Afrique: [FOCUS] Vaccins contre la Covid-19 - L'Afrique « favorable » à la levée des brevets

Le président des États-Unis, Joe Biden, observe les préparations posologiques lors d'une visite du centre de vaccination du centre médical militaire national Walter Reed à Bethesda, dans le Maryland, le vendredi 29 janvier 2021.

Huitième pays en Afrique (2,5%) en pourcentage de population vaccinée, le Sénégal pourrait franchir un cap supplémentaire si la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid était effective. Des voix africaines s'élèvent et se disent favorables à ce que « la propriété intellectuelle soit levée » sur les vaccins anti-Covid, au lendemain de l'annonce en ce sens par le président américain Joe Biden.

« C'est une excellente nouvelle pour le Sénégal et l'Afrique. Si la levée de brevets sur les vaccins anti-Covid se réalisait, la fabrication des doses de protection contre la maladie ne serait plus l'apanage des grands groupes pharmaceutiques et des pays riches. Au Sénégal, on se mettrait dans les dispositions pour fabriquer un vaccin anti-Covid », se projette le Professeur Tandakha Ndiaye Dièye, immunologiste et spécialiste en vaccinologie joint au téléphone par Lesoleil.sn.

Le président américain Joe Biden a annoncé mercredi soutenir la levée des protections de propriété intellectuelle sur les vaccins contre la Covid-19, afin d'en accélérer la production et la distribution, et participer « activement » aux négociations menées en ce sens à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Les laboratoires pharmaceutiques sont globalement opposés à la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid car cela les priverait, selon eux, « d'une manne financière » pour des innovations couteuses.

« La réaction des firmes pharmaceutiques se comprend. Elles ont mis beaucoup d'argent dans la recherche pour disposer des brevets de vaccins et de médicaments. Pour les médicaments, par exemple, les brevets peuvent être levés pour la fabrication de génériques après une dizaine d'années, ils entrent dans le domaine public. La levée des brevets permettra aux Etats moins riches d'avoir un accès plus facile aux vaccins », soutient M. Ndiaye Dièye également membre du comité consultatif de la vaccination au Sénégal (Ccvs).

Sénégal, 8ème en Afrique

Lors du premier Forum Galien organisé en Afrique, le président Macky Sall avait appelé à une levée de « la protection abusive » des brevets se situant au-dessus des standards admis par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). « Cette protection excessive continue de créer une situation de quasi-monopole qui renchérit les prix médicaments et freinent la fabrication de produits génériques sûrs aux coûts plus abordables pour le plus grand nombre. Il faudra lever quelque part cette protection et faire en sorte que les génériques deviennent une réalité », avait-t-il déclaré, un an avant le début de la pandémie de Covid-19.

La levée des brevets soutenue par Washington serait une solution aux lenteurs dans les campagnes de vaccination contre la Covid. Avec le rythme vaccinal actuel, il faudrait attendre 2023 pour atteindre les 70% d'une population africaine vaccinée, chiffre avancé pour une immunité collective. Au Sénégal, on en est actuellement (début mai 2021) à 2,5% de la population vaccinée. Ce qui place le pays à la 8ème place des pays vaccinés en Afrique derrière Seychelles, Maroc, Guinée équatoriale, Zimbabwe, Ghana, Tunisie et Rwanda, d'après Bloomberg tracker.

« L'histoire se souviendra »

Les positions sénégalaises ont le même écho dans le reste de l'Afrique. La position américaine pour une levée des brevets sur les vaccins anti-Covid constitue « une remarquable expression de leadership », a déclaré jeudi John Nkengasong, le directeur du Centre de contrôle et de prévention des maladies du continent (Africa CDC), qui dépend de l'Union africaine (UA).

Cette décision est « une expression remarquable de leadership et un développement très important », s'est félicité jeudi lors d'un point-presse M. Nkengasong. « L'histoire se souviendra de la décision prise par le gouvernement américain comme étant la bonne chose au bon moment pour combattre ce défi terrible, sans précédent dans notre histoire contemporaine », a-t-il estimé.

Alors que l'UA a lancé le 13 avril des partenariats pour créer cinq pôles de fabrication de vaccins en Afrique, avec l'objectif de produire localement d'ici 20 ans 60% des vaccins utilisés sur le continent (contre 1% actuellement), cette décision soutient « l'élan nécessaire pour nous permettre d'atteindre ce but, c'est un pas dans la bonne direction », a souligné John Nkengasong.

Cela ne se fera pas « du jour au lendemain », a-t-il toutefois prévenu: « Cela prendra du temps, mais cela nous offre une occasion unique de faire progresser un programme de fabrication continentale » de vaccins. « Nous sommes impatients de travailler avec l'Organisation mondiale du commerce pour faire avancer ce processus », a-t-il indiqué.

Absence de technologie en Afrique

Après s'y être opposé, le 23 avril dernier, le président Emmanuel Macron s'est dit jeudi « tout à fait favorable à ce que la propriété intellectuelle soit levée » sur les vaccins anti-Covid. Le chef de l'Etat français a soulevé un autre problème à ses yeux. « Vous pouvez transférer la propriété intellectuelle à des fabricants pharmaceutiques en Afrique, ils n'ont pas de plateforme pour produire de l'ARN messager. Notre sujet, c'est de transférer la technologie et de savoir-faire pour qu'il y ait des plateformes qui produisent des vaccins à ARN messager en Afrique, c'est ça la clé », a-t-il avancé.

Une position qui n'est pas partagée par le Professeur Tandakha Ndiaye Dièye. « Si les brevets sont disponibles, l'Afrique se mettra dans la logique d'acquérir cette technologie, plaide-t-il. Le plus important, c'est la levée des brevets. Les décideurs et acteurs africains se mettront autour de la table pour trouver des solutions. Le Sénégal fabrique déjà des vaccins classiques comme contre la fièvre jaune. Pour les vaccins modernes voire innovants (Covid, Ndlr), il faut de nouvelles technologies et cela n'est pas difficile »

De son côté, l'Union européenne (UE) est « prête à discuter » de la proposition américaine, a déclaré jeudi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, tout en se montrant sceptique sur l'efficacité d'une telle mesure pour accélérer la vaccination mondiale.

Jusqu'à présent, l'UE ne s'y disait pas favorable, arguant que cette solution prendrait du temps, faute de moyens de production immédiatement mobilisables. En Afrique, le son de cloche a toujours été tout autre.

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