Congo-Kinshasa: Etat de siège au Nord-Kivu - Et si les FARDC en abusaient ?

(archive) - Des militaires des Forces armées de la RDC (FARDC) à Kibati (Nord-Kivu)

A Goma, certains civils craignent que l'armée ne restreigne les libertés et n'abuse de la force. Les FARDC pourront-ils pacifier la région? Reportage.

En République démocratique du Congo, l'état de siège dans les deux provinces de l'est du pays, le Nord-Kivu et l'Ituri, entre en vigueur ce jeudi [06.05.21].

Face à ce régime exceptionnel qui va transférer pour un certain temps le pouvoir aux militaires, les habitants de Goma doutent de la capacité de l'armée à pacifier la région. Certains craignent aussi les restrictions des libertés et un usage excessif des prérogatives offertes aux militaires.

Concentration des pouvoirs

Avec l'entrée en fonction de l'administration militaire dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, dans le cadre de l'état de siège proclamé par le président Félix Tshisekedi, les habitants de la région ne sont pas rassurés face aux conséquences de cette décision sur leur quotidien.

Avec la concentration de tous les pouvoirs dans les mains de l'armée, cet habitant de Goma redoute le non-respect des droits fondamentaux.

" Nous pensons que cela n'aura aucun impact positif sur la démocratie et le respect des droits humains. Nous savons le niveau d'éducation de nos militaires qui sont souvent incapables de ramener le calme lorsqu'il y a un trouble à l'ordre public. Si on leur donne le pouvoir, je pense qu'ils risquent d'en abuser. "

Risques pour les citoyens

Ghislain Muhiwa est un militant de l'organisation de la société civile la Lucha et il partage les mêmes craintes.

Par ailleurs, le militant de la Lucha rappelle que l'armée congolaise a souvent été accusée de complicité avec les bandes armées qu'elle est censée combattre.

" Nous savons qu'il y a dans l'armée des gens qui sont complices avec les rebelles. Il y a aussi dans l'armée des militaires qui viennent des groupes rebelles et qui n'ont pas été recrutés suivant des normes sérieuses. On risque de donner à ce genre de personnes un pouvoir excessif qu'ils vont exercer sur les citoyens et ce sont ces derniers qui en seront les victimes."

Appel au soutien de la population

Dans un point de presse, le gouverneur Carly Nzanzu Kasivita, qui est remplacé à son poste par un officier de l'armée, a appelé les habitants à avoir confiance et à aider l'administration militaire dans son objectif de pacifier la région.

" Le chef de l'Etat nous a demandé, nous enfants du Nord-Kivu et de l'Ituri, de nous mobiliser derrière nos FARDC (Forces armées de République démocratique du Congo) pour que l'objectif pour lequel l'état de siège a été décrété puisse être atteint. Les compatriotes qui vont arriver, il faut qu'ils aient le soutien total de l'ensemble de la population. N'en déplaise à ceux qui doutent mais l'objectif est de voir notre population sécurisée."

Dans le Nord-Kivu, le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama sera le nouveau gouverneur de province et pour l'Ituri, ce sera le lieutenant-général Constant Ndima Kongba.

La Voix des Sans-Voix a publié de son côté un communiqué dans lequel elle dit soutenir l'établissement de l'état de siège. L'ONG estime que cette décision du chef de l'Etat permettra de combattre les graves violations des droits humains perpétrées contre les civils des deux régions concernées. Par ailleurs, elle ajoute : "Pour la VSV, il est temps que l'Etat congolais s'assume pour un réel rétablissement de l'autorité de l'Etat à l'Est de la République Démocratique du Congo afin de permettre à toutes celles et à tous ceux qui vivent dans cette partie de la RDCongo de vivre dans la paix et la sécurité."

Et l'ONG en appelle aux officiers à ne jamais "trahir la confiance" placée en eux. Elle rappelle à ce propos que "l'état de siège ne peut jamais justifier et sous aucun prétexte les violations du droit à la vie, la pratique de la torture, les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, l'esclavage, la liberté d'expression..."

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