Congo-Kinshasa: Haya Mvita - «Je compte apporter ma pierre à l'édifice de la carrière de Ferre Gola »

interview

Juriste, entrepreneure, polyglotte, Haya Mvita, originaire de la République démocratique du Congo, est l'une des rares femmes managers d'artistes musiciens dans l'industrie musicale en Afrique.

Après avoir travaillé pour un cabinet d'avocats américain, elle est, depuis septembre 2020, la manager de la star congolaise de la musique, Ferre Gola. Un avantage supplémentaire qu'elle apporte au profit de l'artiste, explique-t-elle, ce sont ses services d'interprète ainsi que ses compétences d'assistante juridique.

Quel est votre parcours académique et professionnel ?

Je suis d'origine congolaise et je suis l'aînée d'une famille de cinq enfants. À l'âge de 4 ans, j'ai quitté le Zaïre pour l'Allemagne, où j'ai grandi et poursuivi mes études primaires, secondaires et universitaires. Actuellement, je réside en Belgique. Depuis mon jeune âge, j'ai toujours eu une affinité particulière pour les langues, les cultures étrangères et la musique. À mon adolescence, la confirmation s'est avérée avec cinq langues que je parlais déjà couramment (lingala, l'allemand, le français, l'anglais et l'espagnol).

Diplômée de l'université à Cologne, j'ai suivi ma passion pour les langues et j'ai pu ajouter à ma connaissance de nouvelles langues telles que le mandarin, le russe, le néerlandais et l'hébreu. Ce qui m'a permis d'avoir plusieurs choix de carrière et d'exercer des professions telles qu'Interprète (assermentée à exercer devant les tribunaux allemands) ou notamment celle d'assistante juridique (dans laquelle j'ai travaillé pour le cabinet d'avocats américain "Covington & Burling LLP"). Aujourd'hui, je suis manager et entrepreneure congolaise.

Comment êtes-vous devenue manager de Ferre Gola et de quelle manière s'est déroulée cette transition du droit vers le management musical ?

La transition s'est déroulée de façon naturelle, dans le respect et la confiance totale. À la suite d'une rencontre à Bruxelles entre le coordonnateur, Pikas Mbayabo et moi, je pense que je répondais au profil recherché ce jour-là. Lors de cet entretien, Pikas a appelé Ferre Gola et j'ai parlé avec lui pour la première fois. Tout a été très vite. Je venais de résilier mon contrat avec mon employeur et Ferre Gola restructurait son équipe. Tous les éléments étaient réunis ce jour-là. Disons que c'était le bon timing. Je dois rendre le mérite à Ferre Gola, car il m'a donné cette opportunité, alors qu'il avait le choix entre plusieurs managers de grande renommée. Mais il a été simple et professionnel.

En quoi consiste concrètement votre travail de manager ?

Le manager assure la gestion générale de l'artiste, en étroite collaboration avec le reste de l'équipe. De la gestion du planning à la gestion de l'image et de la communication de l'artiste, aux différents partenariats jusqu'aux négociations des contrats. Un avantage supplémentaire que j'apporte au profit de mon artiste, ce sont mes services d'interprète, ainsi que d'assistante juridique.

Vous êtes devenue manager de Ferre Gola en septembre 2020, en pleine période de pandémie, où les activités culturelles sont en berne. Comment vous-êtes vous adaptée à cette situation exceptionnelle ?

Effectivement, en septembre 2020, j'ai signé mon contrat de management avec Ferre Gola, mais bien entendu, je ne suis pas venue de rien du tout à Ferre Gola. J'ai toujours eu un pied dans la musique et depuis plusieurs années, je suis active dans l'industrie musicale en tant que manager d'artistes, mais de façon timide. J'ai réalisé plusieurs projets avec des artistes en développements et, de fil en aiguille, l'opportunité de Ferre Gola s'est présentée à moi et je l'ai saisie.

La pandémie a affecté tous les secteurs et n'a pas épargné l'industrie de la musique. Mais, pour moi, cette période a été plutôt bénéfique, car j'ai signé avec l'un des plus grands artistes, le roi de la rumba congolaise. Un point fort chez un manager est la capacité de s'adapter à différentes circonstances. Cette pandémie m'a poussée à être davantage créative et à trouver de nouvelles solutions, elle m'a permis aussi de mettre en place de nouvelles stratégies et de discuter de diverses offres pour mon artiste.

Quelles sont les compétences requises pour être un bon manager dans l'industrie de la musique ?

Je n'ai pas la prétention d'avoir la réponse absolue à cette question. Mais il y a des qualités fondamentales que chaque Manager doit posséder, par exemple le leadership, créer de l'intérêt, la connaissance de l'industrie musicale, la passion qui permet d'avancer dans les temps d'épreuves, la discipline, le professionnalisme et un solide réseau de contacts. C'est déjà pas mal pour commencer.

Comment analysez-vous l'industrie musicale actuellement en Afrique en général et en RDC en particulier ? Quels sont les enjeux et les défis ?

L'industrie musicale est en voie de développement. Aujourd'hui, on danse sur des musiques nigérianes, ghanéennes, ivoiriennes, sud-africaines, etc. Une chose qui aurait été difficile à concevoir il ya a de cela 25 ans. Alors que l'industrie musicale explose dans ces pays, la RDC n'entre pas assez dans la course, ne s'affirme pas encore malheureusement.

Nous devons nous organiser et professionnaliser notre industrie musicale, de façon à créer une économie nécessaire à soutenir le développement du secteur à la hauteur de notre potentiel, afin de retrouver notre position parmi les leaders du continent. Et pourtant, la musique congolaise est connue et respectée de tous, car nos artistes ont toujours fait leur preuve et ont toujours mis d'accord l'opinion publique. Mais notre problème se situe, à mon avis, au niveau de "l'état d'esprit business" qui commence à peine à émerger chez nous.

Je suis convaincue que lorsque nous penserons tous "business" (artistes, musiciens, producteurs et acteurs de l'industrie) dans l'unité de la diversité et dans l'intérêt de faire évoluer notre secteur, tout en conservant l'éthique, alors le Congo redeviendra un "hub" incontournable du continent africain et le monde approchera nos artistes pour des collaborations musicales et d'affaires. Notre challenge est le "business mindset", une chose que les autres ont déjà comprise.

Lorsque nous allons comprendre cela et l'appliquer, tout va changer. L'industrie musicale congolaise doit simplement se refaire. L'enjeu est capital, car notre développement culturel et notre développement, en partie économique, en dépendent. L'industrie devrait œuvrer à monétiser la musique, bien que le défi reste l'accessibilité et la couverture de réseaux plus larges. Néanmoins, l'Afrique a la plus jeune population et vu l'appétit de la jeunesse africaine pour la musique, le potentiel est donc gigantesque !

Quelle est la journée type de Haya Mvita en tant que manager ?

Mes journées ne se ressemblent jamais, il y a toujours du nouveau et c'est ce qui m'intéresse. En général, je suis toujours joignable pour mon artiste, afin de répondre aux différentes urgences à traiter. Le matin, quand je ne suis pas en déplacement, je démarre avec mes e-mails. Je m'assure de prendre connaissance et de répondre aux messages les plus urgents. J'analyse les réseaux sociaux, j'organise mes réunions zoom avec différents partenaires. Je reste en contact permanent avec l'artiste et l'équipe de Kinshasa pour différents dossiers ou pour le suivi de son planning quotidien. Je revois et rédige des précédents contrats lorsqu'une révision est nécessaire et quand le temps me le permet, je suis en studio avec l'artiste et le coordonnateur Pikas Mbayabo ou éventuellement en rendez-vous. Je suis aussi agent d'une marque de vêtements "Malkuth" et, à mes heures perdues, j'écris des chansons. Voilà mes journées type en général.

Quels sont les challenges auxquels vous faites face dans la réalisation de votre travail ?

Actuellement, la pandémie est le plus grand challenge dans le marché international de la musique. Les artistes ne peuvent plus se produire comme avant et il faut se réinventer. Le challenge d'une femme sera toujours de s'affirmer, s'imposer et imposer le respect dans un milieu dominé par la gent masculine. Mon éducation, la rigueur allemande et mon expérience de vie m'ont équipé à faire face à des situations, propres à la femme, en gardant la tête froide et cela porte ses fruits jusqu'à présent. Un avantage que je dois reconnaître, c'est le côté protecteur de Ferre Gola, particulièrement pour ce genre de challenges. Il a vraiment un côté paternel. Quand même, c'est « Le Padre » (rire). En général, j'ai été bien accueilli par la fanbase de l'artiste qu'on appelle les « golois » et les « gladiators ».

Quels sont vos projets ?

D'abord, apporter ma pierre à l'édifice de la carrière du « Padre » et inscrire Haya Mvita dans l'histoire de ce grand artiste africain à la voix d'or. À court terme : la sortie de l'album urbain "Harmonie" et l'album rumba "Dynastie". Ensuite, j'aimerais contribuer au développement de notre pays, soutenir la cause féminine en RDC, encourager la femme congolaise à croire en ses capacités ainsi que partager mon savoir et mon expérience à la jeunesse qui prendra la relève. Et, pourquoi pas, un jour, ouvrir une école de management et de langues !

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