Ile Maurice: À résidence Sainte-Claire, Goodlands - Le calvaire de Sonia, 16 ans

Des images bouleversantes... Dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux depuis mercredi soir, on peut voir une femme tabassant une adolescente, Sonia*, 16 ans, à Résidence Sainte-Claire, Goodlands, en pleine rue. Cette scène, de nombreuses personnes l'assistent, debout, sans bouger le petit doigt.

Hier, l'adolescente, accompagnée de sa mère, a porté plainte au poste de police de Goodlands. Elle s'est également rendue à la mediclinic de la localité pour recevoir des soins et a rencontré l'Ombudsperson for Children, Rita Venkatasawmy (voir hors-texte), ainsi que des officiers de la Child Development Unit. Mais après, mère et fille se sont rendues à Résidence Sainte-Claire chez la proche qui avait hébergé la jeune fille la veille. Une décision qui a entraîné une multitude de violences, auxquelles l'express a assisté.

En effet, la mère de Sonia nous a donné rendez-vous au domicile de la proche en question. Lorsque nous nous sommes rendus sur les lieux hier, vers 14 heures, c'était l'enfer. Les deux sœurs qui avaient frappé la jeune fille la veille ont encerclé la mai- son dans laquelle mère et fille se trouvaient.

Bâtons, couteaux...

Munies de bâtons et de couteaux, et accompagnées d'une équipe de per- sonnes, elles ont commencé à menacer de mort ceux qui étaient dans la maison. Nous avons dû nous enfuir pour éviter d'être pris dans ces hostilités. Cependant, nous sommes restés dans les parages.

La mère de Sonia a alors sollicité notre aide. Impuissante, elle pleurait au téléphone en nous faisant écouter toutes les menaces que profanait l'équipe qui se trouvait à l'extérieur. Sonia, sa mère et deux autres cousines qui étaient dans la maison ont bloqué la porte avec des meubles pour se protéger.

De notre côté, nous nous sommes rendus au poste de police le plus proche pour demander de l'aide, afin de faire évacuer la jeune fille et sa mère. Selon nos recoupements, ces dernières sont actuellement en sécurité. Mais aucune arrestation n'a été faite pour l'heure.

Flash-back, mercredi 5 mai. Sonia raconte qu'elle se trouvait au domicile d'une de ses cousines à Résidence Sainte-Claire. Aux alentours de 15 heures, une autre cousine, plus âgée, est passée pour lui demander de rentrer. Ce qu'elle a refusé, dit-elle.

«Kan linn vinn sers mwa, mo'nn dir li mo pa pou alé. Ofet, dépi dé-trwa zour, mo népli anvi rest kot li ek so ser. Mo'nn al kot granmer parski zot tret mwa kouma servant. Mo bizin fer louvraz, okip zot zanfan tousala é zot sékestré mwa akoz samem mo'nn alé», nous a confié Sonia, la gorge nouée, au téléphone, lorsque nous l'avons contactée dans la soirée de mercredi. La jeune fille vivait chez ses cousines, celles qui l'ont tabassée mercredi, depuis un an environ. Celles-ci, que l'on surnommera Anielle* et Octavia*, sont âgées de 23 et 19 ans respectivement.

Selon les dires de la sœur d'Anielle et d'Octavia, elles ont hébergé Sonia dans le but que cette dernière les dépanne dans leurs corvées. «Lorsque les parents de Sonia se sont séparés l'an dernier, elle est d'abord allée vivre chez son papa et sa belle-mère. Mais cette dernière la maltraitait et elle a dû être placée dans un shelter. Ensuite, elle est allée vivre chez sa grand-mère, qui habite tout près d'ici. C'est à ce moment-là qu'Anielle et Octavia l'ont convaincue de venir rester avec elles afin de 'l'utiliser'», confie-t-elle.

Notre interlocutrice raconte que ce mercredi, c'était l'anniversaire de la mort de Caël Permes, leur proche. «Quand on a quitté le cimetière, j'étais en train de m'allonger lorsque Sonia est venue dans la cour pour parler à mes filles, qui sont du même âge. À un moment donné, j'ai entendu un bruit vers 15 heures. Une de mes sœurs est venue pour convaincre Sonia de rentrer avec elle. Ce qu'elle a refusé. Ma sœur a commencé à la taper et a déchiré ses vêtements.»

La mère de famille ajoute que vers 19 heures, alors qu'elle dînait chez sa mère, elle a en- tendu quelqu'un crier. «Octavia est revenue avec Anielle cette fois, munie d'un bâton pour frapper Sonia.» Les coups étaient d'une extrême violence, raconte-t-elle. La jeune fille pouvait à peine bouger. «Mo'nn sey aret zot mwa ek mo bann tifi, mé zot inn koumans met ar mwa osi. Zot inn trenn Sonia dépi dan lakour kot mwa ziska lor sémin. Lerla mem mo tifi inn koumans filmé é kan bannla inn vir zot lédo, nou'nn ris Sonia, ki tinn tonbé san konésans. Nou'nn amenn li dan lakaz pou kasiet li.» Des propos confirmés par Sonia aux enquêteurs.

*nom modifié

Rita Venkatasawmy : «Un shelter est une solution mais il faut aussi penser au lien mère-fille»

Contactée, Rita Venkatasawmy, l'«Ombudsperson for Children», explique qu'elle a suivi cette affaire de très près avec la police de Goodlands. Néanmoins, elle reconnaît que la situation aurait pu être mieux gérée si la police avait eu les bonnes informations pour procéder. «Les parents de cet enfant doivent avoir un soutien pour mieux exercer leur rôle. Surtout, il faudrait aussi un soutien thérapeutique pour que certains parents puissent mieux gérer leur colère. C'est choquant de voir comment les adultes ont facilement recours à la violence face aux enfants ou mineurs.» Rita Venkatasawmy explique que la mère, dans un premier temps, avait indiqué qu'elle était dans une autre région alors qu'elle était toujours à Goodlands, en danger.

Ce qui a créé un cafouillage et mis la sécurité de la mineure en péril. «Je remercie la presse, en particulier les journalistes de 'l'express', qui ont mis leur vie en danger. Ils ont fait un travail de terrain qui a permis de sécuriser cette fille. Ils ont vécu ces moments dangereux avec les parents et maintenant la jeune est en sécurité.» Rita Venkatasawmy précise que placer l'enfant dans un «shelter» est une solution. Mais elle pense avant tout au lien mère-fille, qui est sacré. L'enfant a été prise en charge par sa mère et a bougé dans une autre région.

Plus de: L'Express

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