Madagascar: Caméra de surveillance

A quelque chose malheur est bon. Grâce à la Covid-19, société, entreprise et institution se mettent aux nouvelles technologies.

Confinement oblige, le télétravail est institué dans la majorité des entreprises. Et les réunions se font en visioconférence. Un moyen qui présente beaucoup d'avantages. Il évite d'abord les déplacements fastidieux dans les bouchons dans une agglomération comme Antananarivo. On n'arrive jamais à l'heure et il y a toujours plus d'absents que d'assidus aux réunions. Avec la visioconférence, les excuses faciles n'ont plus leur place.

On perd également moins de temps dans les réunions étant donné qu'il faut un timing précis sinon le budget de l'entreprise sera grevé par les coûts de communication.

L'Assemblée nationale a décidé de tenir sa première réunion ordinaire en virtuel. Il faut dire que la chambre basse a laissé des plumes l'année dernière avec la disparition de quelques députés emportés par la Covid-19. Les députés ont pourtant quitté le palais de Tsimbazaza et son exiguïté pour squatter le CCI Ivato plus grand et éviter la promiscuité. Avec une vingtaine de députés assidus aux séances plénières en moyenne, tous les risques auraient dû être évités. Hélas, avec le micro sans masque qui passe d'un député à l'autre, la contamination a été votée sans amendement.

Le coup d'essai d'hier a été un coup de maître même si quelques députés ont tenu à être présent pour garder le contact humain. Eh oui, le revers de la visioconférence à l'image du téléphone portable, est d'éloigner les uns des autres et de tuer à petit feu les relations sociales et humaines.

Dans tous les cas on espère que l'assiduité des députés sera plus marquée aux visioconférences. Il est inadmissible que dix-huit députés sur cent cinquante votent souvent des lois auxquelles sont soumises vingt cinq millions de personnes.C'est souvent hélas le cas. Les députés sont pourtant devenus des fonctionnaires payés mensuellement et dotés de plusieurs avantages. Et ils en réclament d'ailleurs davantage comme une pension de retraite.

Désormais, les députés n'ont plus besoin de venir dans la capitale pour les sessions. Le centre d'accueil de Tsimbazaza sera moins fréquenté. Ce sont des coûts en moins. Il sera également moins facile de se mobiliser pour constituer un lobby lors du vote de la loi de finances ou d'une motion de censure. Il y aura ainsi moins de corruption et moins de malette qui circule. Du moins en théorie mais ils peuvent trouver des moyens de se « connecter » justement si le besoin se fait sentir. C'est d'autant plus facile que les malettes ont été remplacées par le mobile money. Eh oui, les nouvelles technologies ont pensé à tout et une suite dans les idées.

Sauf qu'avec une magistrate aux manettes de la visioconférence et qui fait office de caméra de surveillance, les choses ne sont pas aussi faciles qu'on puisse le croire. Du moins en théorie mais pas en politique.

Plus de: L'Express de Madagascar

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