourcher sa moto pour la frontière sénégalo-gambienne, plus précisément la ville gambienne de Basseh.

Plus de: APS

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