Tunisie: Moez Attia, Maître-Assistant à l'Institut Supérieur des Technologies de l'Information et des Communications (ISTIC) à la Presse - « On est loin des normes et des standards de l'enseignement à distance »

interview

Depuis plus d'une année, la Tunisie a adopté la méthode de l'enseignement en ligne pour la première fois, et ce, entre autres « grâce » à la crise sanitaire qui a frappé le monde entier. Si l'année dernière, dans le domaine de l'enseignement supérieur, cette expérience a été vécue de façon « frustrante », vu les conditions dans lesquelles elle a démarré, cette année, les établissements universitaires semblent davantage rodés. Y-a-t-il un avenir pour l'enseignement en ligne en Tunisie ? Peut-il un jour remplacer « définitivement » les cours en présentiel ? Moez Attia, docteur-ingénieur en Technologies de l'Information et de la Communication et maître-assistant à l'Institut supérieur des Technologies de l'Information et des Communications (ISTIC), répond à nos questions.

Pensez- vous que l'enseignement à distance dans les universités présente des difficultés au regard des problèmes liés à la connexion, à l'accès des étudiants dans les régions, à la disponibilité des ressources ... .?

L'enseignement à distance est une solution à laquelle nous avons eu recours, l'année dernière, lors de la première vague de la pandémie pour pouvoir maintenir un lien pédagogique avec les étudiants. Malheureusement il n'y a eu ni de préparation préalable sur le plan pédagogique pour les enseignants, ni la mise en place de l'infrastructure adéquate que ce soit au niveau des établissements ou pour les étudiants. Cette année, avec la deuxième vague, nous avons encore une fois eu recours à l'enseignement à distance mais rien n'a changé par rapport à l'année dernière.

Il s'agit des mêmes conditions de travail. Malgré certains efforts, le problème majeur reste l'acquisition du matériel nécessaire pour les étudiants (un ordinateur et une connexion internet fiable).La majorité des étudiants sont connectés avec un accès internet 4G et avec des smartphones, ce qui ne leur permet pas de bien suivre les cours, ni d'avoir accès à tous les supports pédagogiques.

Cela représente, par conséquent, un obstacle pour l'enseignant qui ne peut pas obliger les étudiants, par exemple, à ouvrir les caméras (faute d'une connexion internet à haut débit) pour interagir avec eux, observer leur niveau d'implication... Donc, avec les moyens dont nous disposons, on reste loin de la «classe virtuelle» et loin des normes et standards de l'enseignement à distance.

Y a-t-il un avenir pour l'enseignement en ligne en Tunisie ou est-ce juste une solution temporaire ?

Pour l'avenir de l'enseignement à distance en Tunisie, il faut un investissement important pour adopter les solutions pédagogiques adéquates consistant à fournir aux différents établissements universitaires l'infrastructure nécessaire, subventionner certains étudiants pour qu'ils puissent avoir le matériel adéquat pour accéder aux cours à distance et aux différents supports sans problèmes et faire des sessions de formation pour les enseignants pour adapter leurs supports de cours à l'EAD, qui est une approche pédagogique différente des cours présentiels.

Peut-on remplacer les cours en présentiel par ceux en ligne ?

Personnellement je préfère les cours présentiels. Rien ne remplace l'amphithéâtre, la salle de classe, le tableau, le contact direct avec les étudiants... Mais je pense que l'EAD a beaucoup d'avantages aussi, car, cela nous permet d'avoir des supports pédagogiques numériques accessibles pour les étudiants à tout moment, etc.

Je pense qu'il faut réfléchir à un système ou régime d'enseignement mixte, c'est-à-dire en fonction du contenu pédagogique on peut décider quels cours, travaux dirigés ou travaux pratiques se font en ligne et lesquels se font en présentiel. Il faut, par ailleurs, un temps d'adaptation pour les enseignants ainsi que les étudiants. On ne peut pas faire un virage de 180° du jour au lendemain !

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