Burkina Faso: Abattez l'arbre !

C'est triste de voir ces arbres qui tombent en trombe et sombrent à la ronde

A chaque coup de hache, mon cœur s'arrache, mon âme se fâche, ma rage gronde

A chaque coup de tronçonneuse, l'abîme se creuse, la flore déplore son sort

C'est le déclin des piliers ombrageux, la fin des peupliers sans alliés et sans support

Ce matin, le voisin du figuier, le manguier a été radié pour bâtir un radié

De ses bras géants qui agonisent, dégouline la sève de douleur des irradiés

Il n'y aura plus d'ombre au pied des décombres, plus de fruit qui tombe

Il n'y aura plus d'oiseaux au berceau, plus de nids de pie qui nous surplombent

Au pied du tronc qui s'agrippe au sol, les larmes des enfants arrosent la tombe

Autour du fantôme qui dort, le sorcier conjure le mauvais sort à coup de rhombe

Loin des regards du profane, les esprits surpris planent sur les débris incompris

Pourtant, l'arbre « hanté » comblait nos faims de ses fruits au goût fin et exquis

Chaque arbre qui tombe est une vie qui succombe à l'ombre du grand vide qui vocifère

Chaque branche cassée est une aile qui se brise en plein essor, sans couvert, vers l'enfer

Le tonnerre en colère gronde, des ficelles d'éclairs flagellent la terre, le vent siffle la guerre

Les pluies s'évanouissent, les oasis tarissent, les bêtes et les hommes crient sans se taire

Le désert arrive à grand pas, les mentalités font le grand bond en arrière sous le soleil

On rasera tout une forêt pour bâtir un joyau sans ombre et crier à la huitième merveille

On abattra le seul arbre pour construire le mur qui détruit sans le détour qui sauve la vie

On érigera tout une ville sans planter un seul arbre digne de fruit et d'ombre, sans survie

Tant pis si son ombre vous comble, abattez l'arbre et couper ses branches jusqu'aux rameaux

Tant pis s'il porte des fleurs et des fruits, déracinez et trainez-le hors du chantier sans dire mot

La vie d'un arbre est dérisoire et aléatoire, on touchera du bois pour conjurer le mal qui tue

La mort de l'arbre est un épiphénomène, on peut se développer loin du bois qui perpétue

Vivre sans boiser la terre est inutile, parce que qui plante un arbre implante un havre

Gouverner les hommes sans arbre et sans ombre, c'est comme penser la vie sans cadre

Toi qui te prélasses entre les murs de ton patio climatisé, combien de pieds as-tu déjà plantés ?

Toi qui décide de l'abattage de l'arbre à palabre, de quel héritage comptes-tu demain te vanter ?

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Plus de: Sidwaya

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