Afrique: Procréation médicalement assistée - Une urgence sanitaire au Sénégal

La Procréation médicalement assistée (Pma) est une demande pressante au Sénégal et dans plusieurs pays d'Afrique. Le Professeur Philipe Moreira, chef du service de gynécologie-obstétrique et de la Médecine de la reproduction de l'Hôpital Dalal Jamm a révélé que 80 % des couples infertiles sont favorables au recours à cette technique pour avoir des enfants.

La Procréation médicalement assistée (Pma) n'est pas une prestation de luxe au Sénégal où la première pierre de l'unité devant abriter cette spécialité médicale vient d'être posée à l'hôpital Dalal Jamm de Guédiawaye, dans la banlieue dakaroise. Une étude menée avec la chaire de psychiatrie de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar démontre que l'écrasante majorité des couples qui n'ont pas d'enfants sont favorables à cette option médicale pour assouvir leur désir de procréer. « 80 % des couples interrogés disent oui à la Pma. Mais 30 % d'entre eux n'ont pas les moyens. C'est du devoir des acteurs du système sanitaire d'assister ces couples », a défendu le Professeur titulaire de chaire de génécologie-obstétrique Philippe Moreira.

En outre, l'étude atteste également que les couples infertiles ressentent le même degré de souffrance que des personnes atteintes de cancers. D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que l'Oms considère l'infertilité comme une maladie. « L'infertilité est un fléau. Elle est considérée par l'Oms comme une maladie au même titre que les autres pathologies. Au Sénégal, la part de l'infertilité dans les consultations tourne entre 12 % à 15 %. Il faut, cependant, concevoir cette infertilité autour de la santé humaine : la contraception, la prise en charge, le dépistage des cancers gynécologiques et mammaires », précise le spécialiste.

Outre ces aspects, les praticiens de santé mettent en avant des raisons socioculturelles en Afrique. Jusqu'ici, dans la société africaine, le mariage doit assurer la continuité de la lignée. Les enfants ont une valeur et une charge que l'on ne retrouve pas dans les autres continents. « En Afrique, le mariage doit déboucher à la procréation. Actuellement, l'infertilité gagne du terrain sur le continent. Le Sénégal, le Mali, le Tchad et bien d'autres pays, sont dans ce que nous appelons : « la ceinture de l'infertilité », indique l'universitaire.

Aujourd'hui, les progrès en médecine ont permis de soigner cette maladie avec des résultats encourageants. Le taux de réussite de la fécondation in vitro, c'est-à-dire, par micro-injection tourne entre 28 % et 30% dans le monde, celui de l'insémination avoisine le chiffre de 18 %. « Il faut noter que dans un couple normal, les chances de fécondité par cycle mensuel sont de l'ordre de 25 %. On peut alors dire que la Pma fait mieux que la nature, ce qui est une avancée notoire », souligne l'ancien interne des hôpitaux.

En fait, qu'est-ce que c'est que la Pma ? Selon le gynécologue-obstétricien, la Pma ou la fécondation in vitro, c'est le panel de techniques utilisées pour soigner les différents types d'infertilité. La technique utilisée dépend de la cause de l'infertilité. « Le principe c'est d'avoir une fécondation d'un ovocyte par un spermatozoïde », précise le Professeur Philippe Moreira. Il informe que l'insémination intra-utérine revient à prélever le sperme le plus performant pour le transférer dans l'utérus de la femme en le déposant au plus près des trompes. « Dans un rapport normal, c'est un parcours du combattant pour que le sperme atteigne l'ovule. C'est pourquoi les caractéristiques des spermes peuvent être améliorées pour faciliter la fécondation. Cependant, il faut au préalable s'assurer que la femme est en train d'ovuler », détaille l'universitaire.

La fécondation in vitro conventionnelle consiste d'abord à donner des médicaments à la femme dans l'optique de provoquer l'ovulation. Ensuite, les ovocytes et les spermatozoïdes sont associés durant 24 heures ou 48 heures. C'est après la constatation de la fécondation que l'embryon est transféré dans l'utérus. De toutes ces techniques, celle de la micro-injection est la plus en vue. Il repose sur le principe d'introduction d'un sperme dans un ovule et tout sera mis en observation pendant 3 jours. « La micro-injection est la méthode la plus efficace car on est sûr que le spermatozoïde est bien entré dans l'ovule pour le féconder. Cette technique est mieux indiquée si les trompes sont bouchées ou si le sperme est trop faible », renseigne le Professeur titulaire de chaire en gynécologie-obstétricale, à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. La prise en charge de l'infertilité pourrait coûter entre 2 et 2,5 millions de FCfa au Sénégal.

MOUSSA SAME DAFF, DIRECTEUR DE L'HÔPITAL DALLAL JAMM

« Notre objectif, c'est d'arriver à une souveraineté thérapeutique territoriale dans la banlieue »

Dans cet entretien, le Directeur de l'Hôpital Dalal Jamm, Moussa Same Daff, soutient que cet établissement est en train de prendre son envol avec l'offre de soins en urologie, cardiologie, chirurgie générale, Orl, pneumologie. S'y ajoute que l'établissement, qui a déjà un ancrage dans la gynécologie, va se positionner dans la Procréation médicalement assistée, la greffe de la moelle, les pathologies cancéreuses, le traitement de la douleur, la médecine nucléaire... Le Directeur assure que leur objectif est d'atteindre une souveraineté thérapeutique dans la banlieue de Dakar.

L'Hôpital Dalal Jamm est implanté dans une zone densément peuplée. Mais jusqu'à présent, il n'a pas encore atteint son fonctionnement optimal. Qu'est-ce qui peut l'expliquer?

L'hôpital Dallal Jamm est bien fonctionnel. C'est vrai que le niveau de fonctionnalité que nous aurions souhaité n'est pas encore atteint. Toutefois, nous répondons à 95 % des demandes des malades. Actuellement, tous les services font des hospitalisations. Ce qui n'était pas le cas, il y a un an. La chirurgie générale et l'urologie font des interventions chirurgicales. Pour ce qui est de la cardiologie, en plus des hospitalisations, nous offrons des prestations en pacemakers. Nous avons aussi le scanner et l'imagerie médicale qui sont fonctionnels, nous réalisons tous les types d'analyses. En somme, avec les nouveaux équipements, l'hôpital est en train de prendre son envol. Par contre, nous n'avons pas encore démarré les activités en orthopédie parce que tout simplement il faut satisfaire aux exigences de la salle d'intervention. Ce travail est en train d'être réalisé. Nous sommes en train également de renforcer des disciplines comme l'Orl, la neurologie et la pneumologie qui sont des activités qui tournaient au ralenti. Au regard de la présence assidue des praticiens, les interventions vont s'intensifier.

Pouvez-vous nous faire le point sur les consultations annuelles de tous les services?

Malgré la pandémie de la Covid 19 qui a entraîné la diminution de la fréquentation, l'hôpital a reçu 35.000 patients rien qu'en consultation en 2020. Sur une prévision de 25.000 examens en laboratoire, nous avons réalisé 39.000. Ces chiffres confirment que l'hôpital est en train de prendre son envol de façon sûre, conformément aux directives des autorités.

Quelles sont les spécialités médicales sur lesquelles l'hôpital compte se positionner?

Au départ, l'établissement s'était positionné sur la gynécologie, la pédiatrie avec le pôle mère-enfant. Actuellement, nous nous positionnons sur les pathologies cancéreuses. Je rappelle que nous avons deux accélérateurs, deux services d'hématologie clinique, un service de cancérologie chirurgicale, un service de médecine nucléaire. Aujourd'hui, tout est en place pour la prise en charge des pathologies cancéreuses. Il y a également le service d'accueil des urgences. L'établissement est implanté dans une zone où il y a des problèmes de prise en charge des urgences. D'où la nécessité d'ouvrir le service d'urgence qui fonctionnera 24 heures sur 24. Nous avons acquis d'équipements pour offrir des soins aux personnes souffrant d'insuffisance cardiaque. L'autre innovation, c'est la prise en charge de la douleur en médecine interne. C'est une nouveauté en termes de formalisation et d'activités bien codifiées. Nous avons, en perspective, des chantiers pour la neurologie et la chirurgie cardiaque. Nous sommes dans le processus pour la procréation assistée et la greffe. Toutes ces activités constituent donc de la valeur ajoutée à l'offre de services pour l'hôpital et pour le système de santé en général. En plus de ce que je viens de citer, nous avons la construction du Centre de traitement des épidémies (Cte) utilisé comme un service de maladies infectieuses. L'objectif, pour nous, est d'aller vers une souveraineté thérapeutique territoriale dans la banlieue. Il faut que les hôpitaux de Pikine, Dalal Jamm et Roi Baudouin mettent leurs moyens en commun avec l'accompagnement des centres de santé pour que toute la population de la banlieue puisse accéder aux soins à des coûts accessibles. Pour ce faire, il faut une vision et une synergie d'actions. L'hôpital Dalal Jamm veut faire partie d'un système de santé local et résilient, capable de répondre aux besoins des populations.

L'hôpital se trouve dans une zone où les populations ont un faible pouvoir d'achat. Pensez-vous faire davantage du social pour faciliter l'accès des populations aux soins?

L'image de l'hôpital (architecture, standing des immeubles, sa dimension) fait penser que les tarifs ne seraient pas accessibles. Malgré tout, nous restons un hôpital public. L'erreur à ne pas commettre, c'est de penser qu'il n'y a que des pauvres dans la banlieue. On y retrouve certes des pauvres, mais à côté, il y a la classe moyenne et les nantis. Notre objectif est de créer des conditions pour que les personnes nanties puissent être prises en charge au même titre que celles démunies. Les politiques publiques en matière de santé sont appliquées à Dalal Jamm. L'établissement a une mission de service public. Il y a donc une politique d'inclusion de toutes les couches sociales associée à des exigences de qualité qui a un coût qui devra être supporté par l'effort de contribution des populations pour pérenniser les investissements réalisés. Notre rôle est de veiller à ce qu'un personnel compétent soit toujours présent, à ce que les médicaments soient disponibles, que les dispositifs médicaux et les installations soient fonctionnels. Nous voulons « un hôpital à visage humain ». Vous conviendrez avec moi que tout cela a un coût. Ce coût doit être partagé entre l'État qui va donner une partie de la subvention et les populations qui participent à cet effort de santé. Le slogan « Santé pour tous » a évolué vers celui de la « Santé pour tous et par tous ». La Couverture maladie universelle est aussi une opportunité pour les populations de réduire leur niveau d'insolvabilité.

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